SANTE-AFRIQUE DU SUD: Des installations pour les ablutions des sans-abrisont ''essentielles''

JOHANNESBURG, 19 fév (IPS) – Johannesburg est la capitale économique de l'Afrique du Sud, et pour ceux qui détiennent une part de la richesse de la ville, des maisons riches sont disponibles.

Celle qui a beaucoup moins de chance, c'est la population de sans-abri de Johannesburg, estimée par diverses sources entre 500.000 et 800.000 individus. En tout, il y en a quelque 3,2 millions d'habitants dans la ville, selon des chiffres officiels.

"Le nombre de (personnes sans-abri) est très peu fiable; il n'y a aucune statistique officielle. Les sans-abri bougent beaucoup, il est donc difficile de les enregistrer", a déclaré à IPS, Ndai Mncedisi, directeur de Paballo ya Batho, basé à Johannesburg, un programme de sensibilisation des sans-abri, géré par l'Eglise méthodiste. (Paballo ya Batho est un nom sotho qui signifie 'S'occuper des gens').

Mais, même les sans-abri ont encore besoin d'installations pour la toilette.

"Elles sont indispensables pour les sans-abri, vu les conditions dans lesquelles ils se sont retrouvés", a indiqué Jean du Plessis du 'Centre on Housing Rights and Evictions'(Centre pour les droits au logement et les expulsions), depuis le bureau de l'organisation dans la ville de Pietermaritzburg, dans le sud-est du pays. Le centre est un groupe non gouvernemental ayant son siège à Genève. IPS n'a pas pu recueillir des commentaires du Conseil municipal de Johannesburg sur les installations pour l'ablution. Mais Paballo ya Batho, pour sa part, offre des toilettes et des douches aux indigents.

"Nous avons deux douches : une pour les femmes et l'autre pour les hommes.

Nous offrons également trois modules de toilettes qui sont utilisées par les sans-abri gratuitement", a expliqué Mncedisi.

Par ailleurs, Paballo ya Batho fournit d'autres formes d'assistance à quelques centaines de sans-abri par semaine. "Ils sont au nombre de 400 personnes, jeunes comme vieux, que nous nourrissons chaque mercredi. Nous leur offrons de la soupe, du pain et des médicaments", a noté Mncedisi.

Le besoin d'une telle assistance devrait augmenter puisque le conseil municipal met en oeuvre sa politique de démolition de plus de 200 bâtiments qui ont été déclarés impropres à l'habitation.

"Certains locataires ont vécu dans ces bâtiments pendant dix ans", a fait remarquer Mncedisi.

Selon une enquête de 2005 menée par le 'Centre on Housing Rights and Evictions' et le 'South African Centre for Applied Legal Studies' (Centre d'études juridiques appliquées), à l'Université de Witwatersrand à Johannesburg, les expulsions pourraient affecter plus de 25.000 personnes.

L'année dernière, 300 personnes ont été expulsées des bâtiments délabrés.

Le conseil municipal a dit qu'il ne fournirait des logements alternatifs qu'aux enfants et personnes âgées de ce groupe — ceci de façon temporaire.

Malgré ces difficultés, Johannesburg continue d'attirer de nouveaux arrivants.

"Il y a plusieurs raisons pour lesquelles les gens viennent à Johannesburg et finissent dans les rues. Certains n'ont pas les compétences pour décrocher un bon emploi. D'autres étaient des ouvriers agricoles et des mineurs qui ont été licenciés", a expliqué Mncedisi.

"La plupart des (sans-abri) ne sont pas de Johannesburg. Certains viennent de (la province) du Cap oriental et d'autres de la province du Kwa-Zulu Natal. Après avoir réussi à leur examen de fin d'études, ils viennent à Johannesburg pensant trouver un emploi", a-t-il ajouté, en référence aux examens de dernière année que les enfants sud-africains passent avant de quitter l'école.

D'autres encore sont des réfugiés venant d'Etats africains en proie à la guerre, comme la République démocratique du Congo, le Rwanda, le Burundi, la Somalie, le Soudan et la Côte d'Ivoire.

"Certains font le recyclage des ordures et gagnent 400 rands (environ 65 dollars) le mois. Ceci ne suffit dans une ville où une chambre à coucher un salon – dans une zone pour personnes à faibles revenus – coûte entre 800 et 1.200 rands (130 et 195 dollars) le mois", a souligné Mncedisi.

C'est à peine si ceux qui vivent dans des habitats informels de Johannesburg et des huttes installées dans les arrière-cours des propriétés sont mieux nantis que les sans-abri.

Sur son site Internet, le conseil municipal estime qu'il existe 251.000 ménages vivant dans ces conditions dans la métropole. Soweto, la plus grande installation noire, créée sous l'apartheid dans la région de Johannesburg, compte 39 habitations informelles avec quelque 56.000 familles. A la fin de juin 2005, la ville avait espéré servir 35.000 stands dans 29 habitations informels en eau et installations sanitaires complètes. Mais elle n'a réussi qu'à en fournir à 20.000 stands.

"Le programme de fourniture d'eau et d'installations sanitaires constituera la base du processus de logements populaires, où il est demandé aux gens de construire leurs propres maisons", indique le site Internet du conseil.