DROITS-AFRIQUE DU SUD: Les réfugiés adoptent une approche attentiste

JOHANNESBURG, 10 oct (IPS) – Des réfugiés et des groupes de la société civile ont réagi avec prudence aux déclarations d'un haut responsable sud-africain condamnant le traitement que la police inflige aux réfugiés.

Au cours d'une rencontre avec des représentants des réfugiés tenue dans la capitale économique, Johannesburg, mercredi (5 octobre), Nosiviwe Mapisa-Nqakula, la ministre des Affaires intérieures, a reconnu que des policiers harcelaient et sollicitaient des pots-de-vin des réfugiés.

Récemment, un programme sur la rubrique investigation, diffusé sur une télévision locale, a montré des policiers prenant ces pots-de-vin -un comportement que la ministre a qualifié "d'inacceptable et de scandaleux".

Toutefois, des groupes qui s'occupent des réfugiés attendent de voir si les commentaires de Mapisa-Nqakula déboucheront sur une amélioration réelle des comportements des Sud-Africains vis-à-vis des réfugiés, qui sont souvent les cibles d'abus et d'exploitation. Cet abus a été attribué aux craintes que les nouveaux arrivants vont prendre les emplois des Sud-Africains, et à la couverture médiatique qui enracinerait des stéréotypes négatifs sur les immigrés.

"Je n'ai pas pris au sérieux les commentaires de la ministre", a indiqué, dans un entretien avec IPS, Tapera Kapuya de 'Crisis in Zimbabwe Coalition'. "Faire une déclaration n'est pas suffisant. La politique gouvernementale ici ne traite pas convenablement des questions de xénophobie". (La coalition est un groupe non gouvernemental basé dans la capitale zimbabwéenne, Harare; elle a également un bureau à Johannesburg).

Les remarques de Kapuya ont été reprises en écho par Jean-Marie Juamoto de l'Association des réfugiés congolais, basée à Johannesburg, qui regroupe des immigrés de la République démocratique du Congo (RDC).

"Si les autorités gouvernementales parlaient ouvertement et courageusement comme Mme Mapisa-Nqakula, il y aurait moins de problèmes pour les réfugiés en Afrique du Sud", a-t-il dit à IPS. "Mais comme nous le savons, faire une déclaration est une chose et la mettre en œuvre en est une autre. Nous verrons ce que la ministre fera pour empêcher les policiers de harceler et de solliciter des pots-de-vin des réfugiés".

D'autres observateurs étaient moins circonspects.

"Tout individu, qui suit actuellement les problèmes des réfugiés en Afrique du Sud, devrait se réjouir des remarques de la ministre", a indiqué à IPS Daniel Molokela du 'Zimbabwe Combined Civil Society Organisation' — basée à Johannesburg.

"Il y a une occasion pour que la ministre implique les représentants de la communauté des réfugiés afin de trouver une solution", a-t-il ajouté.

Molokela estime qu'une commission d'enquête devrait être créée pour explorer la manière dont des policiers s'étaient conduits dans de précédentes confrontations avec des réfugiés.

"Deuxièmement, il est nécessaire d'avoir une commission permanente, dont les membres devraient inclure des représentants de réfugiés, pour conseiller le gouvernement sur les questions de réfugiés. Ceci ajoutera de la valeur à ce que le gouvernement est en train de faire pour atténuer la crise des réfugiés", a-t-il souligné.

Depuis la fin de l'apartheid en 1994, l'Afrique du Sud attire de plus en plus d'immigrés venant d'une variété de pays. Des ressortissants d'Etats d'Europe de l'est, ainsi que ceux du Rwanda, du Burundi, de la RDC, du Zimbabwe, de la Somalie, du Soudan, de l'Ethiopie, du Liberia, de Sierra Leone et de l'Ouganda se sont rendus en Afrique du Sud.

Le plus grand nombre d'immigrés — quelque 2,5 millions — vient du Zimbabwe. La plupart d'entre eux sont des réfugiés économiques qui ont fui le fort taux de chômage et l'inflation galopante dans leur pays. Le Zimbabwe a connu un déclin économique grave au cours des cinq dernières années, une tendance attribuée en partie à la campagne controversée de saisies des fermes, orchestrée par le gouvernement.

La violence politique et l'intimidation ont également fait beaucoup de dégâts sur ce voisin du nord de l'Afrique du Sud. Depuis 2000, le Zimbabwe a tenu trois élections contestées qui ont par ailleurs été entachées par des allégations de violations des droits.

Quelque 186.000 personnes ont demandé un statut de réfugié en Afrique du Sud au cours de la dernière décennie. Environ 29.000 seulement ont été reconnues comme des réfugiés — même si les responsables du ministère des Affaires intérieures ont promis de s'attaquer au retard du traitement des demandes d'asile dans le pays.

"J'ai déploré le fait que notre paysàsoit en train de recaler des milliers de demandeurs d'asile en retardant la finalisation de leurs dossiers", a déclaré Mapisa-Nqakula à un atelier organisé à Johannesburg en juillet, intitulé 'Créer une capacité pour gérer la migration'.

"En raison des…problèmes de capacité, nous nous retrouvons actuellement avec un retard de plus de 100.000 demandes non finalisées", a-t-elle ajouté. "J'ai décidé depuis que nous devons créer la capacité nécessaire pour éradiquer ce retard au cours des six prochains mois, afin de restaurer la dignité et le respect de ceux qui le méritent et ont désespérément besoin de notre protection".

Kapuya a dit que le retard dans le traitement des demandes d'asile alimentait la corruption.

"Les gens veulent à tout prix rester en Afrique du Sud au point qu'ils font tout pour éviter de retourner au Zimbabwe. En fait, ils sont tiraillés par deux maux : accepter (la nécessité d'offrir) des pots-de-vin ou être expulsé", a-t-il souligné.

"Il y a des cas où la police les a raflés, les a arrêtés et expulsésàCeux qui n'ont pas d'argent pour corrompre les agents se voient expulser".