DROITS-KENYA: Politique et corvée d'eau ne vont pas de pair, disent des femmes activistes

NAIROBI, 25 avr (IPS) – Des femmes dans la 'North Eastern Province' (Province du Nord-Est NEP) du Kenya estiment qu'elles ne pourront pas jouer un rôle plus actif dans la politique tant que des efforts concertés ne seront pas faits pour fournir les services de base dans la vaste région aride.

"Où est le temps pour la politique si les femmes qui sont là doivent faire environ 100 kilomètres à pied, ou passer entre sept et dix heures par jour, pour obtenir de l'eau?", a demandé Sophia Abdi Noor, directrice exécutive de 'Womankind Kenya', une organisation de développement dans la NEP.

"Tant que des questions aussi fondamentales ne sont pas réglées, nous ne pouvons pas attendre beaucoup en termes de participation des femmes de cette région dans l'arène politique", a-t-elle dit à IPS.

Aussi bien l'eau que le pâturage sont rares dans la NEP en proie à la sécheresse, qui compte près d'un million d'habitants, selon le dernier recensement de la population — effectué en 1999.

Cette situation a déclenché un conflit entre des communautés qui se disputent pour les ressources : en juillet dernier, 90 personnes ont été tuées dans des affrontements inter-claniques à Marsabit. La NEP est restée instable, avec une nouvelle violence éclatant au cours des dernières semaines; ceci a entraîné des morts et des déplacements puisque les gens ont fui leurs maisons à cause de l'insécurité.

Des pressions sur le gouvernement pour développer la région, et des appels particuliers en faveur de la fourniture de l'eau aux communautés, ont récemment amené les autorités à annoncer des projets de construction de puits artésiens dans la région.

La question de la participation accrue des femmes à la politique commence par devenir un sujet de préoccupation en prélude aux élections générales de l'année prochaine. Les femmes veulent s'attaquer aux disparités concernant leur représentation dans le domaine politique, et le processus de prise de décision de façon plus large.

En conséquence, elles ont proposé un manifeste, 'Le Manifeste des femmes du Kenya', qui énumère les exigences qui, espèrent-elles, encourageront le progrès et la participation des femmes à la direction des affaires dans ce pays d'Afrique de l'est.

Le document, préparé par des organisations de femmes sous les auspices de la 'League of Kenya Women Voters' (Ligue des femmes électrices du Kenya), a été lancé à Nairobi le mois dernier.

En particulier, il lance un appel en faveur de la mise en place de politiques de discrimination positive, pour accroître le nombre de femmes à tous les niveaux de gouvernement.

Actuellement, sur les 222 députés, seuls 18 sont des femmes. Et alors qu'il y a 30 ministres au gouvernement, seuls deux sont des femmes. Aucun des huit chefs de province n'est une femme.

Toutefois, des critiques préviennent que les mesures de discrimination positive pourraient être difficiles à mettre en œuvre en l'absence d'une loi d'habilitation. Un projet de loi sur les mesures de discrimination positive est toujours en souffrance, bien qu'il ait reçu le feu vert du parlement en 2000. A une rencontre tenue la semaine dernière (21 avril) dans la capitale, Nairobi, les leaders de divers groupes de femmes et de partis politiques ont déclaré que le manifeste serait utilisé pour convaincre les citoyens — en particulier les femmes — de voter pour des femmes candidates.

"Les ondes ont été ouvertes à plusieurs stations émettant en vernaculaires dans ce pays. Nous voulons profiter de cela", a indiqué à IPS, Mumbi Ng'aru, une responsable du Parti démocratique libéral (LDP). (Le LDP fait partie de la coalition nationale Arc-en-ciel au pouvoir).

"Nous pouvons préparer des prospectus avec toute l'information sur les raisons pour lesquelles on devrait voter pour les femmes, mais combien de femmes peuvent lire? Nous pouvons mettre cette information dans les journaux, mais combien d'entre elles ont les moyens d'acheter les journaux?", a-t-elle demandé.

"Avec les stations émettant en vernaculaires, il s'agira seulement de leur faire écouter le message, et ainsi, nous pourrons atteindre plus de personnes — même à la base — plus efficacement". Il y a plus de dix stations de radios qui émettent en langues locales; celles-ci sont considérées comme un outil puissant pour informer le pays, qui a un taux d'analphabétisme relativement élevé. Des statistiques gouvernementales indiquent que sur les 30 millions d'habitants que compte le pays, huit millions sont analphabètes — 60 pour cent d'entre eux sont des femmes.

Alors que des efforts pour faire élire les femmes en grand nombre s'intensifient, la question de la culture a été avancée comme un défi majeur pour réaliser cela. Certaines coutumes et traditions sont perçues comme discriminatoires à l'encontre des femmes, les dépeignant comme inférieures aux hommes, et créant par conséquent l'impression que seuls les hommes peuvent être leaders.

Toutefois, des femmes aspirant à devenir des politiciennes essaient de surmonter cet obstacle — en s'assurant l'aide des hommes.

"Il est temps que les femmes lient des amitiés politiques avec les hommes..

Il est temps que les femmes aient des hommes comme alliés stratégiques pour les soutenir dans leurs campagnes", a dit à IPS, Josephine Ojiambo du parti de l'opposition officielle, la 'Kenya African National Union' à la rencontre du 21 avril.

"Si les hommes sont impliqués dans la campagne pour faire savoir à la société que les femmes aussi peuvent être des leaders, les comportements négatifs vis-à-vis des femmes vont diminuer".