TUNIS, 16 nov (IPS) – Plus de 50 policiers en civil ont bouclé le périmètre du Goethe Institut -un centre culturel sous protection diplomatique allemande -où devait se tenir un rassemblement d'organisations non gouvernementales (ONG) internationales et locales, lundi dans la capitale tunisienne.
Cette réunion des ONG devait se tenir en marge du Sommet mondial de la société de l'information (SMSI) qui s'ouvre ce mercredi à Tunis.
Les policiers ont ensuite brutalisé ceux qui essayaient d'y entrer. Ils ont arraché les caméras et confisqué les films d'une équipe de la chaîne de télévision belge RTBF. Ils ont bondi sur un journaliste suisse, Roman Berger, collaborateur du 'Tages Anzeiger', qui tentait de prendre des photos. Des membres de Comunica-ch (plate-forme suisse regroupant une vingtaine d'organisations de journalistes, d'humanitaires et d'universitaires) ont été insultés. Même l'ambassadeur d'Allemagne a été menacé. "C'est idiot, quand on connaît le nombre de touristes allemands en Tunisie", soupire un diplomate. Arrivé vers la fin des incidents, le délégué suisse, Simon Ammann, a pu être témoin de menaces et intimidations. "A la fin, nous sommes rentrés dans un café pour discuter. Mais le patron a reçu l'ordre de ne pas nous servir", indique un des participants. Ammann a accepté de rencontrer les participants le lendemain. Mais pas dans l'espace du Sommet officiel. "Trop de monde…" Ce qui veut dire : trop d'oreilles baladeuses. Un café tranquille du centre-ville nous a été conseillé. Mais là aussi, Ammann le trouvait "trop plein". Finalement, ils disent avoir opté pour un sombre coin d'hôtel. "Nous avons immédiatement réagi auprès des autorités tunisiennes. Marc Furrer (le négociateur suisse en chef) a fait une intervention très claire “, explique Ammann. A peine arrivés à Tunis, les délégués suisses ont donc été mis dans le bain local. Scandalisés, ils l'ont immédiatement fait savoir aux autorités locales.
"C'est intolérable! On ne peut pas accepter que des ONG sérieuses ne puissent même pas se réunir en ville! Cela va à l'encontre des notions de libertés que l'on attend de nos partenaires tunisiens", a déclaré Ammann.
"Nous leur avons toujours demandé que la deuxième phase se déroule dans les mêmes conditions que celles de Genève". (Ammann est le Monsieur Droits de l'Homme de la délégation suisse à Tunis).
La Suisse n'est pas seule à avoir tapé du poing sur la table. L'Union européenne (UE) et le Canada ont fait de même. Tous ces pays attendaient encore, à quelques heures de la cérémonie d'ouverture officielle, un revirement d'attitude radical des autorités tunisiennes envers sa société civile indépendante. Et si rien ne change? Tous les cas de figure seraient alors possibles, laisse entendre Ammann. "Nous nous concertons en permanence avec l'UE et d'autres pays. Mais pour l'instant, notre stratégie reste confidentielle.
"Ce matin, jour J, le président de la Confédération, Samuel Schmid, doit prononcer un discours après son homologue Ben Ali. Il sera corsé", promet Ammann. Pour sa première visite en Tunisie, le délégué suisse ne se dit pas surpris. Il faut toutefois admettre, qu'en dépit d'un dispositif sécuritaire parfaitement rôdé, les journalistes et les ONG peuvent travailler en totale liberté au sein du Kram (enceinte réservée au Sommet officiel). Un arsenal de jeunes étudiants et étudiantes filtrent les entrées avec le sourire. Il n'empêche que des Tunisiens proches du pouvoir déplorent en privé "l'absence totale de psychologie en matière communication". Selon eux, le pays aurait eu tout à gagner en laissant les organisations se réunir librement durant quelques jours. Car n'est-il pas affiché en grand à l'aéroport : "Bienvenue en Tunisie, terre de tolérance, de solidarité, d'ouverture et de dialogue"? *(Carole Vann est une journaliste de InfoSud, une agence de presse basée à Berne, en Suisse).

