DEVELOPPEMENT-COTE D'IVOIRE: Les municipalités luttent pour des ''villesplus sûres''

ABIDJAN, 6 fév (IPS) – Un quotidien ivoirien annonce à sa 'Une' le 4 février : "Un élève, chef de gang et sa bande mis aux arrêts, après l'agression d'un expatrié aux alentours de la rue Princesse de Yopougon", un quartier d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire.

Presque chaque matin, la presse annonce des cas de vol ou de viol à Abidjan, des fléaux contre lesquels les autorités municipales ont engagé une lutte depuis quelque temps. Des quartiers populeux de Yopougon et Abobo, aux belles résidences de Cocody et de la Riviera, dans la capitale économique ivoirienne, personne n'échappe à l'insécurité qui se développe. Consommation de drogue, usage d'armes blanches et d'arme à feu par de jeunes gens, tout y est pour permettre à la délinquance juvénile de prendre de l'ampleur, et entretenir la peur chez de paisibles citoyens.

Mais, réunis en séminaire en septembre dernier à Grand-Bassam, une commune située à 30 kilomètres d'Abidjan, les maires des villes ivoiriennes, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Coopération technique belge et l'Association mondiale des grandes métropoles (Métropolis-Afrique), avaient déjà décidé de combattre le fléau de l'insécurité sous toutes ses formes.

"Le profond sentiment d'insécurité, éprouvé par toutes les couches sociales de la population aujourd'hui, est nourri par la crise socio-politique. A Bassam, il s'agissait pour nous de réfléchir sur la responsabilité des autorités locales dans la prise en charge de la sécurité des habitants", a expliqué Albert François Amichia, maire de la commune de Treichville, à Abidjan, dans un entretien avec IPS, samedi.

Depuis le 19 septembre 2002, la Côte d'Ivoire traverse, en effet, une crise politico-militaire, après une tentative de coup d'Etat manquée. Des militaires insurgés avaient pris des armes pour s'opposer à une exclusion présumée des populations du nord du pays. Cette crise, qui a coupé le pays en deux, a entraîné aujourd'hui la libre circulation des armes et de nombreuses attaques à mains armées.

Pour le maire de Cocody, à Abidjan, Jean-Baptiste Diagou Gomond, “Le manque d'esprit d'entreprises des jeunes demeure aussi un problème. Ils se sentent mieux à être délinquants peut-être. Mais nous avons mis en place à Cocody une brigade de sécurité pour lutter contre le phénomène". "Cependant, il faut que l'Etat nous accorde une aide financière pour la formation de ces jeunes afin qu'ils puissent apporter une contributionàefficace aux forces de l'ordre. Nous fonctionnons depuis sur notre propre budget et ce n'est pas facile", a-t-il ajouté à IPS. Selon une enquête de la section suisse de 'Mercer Human Resource Consulting' (MHRC), effectuée entre 2004 et 2005, et publiée en janvier 2006 sur la qualité de la vie, la ville d'Abidjan fait partie des cités les moins sûres d'Afrique avec 24 points.

Cependant, viennent avant, Bangui en Centrafrique (26,5 points), Port Harcourt et Lagos au Nigeria (32,5 points). "Ces villes traversent toujours des périodes d'agitation politique et de croissance économique lente", affirme l'enquête. (MHRC est un groupe international de ressources humaines, basé à New York, aux Etats-Unis. Il réalise chaque année des enquêtes internationales sur la vie sociale dans les villes du monde). “Tandis que les homicides sont en baisse, les infractions touchant à la législation sur les armes sont en hausse”, a déclaré à IPS, le ministre ivoirien de l'Intérieur, Joseph Dja Blé. “Les braquages et vols ont lieu souvent au début du mois. Cela se justifie par le fait que les salaires sont payés à ce moment-là. Au milieu du mois, les bandits pensent qu'il faut reconstituer les butins. Ils (les braquages) sont aussi fréquents les week-ends et à la veille des fêtes. Les dignitaires religieux sont visités. Les lieux de cultes également”, a-t-il expliqué. Dès lors, le programme “Villes plus sûres”, sous intitulé Projet d'appui à la sécurité urbaine à Abidjan, après diagnostic de la situation sécuritaire, a engagé des actions de prévention. Il s'agit notamment de l'insertion, dans de petits métiers, des jeunes gens et jeunes filles marginalisés ou en voie de l'être; de l'aménagement des espaces récréatifs; du renouvellement des ouvrages scolaires et des équipements sportifs, de l'initiation de campagnes dans les écoles contre les incivilités et les violences…

“Trois communes (Adjamé, Treichville et Yopougon) bénéficient en ce moment de la mise en pratique du projet. Nous comptons l'étendre, avant fin 2006, à l'ensemble des 13 communes d'Abidjan. Et à la demande des municipalités, tout le pays sera servi”, a indiqué à IPS, Amichia qui est également le président du Forum ivoirien pour la sécurité urbaine.

"Les groupes vulnérables cibles de notre politique restent les jeunes filles mères dans le cadre de la prévention de la prostitution et de l'usage de la drogue, les élèves par rapport aux violences et à l'alcoolisme, les familles démunies en lien avec la réduction de la pauvreté", a-t-il indiqué. Il a ajouté également "les forces de l'ordre dans l'optique du rétablissement de la confiance avec la population et le pouvoir local".

Pour le financement du projet des trois premières communes précitées, 515.500 dollars ont été engagés par les municipalités ivoiriennes. Le financement a été accordé par le PNUD et l'Organisation des Nations Unies pour l'habitat. “Les résultats sont probants, voilà pourquoi, un mois après le lancement du projet, une requête officielle a été présentée par le gouvernement et les maires pour l'extension du projet”, s'est réjouit Amichia. "Toutes ces initiatives sont à encourager, mais nous pensons qu'elles sont insuffisantes. Il ne faut pas ignorer que la sécurité des personnes et des biens requiert l'amélioration de la gouvernance et la réduction de la pauvreté. De là, l'on s'attaquera au mal, à la racine”, a affirmé Désiré Gilbert Koukoui, responsable de projet à l'organisation non gouvernementale Bureau international catholique de l'enfance. “La sécurité doit inclure l'élimination des obstacles à la sécurité. Il s'agit en fait de faire de la sécurité l'affaire de tous les partenaires et de tous les citoyens ivoiriens”, a dit Koukoui à IPS. Pour le général Joseph Tanny, ancien responsable du Conseil national de sécurité du gouvernement vers la fin des années 1990, “nous devons promouvoir une conception environnementale de l'habitat pour stimuler les interactions communautaires, combattre l'exclusion sociale, impliquer les citoyens dans un partenariat pour la sécurité et la sûreté”. Ces efforts permettront, selon lui, de combattre la criminalité en milieu urbain. “La réalisation de ces mesures nous préparera pour des années urbaines. De nombreuses villes africaines sont un exemple de ce qui se passe, quand ce cadre (de travail) s'effondre ou fait complètement défaut. Les citoyens deviennent des victimes de la pauvreté ou de la guerre civile, et le crime devient endémique”, a-t-il expliqué. Après le séminaire de Grand-Bassam, seules les communes ayant bénéficié du fonds d'aide vont poursuivre la mise en place des Comités communaux de sécurité, comme dans le quartier des affaires du Plateau, à Abidjan. Il s'agira également de créer des espaces de divertissement, de petites et moyennes entreprises (cabines téléphoniques, kiosques à café, sites pour cirer des chaussures), et de renforcer les effectifs des polices municipales.