POLITIQUE-RDC: Kofi Annan accepte le principe d'une révision du calendrier électoral

KINSHASA, 24 mars (IPS) – Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, appelle les acteurs politiques à plus de maturité politique et de responsabilité en cette période cruciale des élections en République démocratique du Congo (RDC).

Au cours de son séjour de 48 heures à Kinshasa, la capitale congolaise, Annan a rencontré, cette semaine, différents leaders de partis politiques et spécialement Etienne Tshisekedi, le président de l'UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) et Azarias Ruberwa, le président du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie).

Les prises de positions actuelles de ces deux dirigeants sont de nature à menacer l'aboutissement apaisé du processus électoral, selon des analystes.

Tshisekedi conditionne l'implication de son parti à la réouverture des centres d'inscription des électeurs afin, dit-il, de permettre à ses militants de se faire enregistrer sur les listes électorales, tandis que Ruberwa exige que les territoires — créés par son parti pendant la rébellion — soient reconnus par le ministère de l'Intérieur et érigés en circonscriptions électorales.

Dans l'esprit du RCD, l'érection de ces trois territoires en circonscriptions électorales — Minembwe, Bunyakiri et Kasha — dans la province du Sud-Kivu (est du pays), permettrait aux communautés locales, en particulier les Tutsi (Banyamulenge) de se faire représenter au parlement national. Ruberwa invoque les accords de paix de Sun City, signés en 2002, en Afrique du Sud, qui consacrent la reconnaissance, par l'Etat congolais, des divisions administratives opérées sous la rébellion.

Ces accords ont mis un terme à une longue guerre civile en RDC (1998-2002), qui a fait au moins 3,5 millions de morts, selon des sources indépendantes..

L'une ou l'autre des revendications des deux partis politiques ayant des implications sur le calendrier électoral, le secrétaire général de l'ONU a préféré mettre en contact Tshisekedi et l'abbé Apollinaire Malumalu, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) afin, indique-t-il, qu'ils puissent discuter physiquement et harmoniser leurs points de vue.

“Il y en a qui trouvent que la date du 30 juin est trop rapprochée pour une organisation sereine des élections, d'autres estiment que beaucoup de leurs partisans n'ont pas pu se faire enrôler. C'est pourquoi j'ai préféré mettre ensemble M. Tshisekedi et l'abbé Malumalu pour discuter, entre Congolais, d'un nouveau calendrier électoral”, a déclaré Annan au cours d'une conférence de presse à la Mission des observateurs des Nations Unies au Congo (MONUC), mercredi. Le secrétaire général de l'ONU a insisté sur le caractère inclusif de la participation de tous et sur la sécurisation des élections.

A l'UDPS, on estime que c'est une grande victoire que de voir le secrétaire général de l'ONU accepter le principe d'une révision du calendrier électoral en vue de permettre l'implication de tous les partis politiques dans le processus électoral. Pour Jean-Pierre Ilunga, secrétaire national à l'UDPS, c'est l'aboutissement de la lutte de leur parti pour garantir des élections démocratiques et transparentes.

"Nous sommes heureux que le secrétaire général de l'ONU ait été si réceptif à nos revendications. La communauté internationale nous avait promis la réouverture des centres d'enrôlement contre notre implication dans le processus électoral", a-t-il confié à IPS. "Nous pouvons maintenant espérer que la CEI consentira quelques concessions en notre faveur".

L'UDPS est particulièrement heureuse que sa manifestation du 21 mars n'ait pas été contrecarrée par le pouvoir comme on pouvait le craindre et que les manifestants aient pu remettre leur mémorandum au secrétaire général de l'ONU.

Beaucoup de Congolais se sentent rassurés par la visite du secrétaire général de l'ONU en RDC tout en redoutant des violences si les hommes politiques ne s'accordaient pas sur l'essentiel. Bon nombre de citoyens trouvent judicieux et plus sécurisant que l'UDPS participe activement aux élections, quelles qu'en soient les implications sur le calendrier électoral.

“Le Congo a tout intérêt qu'un grand parti comme l'UDPS s'implique dans les élections pour éviter d'inutiles contestations”, estime l'avocat Florent Kabongo, membre du bureau de l'Observatoire national des droits de l'Homme.

Annan a terminé jeudi son séjour à Kisangani, dans l'est de ce grand pays d'Afrique centrale, où il s'est entretenu avec le personnel civil de la MONUC, mais aussi avec Monseigneur Laurent Monsengwo, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo.

Kisangani, la capitale de la province Orientale, est la ville qui garde le plus de stigmates de la guerre civile. Par deux fois, en 2002, les armées d'Ouganda et du Rwanda s'y sont affrontées pour s'assurer le contrôle des mines de diamant dans les environs de Kisangani, causant de nombreuses victimes humaines et détruisant sensiblement la ville, rappellent des analystes.

Les Nations Unies avaient accusé également les deux Etats voisins de pillage des ressources naturelles de la RDC lors de leur occupation du pays durant la guerre civile. Mais Kampala et Kigali ont toujours rejeté ces accusations.

La province Orientale comprend également le district de l'Ituri qui a perdu près de 50.000 personnes dans des affrontements entre différentes milices dont l'UPC (Union des patriotes congolais) de Thomas Lubanga, arrêté et transféré, la semaine dernière, à la Cour pénale internationale de la Haye où il sera jugé pour ses crimes contre l'humanité.

A son arrivée à Kinshasa, Annan s'est exprimé à ce sujet, indiquant que “tous ceux qui ont trempé dans des crimes de guerre, comme Thomas Lubanga, seront poursuivis pour répondre de leurs actes car les atrocités qui ont endeuillé le peuple congolais ne doivent pas rester impunies”.

La date des élections présidentielles et législatives reste fixée au 18 juin pour le premier tour. L'enregistrement des candidatures, qui devait se boucler le 23 mars, a été reporté de dix jours encore.

Mais, les candidats ne se bousculent pas vers les centres d'enregistrement des candidatures. Sur près de 80 candidats annoncés pour la présidence de la République, seuls neuf ont confirmé leur candidature, dont une femme, Catherine Nzuzi wa Mbombo, au nom du Mouvement populaire de la révolution, l'ancien parti unique sous le président Mobutu.

Beaucoup de candidats aux différentes fonctions se plaignent du montant élevé de la caution demandée : l'équivalent de 50.000 dollars pour la candidature au poste de président, et de 250 dollars pour celui de député national.

A la CEI, on se montre un peu embarrassé par ce défaut d'engouement vers les centres d'enregistrement des candidatures.