NAIROBI, 9 fév (IPS) – L'atelier à trois chambres à Korogocho, une installation informelle dans la capitale kényane, Nairobi, est jonchée de morceaux de vieux pneus de voitures. On peut sentir une forte odeur de caoutchouc dans l'air, mais les travailleurs présents sur les lieux ont appris à ignorer cette odeur.
Ils évaluent plutôt la meilleure manière de couper et de ciseler les pneus pour en faire des semelles pour sandales.
Joseph Maina, âgé de 22 ans, est l'une des personnes qui font ce travail : il coupe méticuleusement des sandales de diverses formes, qui sont ensuite emmenées dans un autre département pour être fixées à du cuir, du blue jean, des perles et des coquillages utilisés pour la partie supérieure des sandales.
Finalement, les chaussures sont envoyées à Maina, qui les recoud pour créer des sandales à la mode avec une touche africaine. Lui et neuf autres travailleurs de Korogocho sont des employés d'Ecosandals, une coopérative qui fabrique le "akala" — le nom sous lequel les sandales sont connues localement — et les vend par Internet — (sur le www.ecosandals.com
Actuellement dans sa dixième année, Ecosandals a vu ses exportations grimper depuis qu'elle a commencé par vendre ses produits en ligne en 2001.
"Nous avons commencé avec 11 paires aux Etats-Unis. Le nombre est passé à 22, ensuite à 280 — et a atteint 912 en 2002", affirme Martin Ogolla, l'employé le plus ancien. L'installation de l'un des fondateurs de l'entreprise aux Etats-Unis a été déterminante pour y asseoir une clientèle; ce pays reste le plus grand marché de Ecosandals, suivi de l'Europe.
En moyenne, la firme exporte plus de 1.000 paires de sandales par mois, à un prix allant de 13 à 15 dollars. Ces ventes ont considérablement amélioré la vie de ses travailleurs.
"Avant que je ne vienne ici, j'étais un fainéant — je n'avais rien à faire. Je n'avais même pas les moyens de satisfaire mes besoins fondamentaux", déclare Maina, qui travaille avec la société depuis six ans. "Mais maintenant, grâce à l'Internet, je peux payer mon loyer, acheter de la nourriture et d'autres choses". Roselyne Egosangwa, la chargée de vente d'Ecosandals, a également vu sa vie prendre une meilleure tournure.
"Auparavant, nous vivions avec moins d'un dollar par jour, et dans un endroit très sale", affirme la femme, mère de neuf enfants, dont quatre sont adoptés.
"Mais maintenant, parce que nos produits se vendent bien, nous avons pu nous installer dans une meilleure maison. Nous pouvons également assurer l'éducation de nos enfants".
Ecosandals envisage d'exploiter le pouvoir de l'Internet à un degré beaucoup plus élevé, en créant un centre où les employés auront accès à Internet pour améliorer le marketing et les ventes.
"Puisque la plupart de nos clients sont basés sur Internet, nous devons faire en sorte que plus des travailleurs traitent directement avec les clients", a déclaré à IPS, Vivian Maina, coordonnatrice du projet.
"Le centre vise également à fournir des équipements de communication, en particulier un accès Internet abordable, au reste de la communauté du bidonville (Korogocho)", a-t-elle ajouté.
Le succès d'Ecosandals semble conforter ceux qui disent que les technologies de l'information et de la communication (TIC) ont d'énormes potentiels pour aider les communautés à lutter contre la pauvreté.
"Ceci fait partie de la fonction socioculturelle des TIC selon laquelle (elles) tiennent la promesse de la réduction de la pauvreté à travers l'emploi individuel ou l'emploi communautaire", indique George Okado, directeur exécutif du ICT Policy Centre (Centre pour la politique des TIC).
Le ministère kényan de l'Information et de la Communication a élaboré une politique nationale des TIC l'année dernière, qui recommandait l'accès pour tous, et à des prix abordables, aux technologies de l'information et de la communication — notamment en ce qui concerne l'Internet.
Cependant, il est reproché à la proposition d'être trop ambitieuse, étant donné le nombre limité de personnes possédant des ordinateurs dans ce pays d'Afrique de l'est, et ayant accès à l'Internet. Des statistiques officielles indiquent qu'il y avait environ 520.000 ordinateurs qui ont été réellement utilisés en 2004 — tandis qu'un peu plus d'un million de personnes avaient accès à l'Internet en cette année. Le Kenya compte plus de 30 millions d'habitants.
La situation dans le pays se reflète ailleurs en Afrique. Selon le Programme des Nations Unies pour le développement, moins d'un pour cent des Africains utilise l'Internet, contre plus de 50 pour cent des personnes vivant aux Etats-Unis.
L'espoir est que le nombre de personnes possédant un ordinateur au Kenya augmentera avec la décision prise par le gouvernement, l'année dernière, de supprimer des taxes sur les ordinateurs importés.

