TUNIS, 12 nov (IPS) – Christophe Boltansky, journaliste du quotidien français 'Libération', a été tabassé et a reçu un coup de couteau vendredi soir devant son hôtel, à Tunis. Ses agresseurs ont agi sous les yeux de la police, affirme-t-il.
"C'est vendredi, il est 21h45. Je sors d'un restaurant du centre de Tunis et je regagne mon hôtel à pied. Dans la rue, deux hommes s'écartent sur mon passage et m'aspergent avec une bombe lacrymogène. Deux autres les rejoignent et les quatre se mettent à me cogner la tête, le corps, les côtes. Je tombe", raconte Boltansky à InfoSud.
"Ils continuent à me rouer de coups de pieds jusqu'à ce que l'un d'eux lance en français : c'est assez. Avant de s'en aller, ils arrachent mon sac avec passeport, clé USB, carnets de notes, téléphone. Je me traîne jusqu'à l'hôtel. Là, je réalise que j'ai aussi reçu un coup de couteau dans le dos", a ajouté le journaliste.
Boltansky est l'envoyé spécial de 'Libération'. Venu enquêter sur les droits humains en Tunisie à la veille du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) prévu du 16 au 18 novembre. Plus de 15.000 participants y sont attendus.
Boltansky avait publié, le matin même de son agression, un article racontant le passage à tabac de l'avocat Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH). Cet avocat voulait, avec d'autres citoyens, soutenir les huit personnalités qui observent depuis, le 18 octobre, une grève de la faim pour protester contre "le manque de libertés" dans le pays.
Le journaliste français, tout comme les correspondants des agences AFP, Reuter et AP, avait assisté à l'agression de Trifi par la police. Tous ont relaté ces faits. Mais, alors que les agences ont été "priées" par les autorités tunisiennes de publier un démenti, le journaliste français n'a pu obtenir de réaction officielle malgré ses sollicitations répétées.
Simple crime crapuleux ou intimidation corsée adressée aux journalistes qui afflueront pour couvrir le sommet onusien? Jusqu'ici en effet, on n'a pas connaissance, en Tunisie, de violences de la force publique envers des reporters étrangers.
Boltansky, lui, n'a aucun doute : "Je m'étonne qu'une agression de cette ampleur puisse avoir lieu sur un lieu aussi sécurisé. Nous étions en plein centre, tout prêt des ambassades du Canada et de la République tchèque, l'une et l'autre sous haute surveillance", précise-t-il.
"De plus, trois policiers en civil se trouvaient devant mon hôtel et, à deux pas, des gardes étaient postés devant une guérite. J'ai appelé au secours tout le temps. Personne n'a bougé", explique-t-il.
Le journal 'Libération' a pris contact avec le ministère français des Affaires étrangères et adresse "ses plus fermes protestations aux autorités tunisiennes… coutumières des manœuvres d'intimidation des défenseurs des droits de l'Homme, opposants et journalistes".
Entre temps, la police tunisienne a annoncé avoir arrêté deux suspects.
Mais, qu'elle soit crapuleuse ou télécommandée, cette agression pose une question délicate aux journalistes : comment couvrir un "Sommet sur l'information" dans un pays où on risque sa peau en informant? La Tunisie a-t-elle les moyens d'assurer la sécurité des participants? Et quelle est la réaction de la Suisse? Membre de la délégation officielle, Simon Ammann, de la section politique des droits de l'Homme aux Affaires étrangères (DFAE), a répondu à InfoSud au téléphone : "La situation est très inquiétante, mais nous ne pouvons pas réagir avant de savoir de manière certaine si les autorités tunisiennes sont impliquées ou non. Pour cela, il faut trouver les coupables et mener une enquête sérieuse".
Ammann précise : "Sur place, nous ne pourrons pas protéger nos ressortissants".
Pour plus d'informations : www.infosud-wsis.info *(Carole Vann et Rachid Khéchana sont des journalistes de InfoSud, une agence de presse basée à Berne, en Suisse).

