SANTE-GABON: Les maladies cardiovasculaires constituent un fléau ici aussi

LIBREVILLE, 10 oct (IPS) – Il est urgent de tirer la sonnette d'alarme face à la recrudescence des maladies cardiovasculaires au Gabon, responsables de complications mortelles désignées sous le vocable d'accidents cardiovasculaires, avertit le professeur Donatien Mavoungou, chercheur à Libreville, la capitale.

"Les maladies cardiovasculaires, dont les origines sont diverses et particulièrement liées à la qualité de la vie, ainsi que les maladies infectieuses, sont en nette augmentation au Gabon chez les adultes comme chez les jeunes", a déclaré à IPS, Mavoungou, directeur du Centre de recherche sur les pathologies hormonales, le 6 octobre, à Libreville.

"Il est connu que les populations qui consomment du poisson ont une espérance de vie plus élevée", indique le Pr Mavoungou qui est impliqué depuis 31 ans dans la recherche, notamment sur la tension artérielle, le diabète et ses complications, et sur l'insuffisance rénale et cardiovasculaire. Il explique à IPS : "En terme de prévalence, il y a 25 ou 30 ans, lorsqu'on parlait d'hypertension, certaines personnes affirmaient que cela n'existait pas au Gabon. Or aujourd'hui en milieu scolaire, un enfant sur deux est diabétique ou hypertendu sans le savoir". Selon Mavoungou, un enfant qui naît avec un poids inférieur ou égal à 2,5 kilogrammes, court des risques d'être à l'avenir un hypertendu. "Il faut donc une prise en charge de cet enfant dès l'âge de 16 ans, avec des dépistages réguliers".

Des spécialistes estiment qu'au Gabon, les maladies cardiovasculaires sont plus élevées chez les femmes que chez les hommes, et que la mauvaise hygiène de vie, le tabagisme, l'hypertension artérielle, le cholestérol et le surpoids sont les principaux facteurs de risque cardiovasculaire.

Sur les moyens de prévenir les maladies cardiovasculaires, le Pr Mavoungou, auteur de plusieurs recherches, a mis au point et présenté, en septembre à Libreville, un nouveau procédé de prévention du risque cérébral et cardiovasculaire appelé 'Notagan' qui est un produit naturel ayant toutes les propriétés d'un antibiotique à spectre large associé aux huiles de poissons.

Face à l'augmentation des maladies cardiovasculaires, le ministère gabonais de la Santé recommande plutôt la prévention, notamment le rejet ou l'arrêt du tabac qui prévient la thrombose (formation d'un caillot dans un vaisseau sanguin) et réduit les accidents cardiaques de 50 pour cent, selon Mavoungou. Mais au Gabon, comme dans d'autres pays, le suivi thérapeutique des patients présentant des troubles cardiovasculaires se heurte à un problème de prise en charge financière par rapport aux actions de prévention et de suivi, indiquent des cardiologues à Libreville. Pourtant, souligne Mavoungou, "Il est clairement défini que d'ici à 2010, les plus grandes causes de décès dans le monde, et particulièrement en Afrique, seront les maladies cardiovasculaires".

Dr Edmond Duboze, a déclaré à IPS qu'outre l'huile de poisson, "de nombreux principes actifs de certaines plantes permettent également de prévenir les accidents cardiovasculaires". Selon lui, "les facteurs qui préviennent des maladies vasculaires se trouvent dans les noix, le colza ainsi et les céréales. Les poissons, quant à eux, renferment d'autres substances contre ces maladies car leur nourriture se compose d'algues, riches en acide alpha linoléique, et de micro-organismes". "Lorsqu'on évoque les maladies cardiovasculaires, plusieurs personnes, même des scientifiques, pensent qu'elles représentent un schéma isolé des infections, or les infections qui induisent les maladies cardiovasculaires reposent sur le socle de l'inflammation", souligne Duboze qui est un médecin militaire.

Une opération de dépistage gratuit des maladies cardiovasculaires a été réalisée à la fin de l'année dernière, au Gabon, par le ministère de la santé pour avoir des données fiables sur la prévalence de ces maladies devenues récurrentes. L'opération avait été menée en collaboration avec le laboratoire Novartis qui avait fourni un lot de cardiocheck (mini-laboratoires) permettant d'obtenir les résultats du test en cinq minutes au lieu de 48 heures dans un laboratoire ordinaire. Les pathologies recherchées étaient l'hypertension artérielle, le diabète, le cholestérol, le tabagisme et l'obésité. Le diabète est l'un des principaux vecteurs des maladies cardiovasculaires au Gabon. Selon des statistiques officielles, 2.274 cas ont été recensés en 2004. La majorité des patients se trouve dans la tranche des 15-54 ans, où l'on compte 1.540 malades, dont neuf sont décédés. Dans la tranche d'âge de 54 ans et plus, 522 cas ont été répertoriés, dont l'un s'est révélé fatal, indique le ministère de la Santé.

"Maintenant, nous en comptons environ 6.000, surtout des adultes", selon le Centre hospitalier de Libreville, le seul du pays à disposer d'un centre spécialisé.

Dans un laboratoire privé de Libreville, le test d'une maladie cardiovasculaire coûte environ 80 dollars, ce qui n'est pas à la portée de tout le monde.

"De plus en plus de Gabonais souffrent de ces maladies autrefois considérées comme étant des pathologies affectant uniquement les Occidentaux", a expliqué, à IPS Dr Jean Mimpinda, un autre cardiologue de Libreville. Les Gabonais, dont l'alimentation est davantage riche en graisses, n'échappent plus à ces maladies pour lesquelles le pays ne dispose pourtant pas de statistiques fiables, a ajouté Mimpinda. Les maladies cardiovasculaires affectent souvent le cœur et les vaisseaux sanguins. Elles provoquent un problème d'approvisionnement du cœur ou du réseau de vaisseaux sanguins (artères et veines) dans tout le corps et à l'intérieur du cerveau. Sylvianne Ndombi, 42 ans, hospitalisée à la Fondation Jeanne Ebori, un hôpital de Libreville, déclare à IPS que "l'isolement et le stress de la vie, depuis que je suis au chômage, ont favorisé l'augmentation de poids et j'ai des difficultés respiratoires. Je suis suivie depuis un an et ma santé s'améliore lentement".

Un autre patient retraité, la soixantaine, souffre de diabète et fait des rechutes régulièrement qui le conduisent à l'hôpital. Il avoue à IPS que "le traitement pour le diabète est contraignant car il faut que l'on m'inocule de l'insuline régulièrement. Mais il arrive que je ne dispose pas suffisamment d'argent pour m'approvisionner en flacons d'insuline". Et, de plus, "le régime alimentaire prescrit par le médecin n'est pas suivi à la lettre du fait que je dispose de peu de revenus", ajoute ce malade qui a requis l'anonymat.

Selon les chiffres du Service gabonais des statistiques sanitaires, les maladies cardiovasculaires liées aux infections ont été responsables, au cours des dernières années, de 6,52 pour cent en moyenne des causes de décès dans ce pays d'Afrique centrale, juste après le paludisme (19 pour cent).