ECONOMIE: De géants sud-africains des mines cherchent fortune à l'étranger

HELSINKI, 14 nov (IPS) – Un certain nombre de compagnies minières sud-africaines, pendant longtemps un pilier de l'économie du pays, s'apprêtent maintenant à partir vers d'autres pays ayant des normes minières et des lois sur le travail moins exigeantes, affirme Ponti Zimisele, un syndicaliste sud-africain et chercheur sur des questions de travail.

Présentant les conclusions d'une recherche sur des sociétés minières en Afrique à Helsinki, en Finlande, mercredi, Zimisele a indiqué que les lois sur l'exploitation minière et les besoins de la main-d'œuvre avaient été renforcés en Afrique du Sud post-apartheid -et que les sociétés minières ont du mal à s'adapter en conséquence.

Ceci avait provoqué un "exode" vers d'autres pays : "Elles sont en train de fuir la chaleur", a-t-il ajouté.

La recherche s'est focalisée principalement sur trois compagnies minières basées en Afrique du Sud — Gold Fields Limited, AngloGold et Motorex — et leurs opérations dans six pays : Afrique du Sud, Ghana, Zambie, Namibie, Tanzanie et Zimbabwe.

Le 'African Labour Research Network' (Réseau de recherche sur la main-d'œuvre en Afrique) a mené l'étude.

Cette organisation fait partie du 'African Labour Observatory' (Laboratoire sur la main-d'œuvre en Afrique), qui reçoit le gros de son financement du 'Trade Union Solidarity Centre of Finland' (Centre de solidarité syndicale de Finlande – SASK), et est chargé de superviser les activités des sociétés multinationales de par le monde. Selon Zimisele, les firmes minières sud-africaines trouvent difficile la disposition sur l'équité de l'emploi dans la charte minière du pays. Cette clause exige que les compagnies minières fassent en sorte que les femmes constituent 10 pour cent de leur main-d'œuvre d'ici à 2009.

Les firmes subissent également des pressions pour remplir une autre condition qui oblige les sociétés minières à réinvestir des profits dans des projets de création d'emplois durables dans les communautés où elles sont implantées.

"Construire des écoles n'est pas suffisant. Il doit y avoir plutôt des projets dans les communautés pour maintenir des emplois après la fermeture des mines", a déclaré Zimisele.

Par ailleurs, la charte sur l'exploitation minière stipule que les ouvriers noirs devraient recevoir une formation pour renforcer leur capacité à travailler à des postes beaucoup plus élevés, qui sont pour la plupart le domaine des Blancs.

Les sociétés minières, a noté Zimisele, essaient de contourner la loi en remplaçant des hommes blancs par des femmes blanches au lieu d'employer des hommes noirs – l'argument étant que les femmes constituent également un groupe minoritaire qui a besoin d'aide s'il veut être représenté à des niveaux de gestion supérieurs.

Les compagnies qui ne se conforment pas à ces lois sévères peuvent ne pas voir leurs licences d'exploitation renouvelées en 2009; c'est pour cela que, comme le dit Zimisele, "elles se sont fébrilement lancées dans ces aventures outre-mer".

Avec Gold Fields, AngloGold a beaucoup étendu ses opérations au cours de la dernière décennie : les deux firmes sont maintenant présentes aux Etats-Unis, en Australie, au Ghana et au Canada. Elles sont également cotées dans d'importantes bourses à travers le monde.

Les opérations de Gold Fields au Ghana, par exemple, étaient insignifiantes avant l'avènement de la démocratie en Afrique du Sud en 1994, a déclaré Zimisele. La compagnie est à l'heure actuelle la deuxième plus grande dans ce pays d'Afrique de l'ouest, après AngloGold.

Gold Fields tente de prendre pied en Finlande, qui possède des dépôts de platine et de nickel, et de petites quantités d'or.

Il y aura probablement un désinvestissement des compagnies minières en Afrique du Sud, à long terme, a indiqué Zimisele, avec de larges parts de ces firmes actuellement vendues aux entreprises noires pendant que les sociétés minières se focalisent sur leurs activités internationales.

Alors que AngloGold avait au départ neuf puits d'exploitation en Afrique du Sud, a-t-il souligné, ce nombre avait été réduit à six depuis 1994, principalement à travers des ventes aux entreprises noires.

Toutefois, des syndicalistes en Finlande ont fait remarquer que Gold Fields a peu de chances de trouver les conditions beaucoup plus faciles dans ce pays scandinave.

"En Finlande, remplir toute la paperasserie pour se conformer aux normes environnementales seules peut prendre jusqu'à cinq ans avant qu'une compagnie minière ne commence les opérations", a déclaré Turja Lehtonen, coordonnateur des activités minières dans le 'Metal Workers Union' (Syndicat des travailleurs du métal).

Des sentiments similaires ont été repris en écho par le coordonnateur du projet SASK, Jukka Pääkkönen. "L'exploitation minière ne constitue pas une importante partie de l'économie finlandaise, je ne pense donc pas que nous allions dormir sur nos lauriers et les laisser ignorer les lois sur l'environnement et le travail", a-t-il dit.

Néanmoins, Lehtonen a indiqué que Gold Fields et d'autres compagnies minières étaient les bienvenues, parce qu'elles devraient créer quelque 700 emplois : un développement bienvenu dans la partie septentrionale de la Finlande, qui a un taux de chômage plus élevé que le reste du pays. L'étude menée par le 'African Labour Research Network' indiquait que les trois compagnies minières ciblées avaient généralement enregistré de bonnes performances par rapport aux huit principales normes de travail fixées par l'Organisation internationale du travail.

Au nombre de celles-ci, figurent la liberté d'association pour les travailleurs, et l'élimination du travail des enfants.

"A quelques exceptions près, les conclusions de la recherche suggèrent que les multinationales minières sud-africaines, qui avaient fait l'objet des études, se conforment pour la plupart à la législation sur le travail et aux accords sur les négociations collectives", a indiqué le rapport dans ses conclusions.

Cependant, quelque contraignants que puissent être ces lois et accords, Anthony Baah — un chercheur ghanéen sur les questions de travail et co-auteur du rapport — a mis en garde les gouvernements africains contre la descente de la barre de contrôle pour attirer l'investissement étranger, s'engageant ainsi dans "une course vers l'abîme".