NAIROBI, 4 mai (IPS) – Alors que la Journée internationale de la liberté de la presse a été célébrée le 3 mai, au Kenya, des appels en faveur de l'adoption, par le gouvernement, d'un projet de loi sur la liberté d'information s'intensifient.
"Le (projet de loi) garantira non seulement la liberté des médias à accéder à l'information gouvernementale, mais donnera également au public le droit à cette information", a déclaré à IPS, Absalom Mutere, président du conseil d'administration du 'Media Council of Kenya' (Conseil des médias du Kenya – MCK). Le conseil, basé dans la capitale, Nairobi, est une institution indépendante qui cherche à améliorer les normes journalistiques.
Un projet de loi sur la liberté d'information a été élaboré, mais doit encore être soumis au parlement.
Dans son état actuel, la constitution prévoit la liberté d'expression, mais ne spécifie pas un droit à l'information. Une nouvelle constitution, qui avait inclus des dispositions en faveur de la liberté de presse ainsi que l'accès à l'information, a été rejetée par les Kényans pendant un référendum organisé en novembre 2005 — en grande partie à cause des craintes selon lesquelles le projet accordait également trop de pouvoir au président.
L'appel en faveur d'un projet de loi sur la liberté d'information vient au milieu de préoccupations plus graves sur l'état de la presse au Kenya. Le 2 mars, les autorités ont fait une descente dans le studio de la chaîne de télévision (Kenya Television Network – KTN) et l'imprimerie de son frère journal, 'The Standard'. L'émission a été paralysée du coup, forçant la KTN à cesser d'émettre pendant 14 heures — tandis que des milliers de copies du journal de ce jour étaient incendiées.
La KTN, 'The Standard' et d'autres organes de presse avaient été critiques vis-à-vis de l'implication du gouvernement dans une série de scandales de corruption. Des autorités ont affirmé que les articles et reportages diffusés par la KTN et 'The Standard', qui font partie du deuxième plus grand groupe de presse du Kenya, incitaient le public aux troubles. Les scandales incluaient l'escroquerie présumée d'Anglo Leasing, qui a été mise en lumière pour la première fois en 2004. Cela concerne l'attribution de deux contrats à une société fictive Anglo Leasing and Finance, l'un pour la fourniture d'équipement destiné à produire des passeports infalsifiables, l'autre pour la construction de laboratoires de médecine légale pour la police. Des autorités auraient payé près de 90 millions de dollars à la société pour ces services.
En janvier, le contenu d'un dossier qui donnait plus d'information sur le scandale Anglo Leasing a été publié dans la presse, provoquant la démission du ministre de l'Energie Kiraitu Murungi, et de son homologue des Finances, David Mwiraria.
Le dossier, rédigé par l'ancien secrétaire permanent pour la gouvernance et l'éthique, John Githongo, a révélé comment des ministres avaient essayé d'empêcher la poursuite des enquêtes sur l'affaire Anglo Leasing.
Le ministre de l'Education George Saitoti a démissionné le mois suivant pour une autre arnaque, l'affaire Goldenberg. Ce scandale a eu lieu au début des années 1990, et impliquait l'exportation fictive d'or et de diamant dans le cadre d'un plan de garantie des exportations — coûtant au Kenya plus de 600 millions de dollars. Saitoti était ministre des Finances et vice-président à l'époque. Ces développements ont mis en lumière la nécessité d'une presse libre au Kenya. Lorsque la preuve de la corruption a fait surface, affirme Joe Kadhi — un spécialiste des questions de journalisme et professeur au 'United States International University-Kenya' — "il faut que le quatrième pouvoir joue son rôle d'observateur de façon plus efficace. Pour que cela arrive, la presse elle-même doit être libre et indépendante".
Pour sa part, le gouvernement accuse souvent la presse de se comporter de façon irresponsable — une affirmation qui, reconnaît Mutere du MCK, pourrait avoir un certain mérite.
"Le plus grand défi se trouve être les faibles niveaux de professionnalisme qui ont pénétré l'industrie. Il y a plusieurs écoles de journalisme qui ont poussé comme des champignons, certaines au-dessus des casinos et bars", a-t-il fait remarquer.
"La presse à scandales a également infiltré l'industrie et même des comédiens sont en train de faire leur entrée sur le marché".
Le projet de loi du 'Media Council of Kenya', qui doit encore être soumis au parlement, cherche à donner au MCK des pouvoirs pour réguler les médias.
Entre autres choses, le projet de loi établit des normes de conduite et de discipline pour les journalistes et les médias, et prévoit également la formation en matière de code de déontologie et d'éthique.
Afin de s'attaquer à la prolifération des écoles de journalisme qui ne méritent pas leur nom, le MCK a par ailleurs créé le 'Media Educators and Trainers Association' (Association des éducateurs et formateurs des médias). Cette institution traitera du programme pour les écoles de journalisme, ainsi que de la question de l'accréditation.
Les préoccupations relatives à la liberté de presse en Afrique de l'est ne sont pas limitées au Kenya. La quatrième Conférence des dirigeants de la presse en Afrique, tenue à Nairobi le mois dernier, a mis en exergue une poussée de la répression à travers la région — notamment en Ouganda, en Tanzanie, en Erythrée et en Ethiopie.
Par ailleurs, la conférence — qui a réuni d'importants représentants de médias de 12 pays africains — a tiré la sonnette d'alarme sur le fait que plusieurs pays en Afrique de l'est cherchaient à voter une législation qui permettrait à la presse d'être régulée par les autorités, ou avaient déjà en place de telles lois.
Les craintes liées à la liberté de presse en Afrique de l'est ont été reprises en écho dans une déclaration de 'Ethiopian Free Press Journalists in Kenya' (Journalistes d'une presse éthiopienne libre au Kenya), reçue par IPS la semaine dernière.
"Nous avons fui notre pays à cause des mesures de répression contre la liberté d'expression en 2005 et dans les années précédentes. Nous sommes arrivés au Kenya à pied, laissant nos familles derrière nous pour fuir la persécution et l'emprisonnement par le gouvernement éthiopien", note-t-elle. Il y a 10 journalistes éthiopiens exilés au Kenya actuellement, selon la déclaration.
L'année dernière, 80 personnes sont mortes en Ethiopie durant des affrontements entre la police et des personnes manifestant contre les résultats de l'élection, qui auraient été truqués. Les autorités ont emprisonné 18 journalistes à l'époque; tous se sont vu refuser la libération sous caution.
"Nos collègues répondent maintenant des accusations comme la trahison, le génocide et la tentative de remettre en cause la constitution", a indiqué le 'Ethiopian Free Press Journalists in Kenya'.

