AFRIQUE DU SUD: L'OCDE soutient des réformes agricoles

BERLIN, 15 mai (IPS) – Le développement agricole soutenu par une vaste série de politiques pour renforcer la croissance économique et s'attaquer aux inégalités sociales est critique pour la réduction de la pauvreté en Afrique du Sud, affirme un expert de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), basée à Paris.

Le club de 30 nations a fait un examen complet des politiques agricoles en Afrique du Sud. "Le message fondamental du rapport (publié le mois dernier) est que l'Afrique du Sud a connu de profondes réformes depuis la transition de l'apartheid vers la démocratie en 1994. Mais il reste encore beaucoup plus à faire, a déclaré à IPS, dans un entretien par Internet, Václav Vojtech, chef du rapport du projet. 'Ce beaucoup plus est la nécessité de s'attaquer aux inégalités sociales, de réduire la pauvreté, et d'accroître l'accès équitable aux opportunités économiques pour toutes les couches de la population", a-t-il souligné. "La mise en équilibre d'une politique sociale plus inclusive avec un environnement macroéconomique ouvert, dans lequel le rôle d'un développement agricole supplémentaire et les limites de la contribution de l'agriculture sont clairement reconnus, constitue le défi fondamental", a expliqué Vojtech. La situation actuelle est source "d'interrogations multiples" pour l'OCDE qui a lancé ce que Vojtech appelle "un dialogue de politique agricole" avec l'Afrique du Sud.

L'agriculture représente 3,4 pour cent du Produit intérieur brut (PIB), mais emploie 30 pour cent de la main-d'œuvre. L'industrie représente 25 pour cent de l'emploi, et le secteur des services 45 pour cent.

"L'idée fondamentale qui sous-tend de telles revues est d'avoir un dialogue politique, dans ce cas-ci, dans le domaine des politiques agricoles, entre des pays de l'OCDE et des pays non-membres, en particulier les principaux pays du G20 — Brésil, Chine, Inde et Afrique du Sud — qui sont critiques pour les marchés mondiaux et subissent des réformes significatives", a déclaré Vojtech.

"Nous avons fait des revues similaires pour des pays non-OCDE depuis le début des années 1990. Certains d'entre eux – la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la République slovaque – sont devenus des membres de l'OCDE plus tard", a-t-il indiqué.

Le rapport met en lumière certaines principales zones d'inquiétude.

"L'économie sud-africaine, y compris l'agriculture, s'intègre de plus en plus dans des marchés mondiaux avec environ un tiers de la production agricole exportée", note-t-il. "Elle fait partie des principaux exportateurs mondiaux de produits agroalimentaires comme le vin, les fruits frais et le sucre. Au même moment, l'agriculture sud-africaine est hautement dualiste avec un petit nombre d'opérations commerciales gérées essentiellement par des fermiers blancs et de grands nombres de fermes de subsistance gérées par des fermiers noirs".

Le rapport de l'OCDE indique que "ces pressions doivent être considérées, dans le contexte de la réforme agraire, comme des programmes de soutien agricole aux communautés agricoles défavorisées, et des Mesures d'émancipation économique des Noirs (BEE) destinées à s'attaquer aux injustices passées".

La BEE est un programme lancé par le gouvernement sud-africain pour réparer les inégalités de l'apartheid en offrant des opportunités économiques à des groupes précédemment défavorisés (Africains noirs, métis et Indiens). Le programme inclut des mesures comme le développement de l'emploi et des compétences. Après la fin de l'apartheid il y 12 ans, la minorité blanche contrôlait toujours les grandes maisons d'affaires. En conjonction avec les entreprises, le gouvernement a commencé par imposer le droit de propriété et l'actionnariat des Noirs dans des sociétés sud-africaines.

"La poursuite du processus de réforme agraire, l'apport d'une aide de compensation, et le développement du commerce sont les plus importants défis de la politique agricole", affirme le rapport de l'OCDE. Mais même si le rapport fait plusieurs fois allusion aux "fermes de subsistance gérées par des fermiers noirs", et aux réformes agraires, Vojtech a dit que l'OCDE ne recommandait pas qu'une priorité soit donnée à une quelconque politique particulière.

"Le rapport se focalise sur l'analyse des politiques mises en oeuvre, leurs effets et les niveaux consécutifs de soutien à l'agriculture. Les objectifs et priorités dans la mise en œuvre de politiques relèvent de la responsabilité des gouvernements", a déclaré Vojtech à IPS.

"Le bilan de l'OCDE reconnaît que la réforme agraire est en train d'être mise en œuvre et que c'est une importante question de la politique en Afrique du Sud. Pour atteindre ses objectifs – réduire la pauvreté, partager plus équitablement les ressources, maintenir un secteur compétitif – le gouvernement devrait s'engager dans des politiques accompagnant la réforme agraire, et le principal défi se trouve dans la conception et le ciblage de politiques qui permettront à long terme à la population précédemment désavantagée de bénéficier des réformes agraires", a-t-il ajouté.

L'Afrique du Sud est un exportateur net de vivres — l'agriculture représente huit pour cent des exportations totales du pays, qui sont de 51 milliards de dollars par an. C'est le premier exportateur mondial d'avocats, de mandarines et de produits dérivés d'autruche, et un grand exportateur de pamplemousses, de prunes, de poires et de raisins. Mettant en exergue la signification d'un environnement commercial global approprié, l'OCDE estime qu'une réduction de 50 pour cent des taxes à l'importation et des subventions des exportations dans le monde entier, avec en même temps une réduction de 50 pour cent du soutien intérieur à l'agriculture dans des pays de l'OCDE bénéficieraient à l'économie sud-africaine — à travers des revenus plus élevés pour les consommateurs et les producteurs — de quelque 250 millions de dollars.