FETE DU TRAVAIL: Un appel pour que les colporteurs soient traités avec dignité

NAIROBI, 2 mai (IPS) – Des nuages sombres signalent l'imminence d'une pluie torrentielle. Déjà, un déluge d'éclairs a commencé, et dans les rues de la capitale du Kenya, Nairobi, les gens se pressent pour se rendre à leurs destinations afin de ne pas être trempés.

Mais Margaret Wangui, sa fille de deux ans attachée fermement dans son dos, n'est pas en train de fuir les pluies. Elle fuyait les "askaris" (les gardes) du conseil municipal qui sévissent actuellement contre les colporteurs. Célibataire et mère de deux enfants, cette femme de 35 ans joue au cache-cache avec les askaris depuis qu'elle est arrivée dans la ville à 13 heures – heure locale (10h GMT) pour vendre des fruits. Cinq heures plus tard, elle attendait toujours de conclure une vente à cause de la forte présence des gardes, qui arrêtent les colporteurs surpris en train de vendre des articles dans les rues principales.

Le colportage dans la zone commerciale centrale est interdit, mais a néanmoins continué — avec des pots-de-vin qui, on le sait, amènent les "askaris" à regarder dans l'autre direction.

"Je commence mon travail à 13 heures, mais je passe tellement de temps à fuir les askaris (que) au moment où je m'installe pour vendre, l'heure est avancée. Cela signifie que je dois rester jusqu'à 21 heures ou 22 heures pour vendre mes fruits — s'ils ne sont pas tombés pendant la course pour fuir les askaris", a-t-elle dit à IPS. Ceux qui sont arrêtés sont malmenés, qu'ils soient hommes ou femmes, vieux ou jeunes. Les askaris poussent sans ménagement les colporteurs dans des camionnettes du conseil municipal; ils sont alors conduits dans les cellules, pour attendre leur comparution devant un tribunal. Par ailleurs, leurs articles sont constamment confisqués.

Wangui dit qu'elle a été victime de mauvais traitements à plusieurs occasions, y compris en décembre dernier.

"Ils m'ont arrêtée et m'ont brutalisée. Ils m'ont battue sérieusement, ne se préoccupant pas du fait que j'avais un enfant au dos. Ils nous ont blessés, le bébé et moi, par la même occasion", a-t-elle dit à IPS, montrant des cicatrices sur l'un des ses bras qui, dit-elle, était blessé dans l'incident.

Wangui et son bébé sont restés dans une cellule pendant plusieurs jours, après quoi elle a été accusée de vendre sans une autorisation, obstruant les chaussées et couvrant la ville d'immondices.

Ses difficultés sont représentatives de celles auxquelles sont confrontés des milliers d'autres colporteurs à Nairobi.

"La brutalité des askaris du conseil municipal est devenue monnaie courante", affirme Benson Ng'ang'a, secrétaire général de la Fédération des colporteurs et vendeurs.

"Nous savons que nous ne sommes pas censés vendre dans les rues (et) sur les trottoirs. (Mais), lorsqu'ils sont arrêtés, que les colporteurs soient conduits au tribunal dans la dignité. Il n'est pas nécessaire que les agents de la municipalité emploient la force".

Quatre colporteurs auraient trouvé la mort depuis l'année dernière dans des accrochages entre les vendeurs et les askaris. Près de dix, note Ng'ang'a, ont été gravement blessés et hospitalisés — certains portant des blessures causées par des coups de feux tirés par des agents de la municipalité.

Toutefois, les autorités pointent un doigt accusateur sur les colporteurs.

"Nos propres agents ont été mutilés par des colporteurs même lorsqu'ils ne sont pas de service. Ce mois-ci seul, il y a eu environ 20 agents sur lesquels nous avons dépensé de l'argent, les traitant pour avoir été attaqués par des colporteurs", a déclaré à IPS, Hillary Wambugu, directrice de l'inspection de la ville au conseil municipal de Nairobi.

"Nous n'allons pas là-bas pour les combattre; nous nous retenons autant que possible. Ce sont ces colporteurs qui ont décidé d'aller contre les lois et règlements existants que nous essayons d'arrêter".

Wambugu affirme également que certains de ceux qui se font passer pour des colporteurs sont des criminels — une autre raison pour laquelle leur présence dans le centre de Nairobi est indésirable.

Des efforts ont été faits par le gouvernement ces dernières années pour réinstaller les vendeurs informels, s'attaquer à la criminalité et décongestionner les rues. Par la même occasion, des ruelles arrières et d'autres marchés leur ont été attribués à une certaine distance du centre-ville.

Toutefois, ces initiatives se sont révélées largement infructueuses. "Le colportage dépend des clients. Ils sont difficiles à trouver dans les ruelles arrières ou dans les marchés hors du centre-ville, parce que très peu de personnes visitent ces zones", souligne Ng'ang'a. Résultat : les colporteurs sont retournés dans les rues principales.

Ng'ang'a croit qu'avec une planification adéquate, les colporteurs peuvent co-exister avec d'autres activités dans la ville. L'argent que les donateurs accordent pour renforcer les petites et moyennes entreprises (PME) peut être utilisé pour construire des structures permanentes pour les colporteurs, dit-il. Plus tôt cette année, la Banque mondiale aurait accordé une subvention de 160 millions de dollars pour soutenir les PME, y compris les activités des colporteurs.

Selon la Fédération nationale des associations de Jua Kali du Kenya, les colporteurs représentent plus de la moitié des travailleurs dans le secteur informel — considéré comme une partie importante de l'économie kényane.

("Jua Kali" signifie entreprises informelles).

Etant donné le fait que plusieurs personnes dépendent du colportage pour leur subsistance, des activistes des droits de l'Homme sont en train de réclamer la révision de la législation entourant les colporteurs, qualifiant les lois existantes d'archaïques.

"Il est nécessaire de réexaminer les arrêtés municipaux, qui ont été pris par des maîtres coloniaux. Ils ne peuvent pas traiter de la question des colporteurs à l'heure actuelle : la situation a changé", a indiqué David Malombe de la Commission kényane des droits de l'Homme.

Musikari Kombo, ministre du Gouvernement local, semble en avoir pris note.

Le mois dernier, il a annoncé que certains arrêtés municipaux seraient réexaminés.

Avec les droits des travailleurs ayant été mis en lumière le 1er mai, la Journée de la fête internationale du travail, de telles révisions ne peuvent pas venir trop tôt pour les colporteurs kényans.