DROITS-KENYA: Le parlement apprend que les femmes qui disent ''non''veulent souvent dire ''oui''

NAIROBI, 28 avr (IPS) – Bien que les espoirs étaient grands que les débats sur un projet de loi demandant des peines plus sévères pour des auteurs de violence sexuelle au Kenya se passeraient sans heurts, les discussions ont déjà été marquées par une controverse.

Le projet de loi, actuellement à sa deuxième lecture, a été ouvert au débat mercredi — lorsque le député Paddy Ahenda a fait monter la tension au parlement en demandant que la loi soit amendée. Il a allégué qu'une section du projet de loi criminaliserait les avances faites aux femmes par les hommes. Au milieu de l'indignation des femmes députées, Ahenda a également fait remarquer que lorsque les femmes disent "non" à de telles avances, elles veulent souvent dire "oui".

Ces remarques ont poussé les femmes parlementaires à sortir en signe de protestation.

Après la deuxième lecture, le projet de loi sera transmis à une commission où les députés étudieront chaque disposition de la loi, et feront des amendements si cela est nécessaire. La fin de cette étape clarifie le projet de loi pour une troisième lecture; une fois cet obstacle franchi, le projet de loi est envoyé au président pour accord, et promulgation.

A ce jour, plusieurs députés hommes n'ont pas donné leurs positions sur le projet de loi, on craint que — comme Ahenda — ils ne s'y opposent. Sur les 222 députés, 204 sont des hommes.

Des groupes de la société civile veulent maintenant que le vote du projet de loi soit porté à la connaissance du public pour qu'il puisse connaître la décision de chaque député.

Cette demande est intervenue après que certaines organisations non gouvernementales (ONG) ont menacé de faire pression contre la réélection des législateurs qui rejettent le projet de loi, au cours de la campagne pour les élections générales de l'année prochaine.

Des groupes de la société civile ont organisé une manifestation mercredi pour coïncider avec l'ouverture du débat sur le Projet de loi sur les délits sexuels; les manifestants ont été empêchés, par la police, d'accéder au parlement, où ils avaient l'intention d'adresser une pétition à la chambre pour qu'elle soutienne la loi. Des policiers armés de fusil portaient tout un accoutrement anti-émeute.

D'autres attendaient dans un convoi de camionnettes qui servaient de barricade contre les manifestants — qui n'étaient aucunement ébranlés..

Vêtus de T-shirts rouges, ils continuaient par chanter des chansons anti-viol alors qu'ils défiaient la police : "Tuez-nous aujourd'hui pour que nous ne soyons pas violés demain".

La législation actuelle prescrit une peine maximum pour les délits sexuels — mais la peine minimum est laissée à la discrétion du magistrat, qui pourrait décider de donner à l'agresseur juste une journée de prison — ou même un service communautaire. C'est quelque chose que contestent les activistes des droits de l'Homme.

"Dans la loi actuelle, les peines sont assez clémentes et les gens pourraient même s'en tirer à bon compte après avoir commis un délit grave.

Ceci a contribué à l'augmentation du (nombre de) cas de viols", affirme Millie Odhiambo, directrice exécutive du 'Child Rights Advisory Documentation and Legal Centre' (Centre juridique et de documentation pour les conseils sur les droits de l'enfant) – une ONG basée dans la capitale, Nairobi.

Toutefois, la loi sur les délits sexuels énonce clairement des peines minimum et maximum sévères pour le viol et la souillure. Le viol serait passible d'une peine minimum de 10 ans d'emprisonnement, et d'une peine maximum de prison à vie.

Les débats sur le Projet de loi sur délits sexuels fait suite à la publication cette semaine de statistiques effroyables sur le viol.

Mené par 'Steadman Research Services', une société privée basée dans la capitale, le sondage indique que 1.240 filles et femmes sont victimes d'agression sexuelle chaque jour. Le viol a affecté des filles âgées d'à peine cinq mois, et des femmes ayant jusqu'à 86 ans.

Joyce Musyoka, surveillante générale à l'Hôpital des femmes de Nairobi, a dit à IPS que sur les 1.856 patientes avec des complications liées au viol que le centre a traitées au cours des trois derniers mois, la plupart étaient des enfants. L'hôpital reçoit entre huit et dix cas de viol par jour.

Avec des statistiques aussi inquiétantes, des organisations de femmes essaient de voir la meilleure manière dont elles peuvent faire pression sur les députés pour les amener à voter la Loi sur les délits sexuels.

"Nous suivons le débat et nous sommes totalement choquées (à ce sujet) par les arguments avancés par nos députés hommes", a déclaré, dans un entretien avec IPS, Faith Kasiva, directrice exécutive de la Coalition contre la violence faite aux femmes — une autre ONG basée à Nairobi. "Nous n'abandonnons pas notre campagne visant à amener le parlement à soutenir le projet de loi".