FETE DU TRAVAIL: Le chemin de croix des jeunes pour l'emploi au Burkina Faso

OUAGADOUGOU, 29 avr (IPS) – Trois fois dans la semaine, depuis maintenant six mois, Arsène Sory refait le même trajet, entre son domicile et le Centre d'informations des jeunes sur l'emploi et la formation (CIJEF), à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

Agé de 32 ans et titulaire d'une licence en sciences économiques, Sory fonde beaucoup d'espoir sur les annonces du CIJEF, croyant y trouver un jour une offre qui lui ouvrira le fameux sésame de l'emploi.

En plus de sa formation théorique, Sory a obtenu trois petits stages dans des cabinets comptables. Pour lui, la fête du travail (1er mai) n'a pas encore une grande signification. "Je viens au CIJEF pour lire les offres d'emploi relatives à la comptabilité. C'est l'information que le centre peut offrir et des séances de formation, à l'intention des jeunes".

A l'instar de Sory, ils sont nombreux ces jeunes Ouagalais (habitants de Ouagadougou) qui affluent quotidiennement au CIJEF ainsi qu'à l'Agence nationale pour la promotion de l'emploi (ANPE), scrutant un horizon meilleur.

Créée en 2005, sur les cendres de l'Office national de la promotion de l'emploi (ONPE), l'ANPE répond au souci du gouvernement d'améliorer les prestations de l'institution et de l'adapter au contexte actuel marqué par le problème du chômage.

Avec un taux de placement auprès des entreprises du secteur privé, de l'ordre de 10 pour cent, le défunt ONPE était visiblement dépassé et n'arrivait plus à jouer convenablement son rôle, selon les autorités burkinabé.

"C'est pour permettre aux Burkinabé d'accéder à des emplois décents aussi bien en milieu rural que dans les centres urbains, que l'agence a été créée", a déclaré à IPS, Adama Traoré, directeur général de l'ANPE.

"A terme (en 2011), le processus de restructuration (de l'ONPE), évalué à 53,1 millions de dollars, permettra à l'ANPE de créer 25.000 offres d'emploi, de former 5.000 promoteurs, de promouvoir 3.100 postes de stages", affirme un document de présentation de l'agence. En outre, "25.000 jeunes bénéficieront de formation professionnelle initiale et 10.000 artisans de perfectionnement".

La restructuration de l'ONPE est financée par l'Etat qui compte ajouter plus de moyens et d'ambitions pour renforcer la nouvelle agence et négocier des postes de stages payants dans des entreprises.

A l'instar des autres pays africains, le Burkina Faso est confronté au problème du chômage et du sous-emploi qui affecte principalement les femmes et les jeunes. "Au Burkina Faso, les choses sont ainsi inversées. Le chômage constitue la règle, contrairement à ce qu'on devrait attendre, et l'emploi constitue l'exception", déplore Moussa Ouédraogo, un militant du Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale.

"A Ouagadougou et Bobo-Dioulasso (les deux principales ville du pays), le taux de chômage est de 18,32 pour cent. Les villes secondaires connaissent, quant à elles, un taux moyen de 10,10 pour cent, tandis qu'au niveau des zones rurales, ce taux n'excède pas un pour cent, avec un taux de sous-emploi de 40 pour cent", note Mady Traoré, un sociologue ayant mené une étude sur l'emploi en 2005. "Le chômage se révèle être un phénomène essentiellement urbain, et 65 pour cent des chômeurs ont moins de 24 ans", explique-t-il, ajoutant que 32 pour cent des demandeurs d'emploi sont des femmes.

