JOHANNESBURG, 16 mai (IPS) – Silas Masindi* n'était pas entièrement surpris par ses résultats au test de dépistage du VIH. Le commerçant habillé élégamment, qui a découvert plus tôt cette année qu'il était infecté par le virus du SIDA, admet qu'il utilisait les condoms de façon quelque peu irrégulière avant de se remarier il y a trois ans.
"Je rencontrais une fille, j'utilisais un condom, mais après quatre mois j'arrêtais d'en utiliser", déclare-t-il.
Mais chose étonnante, sa seconde femme, Grâce, n'a pas le virus. Le couple a rejoint d'autres couples qui ont un statut décalant par rapport au VIH, quelque chose également connu sous le nom de discordance au VIH.
Entre 13 et 36 pour cent des couples en Afrique du Sud peuvent être dans des relations discordantes, affirme Dr Sinead Delany-Moretlwe de l'Unité Santé de la reproduction et VIH (RHRU) à l'Université de Witwatersrand, dans la capitale économique, Johannesburg.
Toutefois, des chercheurs doivent encore comprendre très bien pourquoi le virus du SIDA ne se transmet pas entre ces partenaires, même lorsqu'ils ont des rapports sexuels non protégés. "C'est un concept tellement nouveau, qu'il déroute même les professionnels de la santé", fait remarquer Dr Mamazane Maduna, également à la RHRU.
Ce que les scientifiques savent est que la discordance au VIH est liée à une combinaison de facteurs qui incluent la génétique, le type de VIH, le degré auquel l'infection a progressé chez le partenaire séropositif, d'autres maladies sexuellement transmissibles et la circoncision — qui, comme le montrent des recherches, pourrait réduire le risque d'infection au VIH.
"Le virus n'est pas systématiquement transmis à chacun et à chaque rapport sexuel, et dépend également du niveau de progression de l'état de la personne séropositive", explique Dr Alexander Boon basé au Zimbabwe, qui travaille à la section espagnole de Médecins sans frontières, une organisation non gouvernementale.
Une étude est actuellement en cours dans six pays africains, en vue d'éclaircir les mystères de la discordance au VIH — en particulier, pour savoir si le traitement du virus, qui cause l'herpès génital, réduit ou non le risque de transmission de VIH entre ceux qui sont dans des relations discordantes.
"Ce que nous savons de l'herpès est qu'il semble avoir une relation spéciale avec le VIH", affirme Delany-Moretlwe, qui — avec Maduna — assiste dans la recherche. Une personne souffrant de l'herpès courrait trois fois plus de risques d'être infecté par le VIH.
Conduite en partenariat avec l'Université de Washington avec un financement de la Fondation Bill et Melinda Gates, l'étude est menée actuellement sur 13 sites en Afrique du Sud, au Botswana, au Kenya, en Ouganda, en Zambie et au Rwanda. (La fondation, créée par le milliardaire et géant de l'informatique Bill Gates, est basée dans la ville de Seattle, située dans le nord-ouest des Etats-Unis.) L'Afrique du Sud compte trois sites, l'un à Orange Farm, une installation informelle tentaculaire située juste au sud de Johannesburg. Depuis que le programme a commencé en août de l'année dernière, 314 couples y ont été testés, et 80 d'entre eux étaient discordants au VIH. Trente sept des couples discordants prennent maintenant part aux essais. Comme les facteurs biologiques et sociaux sont connus pour accroître la vulnérabilité des femmes au VIH, on pourrait supposer que c'est généralement l'homme dans des relations discordantes qui est séronégatif.
Toutefois, l'infection se produit de la même manière parmi les hommes et les femmes ayant des relations discordantes, qui ont été testés à Orange Farm.
Des problèmes surviennent avec ce que Delany-Moretlwe décrit comme "le test par procuration", où des gens peuvent supposer qu'ils sont séropositifs parce que le test de leur partenaire s'est révélé négatif.
Mais au cours de la détermination du statut au VIH, de nombreux conseils avant-test et après-test aux couples peuvent aider des partenaires discordants à rester ensemble. "Ils semblent beaucoup se soutenir mutuellement", explique Delany-Moretlwe. "Les gens deviennent très protecteurs vis-à-vis de leur partenaire". Silas et Grâce semblent décidés à demeurer un couple. "Vous savez, nous sommes heureux, très heureux ensemble", déclare Grâce.
Elle a même accepté le fait que son mari puisse mourir plus tôt que prévu.
"Je suis prête pour tout ce qui arrivera", dit-elle. "Ce qui tue les gens, c'est de ne pas l'accepter".
Depuis que son test s'est révélé positif, Silas a arrêté de boire, sauf le verre occasionnel de vin non alcoolisé. Il est également plus ouvert avec ses finances, affirme Grâce, et désire faire des projets d'avenir avec elle.
Toutefois, les relations sexuelles ne se font qu'avec un préservatif — même si la discordance a empêché Silas de transmettre le virus du SIDA à Grâce par le passé.
"Tout devrait être fait en vue de la protéger", déclare Silas. "Ce n'est plus contrôlé par mes sentiments".
Mais serait-il resté avec elle si Grâce avait été la personne dont le test s'était révélé positif? "Je ne sais", dit en riant Silas. "Cela aurait dépendu de la manière dont elle s'y serait prise avec moi".
* Les noms ont été changés pour protéger la vie privée des personnes concernées.

