CULTURE: Hotugandans.com + Red Pepper = controverse

KAMPALA, 12 oct (IPS) – Le développement de l'Internet a ouvert l'Ouganda à une vaste série de tendances et d'influences qui auraient eu très peu d'impact les années précédentes.

Toutefois, un grand nombre de citoyens qui ont cherché à percer ce paradis ne sont pas sûrs d'aimer ce qu'ils voient — en particulier les deux sites pornographiques mettant en vedette des Ougandais qui ont pris de court le pays récemment. Les sites, y compris celui dénommé sans ambiguïté 'hotugandans.com', ont attiré l'attention du public en juillet. Ils montraient des photos et des vidéos explicites, de même que des adresses de contacts aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et au Japon. Selon divers reportages, les pages étaient animées au Canada, et jouissent d'une grande popularité auprès des Ougandais vivant à l'extérieur qui utilisaient des cartes de crédit pour payer l'accès au matériel.

Un tollé général a conduit depuis au blocage du site (dans un coup de théâtre ironique, les visiteurs de 'hotugandans.com' sont maintenant dirigés vers le site des ministères de Benny Hinn). Mais, le débat sur la société globalisée, qui leur a permis d'émerger, fait rage.

"Lorsqu'il s'agit de moralité, la mondialisation n'est pas une bonne chose parce qu'elle nous fait accepter des pratiques gay, la pornographie et réduit l'âge légal pour les relations sexuelles", a déclaré à IPS, Stephen Langa, directeur exécutif du 'Family Life Network' (Réseau pour la vie familiale). Cette organisation non gouvernementale, basée dans la capitale Kampala, défend les valeurs traditionnelles à travers des conseils et l'éducation.

Les femmes mises en vedette sur le site avaient apparemment reçu jusqu'à 1.000 dollars pour être photographiées et filmées — même si l'une d'elles a dit qu'elles avaient fait cela à condition que ce matériel ne passe pas en Ouganda. Des statistiques officielles estiment à 38 pour cent la proportion d'Ougandais vivant avec moins d'un dollar par jour. Toutefois, l'idée selon laquelle la participation des femmes au site était motivée par la pauvreté, est rejetée par Raymond Kyambadde, un pasteur basé à Kampala.

"Selon les articles de presse sur le site porno, la plupart des personnes représentées étaient des femmes décentes qui avaient des emplois décents", a-t-il dit dans un entretien avec IPS. "Certaines ont même des familles et des maris. Cela n'a donc rien à voir avec l'argent, mais avec l'influence occidentale sur notre société". Depuis que le gouvernement a accordé une exonération pour l'importation des ordinateurs il y a deux ans, des centaines de cybercafés ont poussé comme des champignons, même dans les zones les plus reculées. A Kampala, une marche de cinq minutes peut vous faire passer devant deux ou trois cybercafés du genre.

Certains interdisent aux clients d'ouvrir des sites pornographiques, et utilisent des mécanismes de surveillance afin de décourager l'accès. Mais les choses sont compliquées par le fait que l'Ouganda ne dispose pas toujours d'une définition légale pour la pornographie — mise à part une loi interdisant sa consommation.

Il y a deux ans, la 'Parliamentary Select Committee on Pornography' (Commission parlementaire de sélection sur la pornographie) a proposé que la constitution soit amendée pour empêcher et supprimer la pornographie en Ouganda. "L'une des justifications que nous avons données est que la pornographie est nuisible à la santé et à l'ordre publics", a confié à IPS, Sarah Kiyingi Kyama, présidente de la commission, forte de 12 membres. "Cela viole non seulement les droits humains fondamentaux de la dignité des citoyens — en particulier les femmes — mais cela conduit également à la propagation de la maladie à un moment où nous luttons contre le VIH/SIDA", a-t-elle ajouté. Kiyingi croit également qu'il y a un lien entre la pornographie et les crimes sexuels.

Toutefois, les amendements proposés n'ont pas été approuvés — et les tentatives de la commission pour engager les médias dans la lutte contre la pornographie ont été également infructueuses.

"Mon point de vue est que nous ne pouvons pas transiger sur la question de la liberté de la presse, un droit humain fondamental, parce que certaines personnes en font un mauvais usage. Il est évident que la presse doit être responsable et la plupart des journalistes prennent vraiment au sérieux leur responsabilité", déclare James Tumusiime, directeur de publication du 'Weekly Observer' — un journal à Kampala.

Premier quotidien tabloïde de l'Ouganda — 'Red pepper', lancé en 2002 — reflète également la manière dont les tendances mondiales se font ressentir dans le pays.

"Nous nous sommes rendu compte que même si les tabloïdes réussissaient bien ailleurs…au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis, ceci était quelque chose qui n'arrivait pas en Afrique — en particulier dans les pays en développement comme l'Ouganda", affirme Arinaitwe Rugyendo, un des fondateurs du journal, et son directeur de publication. "Nous avons alors pensé que si nous arrivions à proposer un genre de produit différent du journalisme traditionnel, nous pourrions créer un créneau dans le marché". Comme avec les sites pornographiques, le mélange de nudité et de scandale de Red Pepper a déclenché une intense indignation — et des appels en faveur de la mise en place d'une législation anti-pornographie. "La critique que nous avons reçue au début n'était pas justifiée.

Certaines personnes interprétaient cela comme de la pornographie, mais ce n'était pas ça", a dit Rugyendo à IPS. "Tout ce que nous faisions exposait ce qui était précédemment jugé comme non-africain". Même si c'est peut-être les images de Red Pepper qui captent l'attention du public, le journal a également l'intention de révolutionner les médias par d'autres moyens. "Les médias traditionnels ignorent certains aspects de la société. Ils consacraient (les informations de la Une) au matériel axé sur la politique, et avaient cette idée selon laquelle une bonne histoire est celle qui s'est déroulée au parlement, au State House (présidence) ou à un meeting politique", souligne Rugyendo.

Mais, "La nouvelle génération ne pense pas politiquement", ajoute-t-il..

"Elle a ses propres aspirations, et la manière dont elle regarde la société de nos jours est orientée vers des aspects sociaux".