JOHANNESBURG, 25 avr (IPS) – Depuis près de deux décennies, des agences d'aide larguent par avion des vivres au Sud-Soudan à cause du mauvais état des routes dans cette région -dévastée par plus de deux décennies de guerre civile.
"C'est catastrophique. Le sud était extrêmement sous-développé avant la guerre. La guerre a détruit tout", a déclaré à IPS, Peter Smerdon du Programme alimentaire mondial (PAM) dans un entretien téléphonique depuis la capitale kényane — Nairobi.
"Les communautés sont coupées du monde. Il est difficile d'atteindre certaines de ces communautés. Le déminage et les routes vont, par conséquent, aider les gens à se déplacer dans le pays", a-t-il souligné.
Toutefois, ceci va probablement prendre quelque temps, à cause du manque de financement. Selon le PAM, son programme de réparation des routes et de déminage d'urgence avec 3.000 kilomètres des principales voies de transport au Soudan, nécessitant 183 millions de dollars, est confronté à une pénurie de quelque 70 millions de dollars.
"Depuis la fin de 2003, le PAM a reconstruit environ 1.400 kilomètres de routes, réparé des ponts et des caniveaux, et enlevé et détruit quelque 200.000 pièces d'artillerie", indique un communiqué de l'agence, publié le 12 avril.
"Si des contributions suffisantes sont faites, le PAM ouvrira en fin de compte toute la région et il serait possible de conduire des frontières sud du Soudan à (la capitale) Khartoum et de continuer jusqu'en Egypte pour la première fois en une génération", ajoute le communiqué.
Malgré les obstacles, les progrès sont déjà visibles avec l'initiative de réparation des routes.
"Par exemple, aller de Yei à Juba (environ 160 kilomètres) en voiture prenait deux jours. Maintenant, vous pouvez vous y rendre en voiture en trois heures et demie", a noté Smerdon.
Les autorités soudanaises affirment qu'elles tiennent également à l'ouverture des voies. "Aucun développement significatif ne peut avoir lieu sans un bon réseau routier dans le Sud-Soudan. La politique du gouvernement est de construire des routes modernes qui relieront différentes parties du Sud-Soudan entre elles, et les relieront également au monde extérieur", a déclaré au parlement de la région, Salva Kiir, premier vice-président du Soudan et chef du gouvernement dans le sud, le 10 avril. Le Sud-Soudan a obtenu l'autonomie aux termes de l'accord de paix qui a mis fin à la guerre civile l'année dernière — et votera pour dire si oui ou non il veut faire sécession en 2011. La longue guerre, provoquée par des différences religieuses et ethniques, s'est déroulée en grande partie entre le gouvernement islamique à Khartoum, et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A) dans le sud.
Kiir a indiqué que le Sud-Soudan envisageait de construire une ligne de chemin de fer pour relier Juba, la capitale de la région, au port de Mombasa au Kenya, dans l'océan Indien, soit par l'Ouganda soit par l'ouest du Kenya.
"Nous discutons également avec la République démocratique du Congo (RDC) de la liaison de Juba-Yei-Lasu avec Kisangani (la principale ville dans l'est de la RDC) pour avoir accès à l'Atlantique et ouvrir ses marchés (de la RDC) au Sud-Soudan", a ajouté Kiir.
Rebecca Nyandeng, veuve du fondateur du SPLM/A, John Garang, a été nommée ministre des Transports et des Routes lorsque Kiir a succédé à Garang.
Le chef de file du SPLM/A est mort dans un crash d'avion alors qu'il revenait de l'Ouganda voisin en juillet de l'année dernière — trois semaines seulement après avoir pris ses fonctions au sein de la nouvelle administration du Soudan. Connaissant l'état des routes du Sud-Soudan, Garang avait coutume de dire qu'il n'y avait jamais eu de voies bitumées dans la région "depuis la création du monde".
Le plus grand casse-tête de Nyandeng sera le déminage, un héritage mortel de divers conflits nord-sud. Toutefois, moins de mines ont été posées au cours de la première guerre, qui a éclaté en 1955 et pris fin en 1972, que durant le conflit qui s'est achevé l'année dernière.
Entre 500.000 et deux millions de mines terrestres ont été posées au Soudan, selon MineTech International, une société de déminage basée en Grande-Bretagne qui opère au Soudan. La firme souligne que ceci fait de ce pays d'Afrique de l'est l'une des dix nations les plus minées au monde, limitant considérablement les activités des agences internationales d'aide.
Le 'United Nations Mine Action Office' (Bureau des Nations Unies pour l'action contre les mines), créé en 2003 pour coordonner tous les programmes liés aux mines au Soudan, estime que 155 communautés et 4.270 kilomètres carrés de terre sont menacés dans le Sud-Soudan des suites de ces armes. Les mines ont été laissées aussi bien par les rebelles que par les forces gouvernementales. Alors que les anciens rebelles du SPLM/A ont posé des mines anti-char pour empêcher les troupes gouvernementales soudanaises d'atteindre des territoires sous son contrôle, les forces gouvernementales ont planté des mines autour des villes de garnison pour éloigner les rebelles.
Les mines constituent une menace aussi bien pour les hommes que pour les animaux.
Le travail de Nyandeng est rendu difficile également par les activités de la tristement célèbre Armée de résistance du seigneur (LRA), un groupe rebelle ougandais qui recrute des enfants par la force afin qu'ils servent comme combattants — et mutile ses victimes. La LRA opérait à partir du Sud-Soudan. En novembre 2005, la LRA a tué deux démineurs — un Irakien et un collègue soudanais — forçant la Fondation suisse d'action contre la mine à suspendre temporairement ses opérations dans le Sud-Soudan.
On craint que les activités de la LRA n'affectent le retour de plus de trois millions de personnes déplacées dans le nord et 500.000 réfugiés en Ouganda, au Kenya, en Ethiopie et en RDC voisins, qui désirent rentrer chez eux.

