PORT-LOUIS, 3 mars (IPS) – Il y a quelques mois, le Mauricien moyen pourrait avoir l'air ahuri si on lui demandait ce qu'était le “chikungunya”. Maintenant, le terme leur est probablement trop bien familier.
Le chikungunya est une maladie transmise par un moustique qui a fait des ravages dans des îles, dans le sud-ouest de l'océan Indien ces derniers mois. Quoique rarement mortel, le virus serait lié à la mort de 77 personnes sur l'île de la Réunion. Dans une réactualisation du 1er mars, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé qu'environ 157.000 personnes sur l'île auraient contracté la maladie.
Maintenant, le taux d'infection à Maurice grimpe de jour en jour – des autorités du ministère de la Santé estimant le nombre de cas confirmés à 1.322, jeudi. Le premier cas de chikungunya a été signalé en décembre 2005.
L'épidémie de Maurice est concentrée à Mahebourg, un village dans le sud de l'île, d'où la maladie s'est propagée vers le nord, jusqu'à Triolet, un autre village à 60 kilomètres plus loin.
Couchés les genoux ramenés sur le corps dans leurs lits d'hôpital, les malades dans un hôpital de Mahebourg visité par IPS récemment luttaient lamentablement contre le chikungunya, un terme swahili signifiant "démarche voûtée". Les malades font une forte fièvre, ont des maux de tête et des douleurs dans l'articulation de la cheville et des poignets — ce qui conduit à la posture voûtée caractéristique de la maladie.
"Je ne fais que vomir; tout mon corps me fait mal et me pique. Je ne sais pas ce qui m'arrive", a crié une jeune femme, Karuna Lalchand.
Dans le pavillon des hommes, Vijay Bhunsee — sa gorge endolorie — respirait avec beaucoup de difficulté. Plusieurs infirmiers dans le même hôpital avaient également été infectés. "Nombre de nos collègues sont malades et ils restent à la maison. Il n'y a pas assez de personnel pour s'occuper des quelque 400 personnes qui téléphonent chaque jour à l'hôpital pour la fièvre", a déclaré un infirmier du centre.
Les médecins et les infirmiers sont également surchargés au SSRN Hospital dans le nord, et au 'Queen Victoria Hospital' à Quatre-Bornes dans le centre de l'île; il n'y a plus de lit disponible pour les malades du chikungunya dans ces institutions. Dans le climat actuel, plein d'appréhension, même ceux qui n'ont pas le virus sont convaincus qu'ils l'ont, consultant le personnel médical assailli de toutes parts, au moindre symptôme.
Des cas de chikungunya sont généralement signalés pendant la saison pluvieuse, actuellement en cours à l'île Maurice, puisque c'est en ce moment que l'eau s'accumule dans les mares stagnantes dont les moustiques ont besoin pour se reproduire.
A Triolet, une vue d'ensemble du terrain marécageux, non loin du village, indique pourquoi le chikungunya s'étend avec une telle rapidité. Des récipients et des sacs en plastique, des ordures et de vieux pneus pointent à l'horizon, et sont tous des réceptacles pour l'eau depluie — qui s'accumule également sur les toits des maisons.
"Nous n'avons jamais évacué l'eau (des toits)", admet Ramesh Pandit, un habitant de Triolet.
Toutefois une campagne nationale pour supprimer les points de reproduction des moustiques a été mise en branle, dans le genre d'une initiative des années 1970 pour éradiquer le paludisme.
Partout à Maurice, les citoyens aident les travailleurs de l'administration locale à nettoyer les rivières et les terrains abandonnés, et à ramasser les ordures. Les vieux terrains de décharge qui avaient été fermés sont maintenant rouverts, pour recueillir des ordures.
Des centaines de personnes sont également en train de pulvériser des insecticides dans des zones à risque, tandis que les "foggers" — machines qui aspergent les insecticides sur une zone plus étendue que les avions pulvérisateurs — ont été déployées.
Les médias, en particulier les stations de radios, sont actifs dans les discussions sur le chikungunya. Des conseillers locaux à Montagne-Longue dans le nord de Maurice, à Saint Julien d'Hotman dans l'est et plusieurs autres villages ont également passé le week-end dernier à distribuer des prospectus sur le virus pour informer les gens sur cela — et sur ce qui pourrait être fait pour empêcher sa propagation. L'un des conseillers, Ramesh Maudhoo, a dit que les autorités locales et les citoyens devaient être blâmés pour l'ampleur de l'épidémie.
"Les premiers n'ont pas fourni assez de services (d'enlèvement d'ordures) et les derniers transforment les terrains abandonnés, les routes et les bords des rivières en lieux de décharge", a-t-il noté.
Des personnes âgées des régions affectées migrent vers d'autres parties de l'île pour ne pas s'exposer au risque de piqûres de moustiques.
Il y a également eu une forte augmentation des ventes de toutes sortes de produits anti-moustiques — crèmes et vaporisateurs électroniques, par exemple — ainsi que des moustiquaires. Une compagnie a rapporté qu'elle avait vendu, en février seul, huit fois plus de produits que durant toute la période estivale de l'année dernière, qui dure environ six mois.
Les pharmacies ont été inondées de personnes à la recherche de médicaments pour s'immuniser contre le chikungunya. Toutefois, aucun traitement n'a été développé pour prévenir la maladie — ou guérir ceux qui en souffrent. Ceux qui contractent le virus se voient seulement administrer des médicaments pour réduire leur fièvre, ou traiter la douleur.
Malgré les inquiétudes au sujet de la maladie, l'OMS a refusé de lancer une restriction de voyage pour Maurice, qui a une industrie touristique assez importante.

