SANTE-GUINEE: Un nouveau virus découvert sur des rongeurs – à surveiller

CONAKRY, 16 mai (IPS) – La découverte récente d'un virus rare sur des rongeurs dans la zone forestière de la Guinée, après six années de recherche, mobilise les scientifiques qui conseillent de prendre une série de mesures pour éviter une éventuelle transmission à l'homme.

La presse a été informée de la découverte au cours de ce mois de mai, alors que l'annonce officielle a été faite discrètement en janvier dernier, deux ans après que la quinzaine de chercheurs, qui a mené l'étude, a réussi à isoler l'”hantavirus sangassou”, le nom donné par les scientifiques au virus retrouvé sur de petites souris appelées "Hylomyscus simus".

“On a découvert un 'hantavirus' qui semble proche de celui qui cause une maladie grave en Asie et en Europe, dont les symptômes principaux sont la fièvre, l'insuffisance rénale et l'hémorragie”, a déclaré à IPS, Dr Jan Ter Meulen, chef de l'équipe de chercheurs.

"Le virus été trouvé sur un petit rongeur (Hylomyscus simus) qui vit dans les zones forestières en Guinée, en Sierra Leone, au Liberia, en Côte d'Ivoire et Ghana", a indiqué Dr Ter Meulen. "On ne sait pas, en ce moment, si ce nouveau virus, qu'on a appelé 'hantavirus Sangassou', est dangereux pour l'homme, mais nous sommes en train de faire ces investigations".

Le chercheur pense néanmoins que le virus découvert est “probablement” transmissible à l'homme. Selon lui, c'est la première fois qu'un hantavirus est découvert en Afrique en dépit de certains rapports précédents affirmant qu'il existait en Afrique des maladies touchant les êtres humains, provoquées par des hantavirus sur des continents comme l'Europe et l'Asie.

“Les maladies graves provoquées par les hantavirus font partie de la famille des maladies nommées 'fièvres virales hémorragiques', comme la fièvre Lassa, la fièvre jaune ou la fièvre Ebola, qu'on décèle toutes en Afrique de l'ouest”, explique Dr Ter Meulen.

Selon Dr Lamine Koivogui, coordonnateur du Projet des recherches sur les fièvres virales hémorragiques en Guinée (PFHG), “Il faut nécessairement sensibiliser les populations qui sont en contact avec ce type de souris. En même temps, il faut pousser les recherches concernant le virus pour maîtriser son processus d'évolution”.

Les hantavirus font partie de la famille des hantaviridés, et leur particularité est qu'ils provoquent des fièvres hémorragiques associées à un syndrome rénal, explique Dr Koivogui à IPS. Il existe d'autres familles comme celles des arenaviridés (fièvre Lassa) ou des flaviviridés (fièvre jaune). Tous sont des virus, mais de familles différentes.

Financé par l'Union européenne (UE) à hauteur de 336.000 euros (environ 403.000 dollars), le PFHG permet aux scientifiques de lutter contre les fièvres virales comme Le Lassa, la fièvre jaune et d'autres maladies. Le montant du financement de l'UE est étalé de 1999 à 2005, soit la période des six années de recherche.

Il existe encore un fonds de 41.000 euros (environ 49.200 dollars) qui est prévu pour la période 2006-2009, selon Koivogui.

“Au départ, nous étions partis pour un programme de recherches sur le virus du Lassa et de la fièvre jaune. C'est par hasard que nous sommes tombés sur ce nouvel hantavirus”, souligne Dr Koivogui.

La fièvre Lassa provoque une forte fièvre, des saignements au niveau du nez, de la bouche et des oreilles des patients infectés par un virus retrouvé sur une autre souris (Mastomys natalensis).

La fièvre jaune et la fièvre Ebola ont déjà provoqué des centaines de mort en Afrique. Selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé, le virus Ebola est directement responsable de la mort d'environ 800 personnes en Afrique de 1976 à 2000. Les principaux pays touchés sont le Soudan, la République démocratique du Congo, le Congo, le Gabon, et l'Ouganda.

"La fièvre Lassa provoque parfois la mort des malades. Si en Guinée la prévalence du Lassa est importante en région forestière, il faut remarquer que cette fièvre est responsable de beaucoup de morts au Liberia et en Sierra Leone", indique Dr Assiatou Bah, spécialiste du laboratoire des fièvres hémorragiques au Centre hospitalier et universitaire Donka, à Conakry, la capitale guinéenne.

"Le virus responsable a été découvert pour la première fois au Nigeria, dans un village qu'on appelle Lassa", en 1983, par l'Institut Pasteur de Paris, ajoute-t-elle.

“Le problème chez les virus, c'est qu'ils n'ont qu'une seule unité de vie et sont obligés de parasiter une cellule pour vivre. D'où la difficulté de les combattre. Ils sont différents des bactéries qui, non seulement sont visibles au microscope optique, mais disposent aussi des deux unités de vie (ADN et ARN) qu'on retrouve sur les gênes de l'être humain. Cela leur permet de vivre en dehors des cellules”, ajoute-t-elle.

“Pour le moment, nous ne pouvons que conseiller aux populations d'éviter tout contact avec les souris sur lesquelles on a découvert l'hantavirus Sangassou. Il ne faut surtout pas se faire mordre, piquer, ni consommer la chair non cuite de ces rongeurs, par exemple. Par ailleurs, il faut bien protéger les aliments pour éviter les contacts”, explique Dr Koivogui.

Ces rongeurs existent notamment dans les régions de Nzérékoré, dans le sud de la Guinée, et Faranah, dans le centre. Mais les scientifiques précisent que ce sont les enfants qui s'amusent à les consommer parfois.

Outre ces mesures, les scientifiques recommandent la cohabitation avec les chats qui sont les prédateurs naturels des souris porteuses des virus, en attendant une prochaine enquête de séroprévalence sur les êtres humains.

“C'est maintenant qu'on doit agir pour éviter tout désagrément. Un éminent scientifique disait 'on a réussi à vaincre les bactéries, mais pas les virus'”, souligne Amadou Doré, un des membres de l'équipe de chercheurs.

Pour sa part, Dr Ter Meulen estime que “la Guinée doit développer à terme une stratégie de contrôle de tous les virus portés par les rongeurs qui peuvent causer des maladies graves”.