CULTURE-AFRIQUE DU SUD: Que renferme un nom?

JOHANNESBURG, 16 mai (IPS) – Une proposition pour transformer le nom de la capitale d'Afrique du Sud, Pretoria, en Tshwane, a déclenché une controverse.

Le ministre des Arts et de la Culture Pallo Jordan aurait déclaré, la semaine dernière, qu'une décision sur le changement de nom ne serait pas prise tant que toutes les implications de cette initiative ne seraient pas examinées.

Toutefois, pour des habitants de Pretoria comme Kallie Kriel, on gagnerait peu à modifier le nom de la ville — quelque chose d'une grande signification culturelle pour lui.

Pretoria prend son nom du héros afrikaner Andries Pretorius, qui s'est installé dans la région dans les années 1830. La ville a été ainsi baptisée il y a 151 ans par le fils de Pretorius et le premier président d'Afrique du Sud — Marthinus.

Les Afrikaners viennent d'Europe, en particulier de la Hollande, d'où leurs ancêtres se sont rendus en Afrique du Sud il y plus de 300 ans.

"Pretorius fut l'un des premiers et grands combattants de la liberté en Afrique contre le colonialisme (des colonisateurs britanniques). Il devrait être reconnu pour cela", a déclaré Kriel, un porte-parole de 'Pretoria Civil Action', une institution qui regroupe des organisations opposées au changement du nom de la ville.

Par ailleurs, il craint que le changement n'affecte l'économie de Pretoria..

"Pretoria est un nom de marque très bien établi. Le changement de nom pourrait affecter le tourisme, et il faudra 1,5 milliard de rands (246 millions de dollars) pour mettre en oeuvre le changement de nom", a indiqué Kriel à IPS.

FW de Klerk, le dernier président de la période d'apartheid, est également intervenu dans ce débat.

"Pretoria a une place centrale et honorable dans notre histoire. C'est le symbole de la guerre anti-coloniale que les Afrikaners ont menée contre l'empire britannique, qui a été l'une des premières luttes de libération de l'Afrique", a-t-il dit dans une déclaration concernant le changement de nom, en mai de l'année dernière.

Mais pour les habitants noirs, conserver Pretoria comme nom de la capitale a peu de signification historique.

"Cela défie toute logique que de donner à une ville le nom d'un homme ayant une histoire sanglante", a déclaré à IPS, Steve Redebe, un chercheur à l'Université of South Africa, basée à Pretoria.

Tout en reconnaissant que Pretorius est admiré parmi les Afrikaners pour avoir tenu tête aux Britanniques, il a dit que l'homme était également responsable "du massacre de milliers de combattants zulus à la soi-disant Bataille de la Rivière de sang, où l'eau de la rivière a pris la couleur rouge à cause du sang des Zulus assassinés (en 1838)".

"Ce n'est pas un homme dont notre capitale nationale devrait continuer à porter le nom, en particulier après la fin de l'apartheid", a ajouté Redebe.

Lorsque la ségrégation raciale a pris fin en 1994 à la suite d'un accord négocié entre les Noirs et les Blancs, Nelson Mandela — premier président noir d'Afrique du Sud — a appelé à la réconciliation pour réduire une animosité raciale vieille de plusieurs siècles.

Tshwane est le nom d'un important chef Ndebele qui s'était installé dans l'actuel Pretoria avant que les Blancs n'y mettent pied.

Le 'Tshwane Tourism Information Centre'(Centre d'information sur le tourisme Tshwane) fait remarquer que le nom aurait déjà été donné à la province de Pretoria par les premiers habitants de la région — et que cela signifie "nous sommes les mêmes" — ou "nous sommes un parce que nous vivons ensemble".

Fred Nel, leader du 'Democratic Alliance's Tshwane Caucus' de l'opposition, a dit à IPS qu'il croyait qu'un compromis pourrait être trouvé sur la question.

Aux termes de cet arrangement, les banlieues de Pretoria seraient appelées Tshwane, tandis que les vieux quartiers du centre-ville resteraient Pretoria. "Ceci reflétera la diversité de notre ville", a-t-il noté. Le conseil municipal de Pretoria, fort de 152 membres, a voté pour le changement de nom en mars de l'année dernière — et le Conseil des noms géographiques sud-africains était supposé approuver le nouveau nom en octobre 2005, mais ne l'a pas fait.

"Il paraît que le Conseil des noms géographiques sud-africains se réunira en juillet pour débattre de la question", a indiqué Nel. "Nous attendons impatiemment cela".

Les efforts répétés de IPS pour recueillir les commentaires du conseil ont été infructueux. Toutefois, la décision finale reviendra à Jordan.

"Le fait qu'il ait fallu au ministre un an pour répondre indique la sensibilité de la question", a souligné Kriel.

"Si le ministre va de l'avant et change de nom à la ville, nous intenterons une action en justice", a-t-il ajouté. "Il y a des gens qui attachent une grande importance à Tshwane. Mais ils devraient également reconnaître qu'il y a des gens qui attachent beaucoup d'importance à Pretoria".