DROITS-AFRIQUE DU SUD: Zuma acquitté — mais ''la lutte continue''

JOHANNESBURG, 9 mai (IPS) – Pendant que le procès pour viol de l'ancien vice-président sud-africain Jacob Zuma – prenait fin lundi avec un acquittement pour l'accusé, des appels ont été lancés pour que le verdict ne soit pas perçu comme ébranlant la lutte pour réduire le viol.

"Demain, si vous allez au tribunal de Johannesburg, vous aurez six autres femmes attendant que leurs affaires de viol soit jugées", a déclaré à IPS devant la Haute Cour de la ville, Dawn Cavanagh de 'Gender AIDS Forum', basé à Johannesburg, une organisation non gouvernementale.

"Alors, la lutte continue".

Le juge dans l'affaire, Willem van der Merwe, a exprimé des sentiments similaires — comme l'ont fait des membres de l'alliance tripartite, constituée du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, le Parti communiste sud-africain et le Congrès des syndicats sud-africains.

Selon 'People Opposing Women Abuse', un autre groupe civique basé dans la capitale économique d'Afrique du Sud, une femme est violée dans la ville toutes les 26 secondes. Mais Catherine Nyakato, membre de 'One-in-Nine Campaign' (la Campagne une-sur-neuf) affirme qu'une victime de viol seulement sur neuf signale l'agression.

"Certaines ne signalent pas le viol à cause de la peur, d'autres à cause d'une absence de conscience — et certaines à cause d'un manque de connaissance sur l'accès aux services comme les procédures de police et les traitements à l'hôpital", a-t-elle dit à IPS.

L'expérience de l'accusatrice de Zuma pourrait toutefois ne pas faire grand-chose pour réduire les craintes des victimes de viol. Des reportages indiquent que la plaignante a été obligée de subir des chahuts et des insultes au moment où elle entrait et sortait de la cour – et de voir son image ternie. De même, le taux de condamnation pour des affaires de viol est loin d'être encourageant.

"Le taux de condamnation est de sept pour cent", affirme Cavanagh. "Il y a un problème avec notre système judiciaire – ceci doit changer".

Les appels en faveur d'une vigueur continue dans la lutte contre le viol sont intervenus au milieu de la controverse au sujet du degré auquel le procès de Zuma a examiné la précédente histoire sexuelle de la plaignante : une militante anti-SIDA âgée de 31 ans qui est elle-même séropositive, et une amie de la famille Zuma. La défense a présenté plusieurs témoins qui ont affirmé que l'accusatrice, dont le nom ne peut être révélé conformément à la loi sud-africaine, avait fait de fausses allégations de viol contre eux.

Dans une lecture du jugement passé en intégralité à la radio et à la télévision, pendant six heures, van der Merwe a déclaré qu'il avait autorisé cette déposition parce que cela montrait un comportement type chez la plaignante qui avait un rapport avec son accusation contre Zuma : elle était déjà connue pour avoir fait de fausses déclarations de viol.

Toutefois, le 'African Christian Democratic Party', aurait indiqué plus tard que les conditions dans lesquelles l'histoire d'une victime de viol pourrait être admise dans les preuves devraient être réexaminées.

Ayesha Kajee, un chercheur au 'South African Institute of International Affairs' (l'Institut sud-africain des affaires internationales), un groupe de réflexion basé à Johannesburg, a affirmé également que si un projet de loi sur les délits sexuels, déposé sur la table du parlement la semaine dernière seulement, avait déjà été voté, l'histoire sexuelle de la plaignante n'aurait pas été prise en compte.

Notant que l'Etat n'avait pas exploré l'allégation de viol au-delà d'un doute raisonnable, van der Merwe a constaté que des relations consensuelles avaient eu lieu entre Zuma et la plaignante, comme l'a déclaré l'ancien vice-président. Mais quoiqu'il ait été innocenté, Zuma n'est pas sorti indemne du verdict de lundi. Van der Merwe lui a tapé sur les doigts pour avoir eu des rapports sexuels non protégés avec son accusatrice — et pour sa déclaration ayant fait la Une des journaux – selon laquelle il avait pris une douche après les rapports pour minimiser le risque de contracter le VIH. Le commentaire lui a valu une condamnation immédiate des militants anti-SIDA en Afrique du Sud, qui ont vu la déclaration comme un revers pour les efforts visant à contenir la pandémie — quelque chose qu'un pays ayant le plus grand nombre de séropositifs au monde, plus de cinq millions, peut difficilement se permettre.

