JOHANNESBURG, 8 mars (IPS) – L'Afrique du Sud a fait d'énormes progrès pour faire entendre la voix des femmes dans les médias, indique une étude publiée pour coïncider avec la Journée internationale des femmes mercredi.
Intitulé 'Qui fait l'information?', le rapport a été publié par le 'Global Media Monitoring Project', un groupe non gouvernemental basé à Londres.
C'est la dernière édition d'une étude menée tous les cinq ans; le premier rapport de ce genre a été lancé en 1995.
Selon l'étude, 26 pour cent des sources actuellement citées dans les médias sud-africains sont des femmes, une hausse par rapport aux 17 pour cent il y a une décennie. Parmi les pays africains sondés, Le Rwanda est apparu comme le pays ayant le plus grand pourcentage de voix féminines dans les médias (31 pour cent) — et l'Angola le plus bas (13 pour cent). Sur le plan international, le Rwanda et la Belgique ont été premiers ex aequo parce qu'ayant le plus de sources féminines. La Suède et la Colombie venaient après, avec 30 pour cent chacune.
Dans un discours prononcé au lancement sud-africain du document à Johannesburg, mardi, la vice-présidente Phumzile Mlambo-Ngcuka a loué la performance de son pays dans l'étude — mais a ajouté que beaucoup plus devait être fait : "L'Afrique du Sud a cinq points sur la moyenne mondiale de sources féminines dans les médias. Nous devons en rajouter à ce succès".
Elle a également déclaré que le pays essayait de promouvoir les femmes dans le gouvernement en faisant en sorte que la moitié de tous les postes gouvernementaux soient occupés par des dames.
"Je viens juste de voir un rapport où nous avons atteint 40 pour cent de représentation de femmes au gouvernement", a-t-elle indiqué. "Le plus important, c'est de faire en sorte qu'elles remplissent leurs engagements".
Ce commentaire fait suite aux critiques cinglantes de l'Alliance démocratique (DA), le principal parti d'opposition d'Afrique du Sud, contre plusieurs femmes membres du gouvernement — y compris Mlambo-Ngcuka.
Dans sa fiche d'annotation du gouvernement pour l'année 2005, la DA a donné à la ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, une note de zéro sur 10, alléguant la mauvaise fourniture des soins de santé par son département. La position de Tshabalala-Msimang sur le VIH a enragé les militants anti-SIDA, qui croient qu'elle n'a pas fait pression en vue d'une distribution aussi rapide que possible de médicaments anti-rétroviraux — et a encouragé plutôt des approches alternatives douteuses pour lutter contre la pandémie. Au nombre de celles-ci, figure le fait d'exhorter les personnes vivant avec le VIH/SIDA à renforcer leurs systèmes immunitaires avec l'huile d'olive et l'ail.
La ministre des Travaux publics Stella Sigcau a obtenu une note de deux sur 10, comme elle l'avait obtenu en 2004.
Alors que la DA a donné à Mlambo-Ngcuka une note respectable de sept sur 10 dans la fiche d'annotation de 2005, elle l'a depuis critiquée pour être allée en vacances aux Emirats arabes unis au frais du contribuable. La vice-présidente a utilisé un avion gouvernemental pour faire le voyage, qui a coûté 65.000 dollars. Raashied Gallant du 'Gender Advocacy Programme' (Programme pour le plaidoyer de genre), une organisation non gouvernementale basée au Cap, a déclaré à la rencontre qu'il avait espéré que le gouvernement nommerait plus de femmes comme porte-parole pour améliorer leur image dans la presse.
Les femmes constituent 51 pour cent de la population de l'Afrique du Sud, selon le rapport.
Cependant, tous ceux qui étaient présents au lancement n'ont pas partagé l'évaluation relativement optimiste faite par Mlambo-Ngcuka sur la place des femmes dans les médias.
"Le monde est vu à travers les yeux des hommes. Corriger cela va nécessiter des connaissances et un certain niveau de sensibilisation sur le genre qui manquent chez plusieurs journalistes", a dit à IPS, Portia Kobue, directrice des informations à station radio Kaya FM, basée à Johannesburg.
"Les journalistes devraient inclure des voix de femmes dans un article.
C'est quelque chose qui ne vous tombe pas tout cuit dans le bec. Vous devez sortir pour aller chercher les femmes", a-t-elle ajouté.
"L'on pourrait penser que tous les économistes, les avocats, les écologistes et les politiciens sont des hommes".
Le rapport a également analysé le degré de représentation des femmes en tant que nouveaux sujets. Il a noté que les femmes n'avaient pas eu une bonne prestation dans les cinq émissions télévisées qui ont été écoutées pour l'étude, représentant 22 pour cent des sujets. Les femmes constituent 28 pour cent des sujets dans les huit journaux, et 27 pour cent dans les trois bulletins d'informations radiodiffusés qui ont été suivis de près. "Les seuls sujets où des femmes ont reçu 100 pour cent se trouvaient dans les catégories de prostituées et en tant que personnes isolées", souligne le rapport.
Par ailleurs, les femmes représentent 23 pour cent des victimes dans les articles qui concernaient la criminalité, tandis que les hommes en constituaient 10 pour cent. Selon l'étude, "le terme exact de 'victime' (était) plus souvent attribué aux femmes qu'aux hommes".
Ceci n'est pas une surprise pour Teboho Maitse de la Commission pour l'égalité de genre, basée à Johannesburg. "Lorsque des femmes font l'information, elles sont des victimes, ou des pauvres, ou des mères", a-t-elle dit à IPS. "Parfois, je lis un journal et je dis 'Nous ne sommes pas ici. Ceci est pour les hommes'." Maitse a demandé aux hommes d'agir pour changer cette situation.
"Que les hommes ne parlent pas au nom des femmes. S'ils le font, alors ils exproprient les femmes", a-t-elle prévenu.
La Journée internationale des femmes va également marquer la publication d'un autre rapport sur les médias, intitulé 'Afrique du Sud : Etude sur le genre et l'audience des médias'.
Ce document a été compilé par 'Gender Links', une organisation non gouvernementale basée à Johannesburg, en partenariat avec les universités de Stellenbosch, Rhodes et Witwatersrand.
C'est la première analyse de grande envergure sur la manière dont le genre influence le choix et la consommation des informations de presse en Afrique du Sud. Les conclusions étaient fondées sur des réponses de 149 femmes et 157 hommes de race, éducation, âge et lieu de résidence variés.
Quarante-neuf pour cent de femmes et 40 pour cent d'hommes en Afrique du Sud ont cité la télévision comme leur principale source d'informations.

