JOHANNESBURG, 10 mai (IPS) – De récentes initiatives du gouvernement zimbabwéen pour autoriser des fermiers blancs, dont les terres ont été confisquées, à reprendre l'exploitation agricole, ont suscité des réactions variées.
"Ils ont tué des gens; ils les ont jetés hors de leurs fermes, ils ont détruit l'économie. Maintenant, ils veulent que nous allions à leur rescousse", a déclaré à IPS, Gerry Whitehead, dont la terre a été saisie en 2002.
Toutefois, Doug Taylor-Freeme — président du 'Commercial Farmers Union' (Syndicat des fermiers commerciaux – CFU), composé principalement de Blancs — a dit qu'il semblait y avoir un "environnement favorable à des avancées sur cette question". Dans un communiqué publié le mois dernier invitant les fermiers à faire une demande d'obtention de terres, il a indiqué que le syndicat pensait que "le moment (était) propice pour constituer une base de données et d'envoyer les soumissions de tous les fermiers qui pourraient souhaiter étudier l'option de solliciter une terre" Flora Buka, la ministre d'Etat pour les Affaires spéciales, en charge de la Terre, de la Réforme agraire et de la Réinstallation, a confirmé au quotidien gouvernemental 'Herald', le mois dernier, que tous les Zimbabwéens — y compris les fermiers commerciaux blancs — pouvaient faire des demandes en vue d'obtenir de terre. Jusqu'ici, a-t-elle affirmé, 500 fermiers blancs avaient fait cela.
Selon un rapport de 2005 rédigé par 'Justice for Agriculture' (Justice pour l'agriculture), une organisation non gouvernementale basée à Harare, la capitale zimbabwéenne, le nombre de fermiers commerciaux blancs actifs au Zimbabwe est estimé à moins de 500. Ceci constitue une baisse par rapport aux 4.300 à la fin de 2000, note le document : 'La crise agricole du Zimbabwe'.
Dès les premiers mois de 2000, des vétérans de la guerre d'indépendance du Zimbabwe des années 1970 et d'autres militants ont pris la tête de l'occupation des fermes appartenant à des Blancs pour corriger les déséquilibres raciaux dans la possession de terres qui remontaient à la période coloniale. Ces invasions se sont plus tard cristallisées en un programme accéléré de redistribution de terres conformément auquel des millions d'hectares ont été confisqués.
Les invasions de fermes ont commencé dans la période qui a précédé les élections législatives de 2000, la première élection dans laquelle la 'Zimbabwe African National Union-Patriotic Front' (ZANU-PF) au pouvoir a fait face au défi d'une opposition crédible. Ceci a suscité des allégations selon lesquelles les invasions étaient un complot ourdi par le gouvernement afin d'utiliser la question de la terre, qui déchaîne les passions, pour consolider un soutien pour l'élection. L'élection de 2000 a par ailleurs été entachée de violations de droits de l'Homme et de fraude électorale présumée — comme cela a été le cas pour l'élection présidentielle en 2002. Dans son rapport, 'Justice for Agriculture' indique qu'un certain nombre de fermiers zimbabwéens avaient, depuis, cherché fortune ailleurs dans la région : 35 à 45 au Mozambique, 130 à 150 en Zambie — tandis qu'à peu près 50 sont allés au Malawi. D'autres sont partis en Afrique du Sud et au Botswana; 12 à 15 se sont même rendus au Nigeria.
Joseph Made, ministre de l'Agriculture du Zimbabwe, réfute la thèse selon laquelle l'offre de terres du gouvernement équivaut à reconnaître que le programme de réforme agraire a échoué.
Toutefois, le rapport de 'Justice for Agriculture' peint un tableau différent. "Une fois que les fermes ont été reprises par la hiérarchie gouvernementale, elles ont tendance à tomber en ruine rapidement. C'est comme un jeu de chaises musicales : lorsqu'une seule est détruite, cela passe à la suivante", souligne-t-il.
"Il n'y a aucun bail assuré — aucun bail reconnu, par conséquent le bail n'était pas négociable en banque ou transférable pour le labour et les intrants et ils (les ménages réinstallés) dépendaient totalement de l'Etat.
Et il n'y avait pratiquement aucune fourniture de semence, de maïs ou d'engrais". Par ailleurs, selon des allégations, certaines propriétés avaient été reprises par les principaux responsables de la ZANU-PF et autres personnages influents, plutôt que par des personnes sans terre.
