CORRUPTION-KENYA: Cette fois-ci, la marche va continuer

NAIROBI, 16 fév (IPS) – Les scandales de corruption secouant le Kenya ont fait deux autres victimes cette semaine, avec la démission du ministre de l'Energie Kiraitu Murungi et son homologue de l'Education, George Saitoti.

Toutefois, des groupes de la société civile estiment que de hautes autorités impliquées dans la corruption doivent également démissionner ou être limogées par le président Mwai Kibaki — et ils ont planifié une manifestation dans la capitale Nairobi, pour appuyer leur appel. La marche, prévue pour vendredi, est en train d'être organisée par 76 organisations sous la bannière du Réseau nommer et couvrir de honte les auteurs de corruption (NASCON).

Une manifestation similaire a été interrompue la semaine dernière lorsque la police a dispersé des centaines de participants qui s'étaient rassemblés dans le centre de Nairobi, au motif qu'ils y étaient de façon illégale..

Pour la manifestation de vendredi, il était clair que les représentants de NASCON n'allaient pas risquer une répétition des événements de la semaine dernière. Plus de 60 représentants ont prévenu les autorités mardi de la marche planifiée, qui a été approuvée. Les partisans du NASCON ont l'intention de remettre une pétition à Kibaki exigeant des poursuites immédiates contre les personnes mêlées à la corruption.

Au nombre des principaux membres du gouvernement que le NASCON a dans sa ligne de mire, figure le vice-président Moody Awori, lié au scandale autour de Anglo Leasing et Finance Limited.

La société fictive a gagné des contrats destinés à fournir un système de production de passeports infalsifiables au Kenya, et à construire des laboratoires de médecine légale pour la police. Toutefois, lorsque des questions sur le contrat du passeport ont commencé par être posées en 2004, Awori a déclaré au parlement qu'il n'y avait rien d'irrégulier dans cet accord.

Anglo Leasing a reçu environ 100 millions de dollars pour les différents contrats, même si l'argent a été restitué après la découverte de l'arnaque.

En réponse, le ministre de la Justice d'alors, Kiraitu Murungi, l'a qualifiée de "scandale qui n'en a jamais été un".

Francis Muthaura, qui est le responsable du service public, et le procureur général Amos Wako sont également sur la sellette – Muthaura étant accusé d'avoir tenté d'induire en erreur les donateurs au sujet de l'affaire Anglo Leasing. Wako a éveillé les soupçons pour n'avoir pas fait preuve d'une plus grande vigilance concernant les accords Anglo Leasing, et pour n'avoir pas obtenu ne serait-ce qu'une condamnation des personnes impliquées dans un autre scandale impliquant la société Goldenberg International.

"Nous voulons que les trois démissionnent. Sinon, le président devrait les limoger pour avoir trompé consciemment les Kényans alors qu'ils étaient sous serment", a dit à IPS, Kepta Ombati, un membre du comité de coordination du NASCON.

"Si le président ne les vire pas, alors nous devrons mettre en doute son intégrité dans cette affaire. Nous douterons également de l'engagement du président à lutter contre la corruption", a-t-il souligné. "Nous voulons (également) qu'ils fassent l'objet d'enquêtes approfondies et qu'ils soient poursuivis. L'argent des contribuables qu'ils ont pillé doit être également restitué". Kibaki est arrivé au pouvoir à la fin de 2002 en promettant de mettre fin à la corruption qui s'était développée sous son prédécesseur, Daniel arap Moï — resté au pouvoir pendant près de 25 ans.

Le chef de l'Etat a commencé son mandat en créant une commission d'enquête sur l'affaire Goldenberg International, qui était impliquée dans la manipulation d'un plan de garantie des exportations mis en place pour faire gagner des devises étrangères au Kenya.

Le gouvernement aurait perdu plus de 600 millions de dollars dans cette escroquerie, qui a eu lieu au début des années 1990 — et a amené la Banque mondiale et le Fonds monétaire international à décider de suspendre, en 1997, une aide de plusieurs millions de dollars au Kenya.

La démission de Saitoti provient du fait qu'il a été cité en liaison avec l'affaire Goldenberg. La commission a recommandé que l'ancien ministre de l'Education — vice-président et ministre des Finances au moment où Goldenberg International était opérationnelle — soit parmi les personnes poursuivies. Lui et 19 autres personnes impliquées dans le scandale Goldenberg ont été sommés de ne pas quitter le Kenya tant que les enquêtes sur l'affaire continueront.

Kiraitu a été lié à la saga Anglo Leasing, de même que David Mwiraria qui a démissionné du poste de ministre des Finances il y a environ deux semaines.

L'ancien ministre de l'Energie est également accusé d'avoir tenté d'entraver une enquête de John Githongo, ancien secrétaire permanent pour l'éthique et la bonne gouvernance, sur les activités d'Anglo Leasing, dont les conclusions ont toutefois été divulguées dans la presse le mois dernier — déclenchant la vague de démissions de ministres.

Une cassette enregistrée par Githongo, sur laquelle on entend Kiraitu demander à l'ancien secrétaire permanent de retarder ses enquêtes sur l'affaire Anglo Leasing, a été diffusée récemment par la British Broadcasting Corporation.

Githongo est maintenant basé à l'Université d'Oxford en Grande-Bretagne, où il a démissionné l'année dernière alors qu'il était en mission — apparemment à la suite de menaces de mort pour ses efforts en vue d'enrayer la corruption au Kenya. Il soutient que Kibaki a été informé pendant un certain temps que de hauts responsables au sein de son administration étaient impliqués dans le scandale Anglo Leasing.

Des membres de 'Kenya's Public Accounts Committee' — une institution parlementaire de contrôle — se sont envolés pour Londres la semaine dernière pour discuter avec Githongo de son dossier sur Anglo Leasing.

Aussi bien Saitoti que Murungi démentent toute implication ou infraction dans les affaires Anglo Leasing et Goldenberg.

"Je tiens à préciser une chose : Je n'ai pas été mêlé à la corruption.

Beaucoup de choses ont été dites sur moi, mais au plus profond de moi, je sais avec certitude que je n'ai pris part, d'aucune manière, au contrat Anglo Leasing", a déclaré Kiraitu à une conférence de presse mardi.