NAIROBI, 16 jan (IPS) – Les projets d'envoi d'un grand contingent de militants kenyans au volet africain du Forum social mondial (FSM) pourraient être sapés par un manque de financement.
Le FSM de cette année a lieu dans la capitale malienne, Bamako, du 19 au 23 janvier, marquant la première tenue d'un tel événement sur le sol africain.
Deux autres FSM se tiendront plus tard ans à Caracas, au Venezuela, et à Karachi, au Pakistan. Depuis 2002, les forums sociaux s'étaient déroulés dans la ville brésilienne de Porto Alegre, excepté pour 2004, où cela a été transféré à Mumbai, en Inde. Le FSM offre un espace aux groupes de la société civile, principalement en provenance des nations pauvres, pour faire passer une réflexion alternative sous le slogan "un autre monde est possible". Depuis que cet événement de l'année a été attribué à l'Afrique, plusieurs Kenyans pensaient qu'ils profiteraient de la proximité pour y prendre part..
Mais cet espoir s'est évanoui et le nombre de personnes devant y participer a chuté à cause du manque de ressources, y compris le coût exorbitant du billet d'avion. Cela coûte moins cher de prendre l'avion pour l'Europe que pour le Mali, au départ du Kenya. "Nos partenaires avaient manifesté beaucoup d'intérêt à sponsoriser des personnes qui ne peuvent pas se rendre au forum par leurs propres moyens.
Malheureusement, seules quelques personnes ont réussi à obtenir le parrainage", a déclaré à IPS, Onyango Oloo, coordonnateur du Forum social du Kenya (KSF), la section locale du FSM. Sur les 22 responsables du KSF cherchant à se rendre au Mali, 15 seulement pourront maintenant le faire. Le nombre de participants du Kenya pourrait légèrement augmenter si d'autres organisations, dont certaines sont affiliées au KSF, mobilisent des fonds à travers leurs réseaux respectifs. IPS n'a pas pu établir le nombre exact de ceux qui suivront les responsables du KSF au Mali. Malgré ces imperfections, la rencontre de Bamako est considérée comme un événement positif. " Nous voyons Bamako comme l'une des étapes d'élaboration, comme une préparation du FSM de 2007 qui se tiendra dans la capitale kenyane, Nairobi", a déclaré Oloo. Des militants espèrent qu'une variété de sujets, y compris la disparité commerciale entre pays riches et pays pauvres, le VIH/SIDA et la corruption, seront débattus à Bamako. On attend également du groupe du Kenya qu'il soulève la question du sort des travailleurs des zones franches industrielles – Export Processing Zones (EPZ selon l'acronyme anglais) du pays. "Nous allons poser des questions sur les avantages des EPZ pour le Kenya, sur la qualité des emplois et demander si elles défendent ou violent les droits de l'Homme", a indiqué à IPS, Steve Ouma, directeur exécutif adjoint de la Commission kenyane des droits de l'Homme (KHRC), basée à Nairobi. "Les EPZ ont la capacité de promouvoir les droits de l'Homme. Mais elles sont devenues plutôt un outil d'accès au marché kenyan au détriment des droits de l'Homme", a fait remarquer Ouma, qui a conduit des études sur les EPZ. L'environnement du travail dans les EPZ est marqué par une absence de congé de maternité pour les femmes, de longues heures de travail sans pauses, de mauvaises conditions d'hygiène et une absence de congé maladie. Depuis 1990, où elles ont été introduites au Kenya, les EPZ ont été au centre des critiques par rapport à leur mépris affiché pour les droits des travailleurs. Les investisseurs, dont la plupart sont dans le textile, jouissent d'une kyrielle d'avantages y compris une exonération fiscale pendant dix ans, et la liberté de transférer des fonds à l'intérieur et à l'extérieur du pays, sans obstacles. Selon Ouma, qui a visité les EPZ de Athi River, non loin de Nairobi la semaine dernière, les salaires sont toujours aussi bas, la plupart des travailleurs recevant 68 dollars par mois. Ceci est très bas dans une ville où un appartement d'une chambre à coucher et un salon, en terre de barre, coûte plus de 15 dollars le mois dans les ghettos tentaculaires de Nairobi..
Les négociations sont en cours pour augmenter les salaires. Mais le gouvernement soutient que les EPZ ont fait plus de bien que de mal.
Les informations recueillies sur le site Internet de l'Autorité des zones franches industrielles font état de la création de plus de 40 zones à travers le pays, qui ont créé des opportunités d'emploi, avec environ 40.000 travailleurs. L'industrie participe pour 10,7 pour cent aux exportations nationales. En dehors des préoccupations sur les EPZ, les Kenyans soulèveront également la question du sort du peuple minoritaire Yaaku à Bamako. Les Yaaku affirment qu'ils sont en train d'être assimilés à la communauté Massai. Alors que les Massai sont des nilotiques, les Yaaku sont plutôt des cushites, avec un mode de vie totalement différent. Ils habitent dans la forêt de Mukogodo à Laikipia dans la province de la vallée du Rift au Kenya. Selon l'Association des peuples Yaaku (YPA), la population Yaaku fait moins de 4.000 âmes. Ils sont menacés d'expulsion par leurs voisins Massai, plus puissants, avec un effectif de 400.000. Puisque la forêt qu'ils occupent a été recensée au journal officiel comme patrimoine gouvernemental, les Yaaku craignent également que les autorités ne décident de les en expulser. "Nous ne sommes pas reconnus comme tribu au Kenya et il n'y a aucun acte à cet effet. Nous n'avons aucun autre endroit que nous considèrerons comme notre terre au cas où on nous demanderait de quitter la forêt de Mukogodo.
Nous allons utiliser le forum de Bamako pour faire connaître au monde notre existence et notre sort", a déclaré Jennifer Koinante, coordonnatrice de la YPA.