Autrefois considéré comme le grenier d'Afrique australe, le Zimbabwe est maintenant confronté à de graves pénuries alimentaires — quelque chose attribué en partie à la sécheresse, et aux effets de la réforme agraire accélérée. Plus de quatre millions sur les 13 millions d'habitants que compte le pays ont besoin d'aide alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial.
Dans un rapport de mars 2006, la branche locale du 'Famine Early Warning Network', financé par les Etats-Unis, a indiqué que la situation globale de sécurité alimentaire du Zimbabwe resterait critique cette année à cause de mauvaises récoltes. "Avec une pluviométrie variant généralement entre la normale et un niveau légèrement au-dessus de la normale dans la (période) 2005/2006, des indications préliminaires de production de maïs cette année sont pour une amélioration de la production par rapport à la récolte de l'année dernière, qui était de 550.000 tonnes, mais bien en dessous de la moyenne des années 1990, et bien en dessous des besoins de la consommation nationale…", observe le rapport.
La situation est aggravée par le VIH/SIDA, qui a ébranlé la production agricole; selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, la prévalence du VIH au Zimbabwe est légèrement supérieur à 20 pour cent. Les saisies de terres ont contribué au déclin économique du Zimbabwe, qui a eu pour conséquence des pénuries graves de carburant, d'autres produits de première nécessité — et de la devise étrangère nécessaire pour acheter les semences, l'engrais et l'équipement agricole. Une inflation à trois chiffres est devenue monnaie courante : selon des statistiques officielles, l'inflation est montée à 913,6 pour cent en mars, de 782 pour cent le mois précédent.
Daniel Molokele, chef de la 'Zimbabwe Combined Civil Society Organisation' basée à Johannesburg, voit un motif d'optimisme dans les dernières propositions du gouvernement.
"Ils sont maintenant en train d'accepter qu'ils ont fait une grosse bévue en chassant les fermiers blancs", a-t-il dit à IPS. L'organisation est une institution couvrant des groupes non gouvernementaux.
Mais, Whitehead estime qu'au lieu d'accepter l'offre de terre, les Zimbabwéens devraient "travailler dur jusqu'à ce que ce gouvernement disparaisse".
Il a exhorté les fermiers à attendre jusqu'à ce qu'ils puissent négocier avec une administration intérimaire chargée d'organiser une élection supervisée par la communauté internationale pour ramener le Zimbabwe à l'Etat de droit.
"Trois de mes ouvriers agricoles ont été abattus en 2002. On a tenté de me fusiller également, cette nuit-là", se rappelle-t-il. "Pour ce qui me concerne, je reprendrai ma ferme lorsque ce gouvernement s'en ira".
Au départ, les fermiers dont les propriétés ont été saisies sont allés en justice pour contester la légalité de l'opération, mais le gouvernement a en fin de compte changé la loi pour l'adapter aux confiscations. Plusieurs actes de violence sur les fermes n'ont jamais fait l'objet d'enquêtes.
Aux termes de la nouvelle politique agraire, les fermiers auront des baux de 99 ans.
"Il faudrait au moins quatre ans pour que l'agriculture commerciale ait un impact sur le Zimbabwe", a dit à IPS, un fermier qui a requis l'anonymat.
Il a cité la nécessité de construire de nouvelles routes sur les fermes, de réinstaller de l'eau courante — et d'ériger des poteaux électriques.
"Une fois que cela est fait, vous avez d'autres défis. Les fermiers auront besoin d'engrais, d'équipements d'irrigation et de produits chimiques — (les) magasins (qui les fournissent) ont tous fermé".
Ce qui préoccupe Whitehead le plus est le manque de confiance entre les fermiers et le gouvernement : "Il y a eu des promesses non tenues. Le gouvernement a manqué à toutes ses promesses — nous ne pouvons pas lui faire confiance". Des débats sur la possession de terre en relation avec la race ont cours également en Afrique du Sud et en Namibie, où il y a des pressions croissantes en faveur de la saisie des terres des fermiers blancs en vue de leur redistribution à des Noirs sans terre.
En Afrique du Sud, le gouvernement veut mettre 30 pour cent des terres arables confisquées sous l'apartheid dans les mains des Noirs d'ici à 2014 — mais les militants des droits à la terre estiment que ce processus avance trop lentement. Jusqu'ici, le gouvernement a distribué un peu moins de quatre pour cent de cette superficie prévue à des Noirs sans terre.
Le gouvernement de Namibie envisage de réinstaller environ 250.000 personnes sans terre, et a commencé par saisir des fermes appartenant à des Blancs dans le cadre de cette initiative.