Comparativement, le taux de chômage des deux plus grandes villes burkinabé enregistrent un taux supérieur à la moyenne régionale : Dakar, au Sénégal (12 pour cent), Niamey, au Niger (13 pour cent), Abidjan, en Côte d'Ivoire (14 pour cent), tandis que Cotonou, au Bénin, mais également Lomé, au Togo, et Bamako, au Mali sont en dessous de huit pour cent, selon une enquête de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), en 2004. L'UEMOA regroupe huit Etats de l'Afrique de l'ouest. "Le chômage conventionnel n'est qu'une des manifestations des déséquilibres sur le marché du travail. Il faut des initiatives hardies et non des discours pour l'emploi des jeunes", explique à IPS, Madeleine Traoré, militante syndicaliste de l'enseignement secondaire au Burkina Faso, dont le premier fils, avec une maîtrise en sociologie, court toujours après un emploi, depuis 2005.

L'une des solutions salvatrices pourrait venir du développement d'un secteur privé dynamique, selon l'économiste Moussa Nogo. Il faut "encourager l'initiative privée à travers des allégements fiscaux pour les entreprises. On ne peut en effet proclamer sa volonté de créer des emplois et continuer à maintenir une pression fiscale insupportable sur ces entreprises qui épaulent l'Etat en matière de résorption du chômage".

Malgré les mesures de restriction des recrutements dans la Fonction publique, liées à la mise en œuvre des programmes d'ajustement structurel, le secteur public recrute annuellement, depuis 1995, environ 3.000 demandeurs d'emploi dans ce pays sahélien enclavé d'Afrique de l'ouest. "Cette année, en août prochain, plus de 4.000 recrutements seront opérés et concernent une dizaine de ministères. C'est un effort considérable de la part de l'Etat, quand on sait que dans certains pays voisins, les concours d'accès à la Fonction publique sont rares", affirme à IPS, Salia Koné, un cadre du ministère en charge de l'emploi au Burkina Faso.

"Il faut une politique de plus en plus centrée sur l'auto-emploi. Les gens doivent arrêter de penser qu'ils doivent tous devenir des fonctionnaires", souligne Evelyne Barry, titulaire d'une maîtrise en économie et qui gère une mini-laiterie depuis 2002, grâce à un crédit de 3.000 dollars obtenu d'une coopérative. "Les deux premières années, j'ai fonctionné à perte, mais depuis l'année dernière, le bilan est positif. Il me faut d'autres ressources pour agrandir la laiterie et élargir mon marché", souligne-t-elle à IPS.

Pour sa part, Alain Kam, possède un kiosque de ventes de fournitures de bureaux, depuis 2004, après avoir passé sans succès quelques concours de la Fonction publique. "J'ai pu avoir accès à un crédit de 3.800 dollars, qui m'a permis de m'installer à mon propre compte". Mais, "C'est la croix et la bannière pour avoir droit aux crédits. C'est ouvert à tous, mais est-ce que tous l'obtiennent?", demande-t-il.

"Je ne me plains pas trop. Seulement, la somme est insignifiante pour envisager de gros bénéfices. L'avantage est que je ne chôme pas et je travaille pour moi-même. Je rêve d'ouvrir un restaurant avec un autre crédit, l'année prochaine", ajoute Kam à IPS. "Le chômage est un indicateur de tension sur le marché du travail marquant le désajustement entre la demande et l'offre. Un sérieux effort doit être consenti par les autorités pour appuyer les chômeurs, notamment en matière d'informations sur les perspectives d'embauche", explique à IPS, Mamou Konseibo, membre de l'organisation non gouvernementale 'Agir' qui oriente et forme des jeunes à la recherche d'emplois.

Analysant les politiques d'accès à l'emploi, Edouard Kaboré, responsable d'une coopérative villageoise à Pabré, près de Ouagadougou, déplore que les ruraux soient oubliés. "L'emploi en milieu rural est le parent pauvre. On oublie souvent qu'il faut créer des emplois pour freiner l'exode rural et améliorer les conditions de vie des jeunes surtout", dit-il à IPS.

Près de 80 pour cent des 12 millions d'habitants du Burkina Faso vivent dans des zones rurales, selon des estimations officielles.