Dans une ironie qui a échappé à quelques-uns, Zuma a exercé précédemment comme président du Comité national sud-africain de lutte contre le SIDA, et patron du Mouvement pour la régénération morale.

Une poignée de militants des droits des femmes était présente devant le tribunal lundi avant le verdict, brandissant des pancartes portant plusieurs slogans — dont l'un disait : "Cette jupe n'est pas une invitation". (Zuma avait déclaré plus tôt que le jour du viol présumé, le 2 novembre de l'année dernière, marquait la première occasion où il voyait la plaignante porter une jupe — quelque chose qu'il a interprété comme une invitation. L'incident s'est produit dans la maison de l'ancien vice-président dans le quartier huppé de Forest Town à Johannesburg).

Toutefois, le groupe a été éclipsé par les supporteurs de Zuma. Plus de 2.000 se seraient réunis à l'extérieur de la cour sous l'œil vigilant de la police.

Plusieurs portaient des T-shirts à l'effigie de l'ancien vice-président, et sur lesquels on pouvait lire la phrase "Tous seront égaux devant la loi"..

Chantant et dansant tout au long de la journée, les supporteurs ont éclaté de joie lorsque le verdict a été connu.

"Je suis très content aujourd'hui. Le juge m'a satisfait", a déclaré à IPS, immédiatement après le jugement, Norman Ndlovu, un supporteur de Zuma.

Mais, a-t-il ajouté, "Je ne suis pas satisfait de la loi dans ce pays. La plaignante est en train d'être protégée, et son nom a même été caché au public – Zuma ne jouit pas de tels droits".

"Nous avons également appris qu'elle a été sortie clandestinement du pays.

Quel genre de loi est-ce?".

Depuis le week-end, des journaux locaux écrivaient que l'accusatrice allait devoir s'installer à l'extérieur pour sa propre sécurité.

Après avoir quitté le tribunal, Zuma s'est rendu dans un petit jardin public voisin pour s'adresser à ses partisans — saisissant l'opportunité pour accuser les médias de l'avoir condamné au tribunal de l'opinion publique.

Kajee indique qu'elle n'était pas surprise par la décision du juge.

"C'était attendu, à la lumière du témoignage qui a été fait au tribunal…Le procès envoie également un message fort selon lequel le judiciaire et les médias en Afrique du Sud sont libres : c'est le message qui devrait résonner à travers le continent africain", a-t-elle noté, faisant allusion à l'abus du judiciaire et à la répression des médias qui sont devenus monnaie courante dans une grande partie de l'Afrique. La force de ces deux institutions est toutefois sur le point d'être mise à plus rude épreuve — une fois encore, une épreuve impliquant Zuma.

En juillet, l'ancien vice-président sera jugé pour corruption : il doit répondre de deux chefs d'inculpation, l'un lié aux affirmations selon lesquelles il a sollicité un pot-de-vin du fabricant d'armes français Thalès pour le protéger au cours d'une enquête, en Afrique du Sud, sur un contrat d'armement de cinq milliards de dollars.

Le procès découle du verdict de culpabilité qui a été prononcé contre le conseiller financier de Zuma, Schabir Shaik, l'année dernière dans un autre procès pour corruption. Ces débats ont vu Shaik condamné pour un certain nombre de charges qui incluaient le fait d'avoir aidé Zuma à obtenir le pot-de-vin de Thalès. L'avocat général a déclaré que les relations de Shaik avec Zuma étaient "généralement corrompues".

Le verdict a amené le président Thabo Mbeki à limoger Zuma en juin 2005, quoique l'ancien vice-président ait conservé son poste élevé au sein de l'ANC. Zuma a indiqué que son prochain procès pour corruption est une tentative orchestrée par ses ennemis politiques pour le discréditer, afin qu'il n'accède pas à la présidence. Nombre de ses supporteurs ont également perçu le procès de viol comme une partie de ce complot présumé.

Le préjudice causé à la réputation de l'ancien vice-président par ses déclarations sur le SIDA, et les maigres chances du prochain procès sur la corruption, amènent à se demander si le moment est venu ou non d'écrire la fin politique de Zuma – perçu, il y a peu de temps encore, comme le leader dans la course pour succéder à Mbeki en 2009. Mais, Kajee estime qu'il est trop tôt pour faire une croix sur Zuma en tant que force politique.

"Il dispose de nombreux partisans à la base. La loyauté est immense", a-t-elle dit de l'ancien vice-président, qui a percé dans l'ANC durant la lutte contre l'apartheid.

Comme l'ont démontré les événements qui se sont déroulés, lundi à l'extérieur de la cour, ce n'est pas de l'exagération.