NATIONS UNIES, 6 oct (IPS) – Un tribunal pénal spécial jugeant ceux qui sont accusés de crimes de guerre en Sierra Leone sera à court d'argent l'année prochaine à moins que quelque 25 millions de dollars ne soient réunis pour le maintenir en état de fonctionner.
A une conférence des donateurs de l'ONU tenue la semaine dernière, la secrétaire générale adjointe Louise Frechette a exhorté les pays à donner généreusement.
"En faisant cela", a-t-elle déclaré, "les Etats indiqueront clairement que ceux qui commettent des crimes odieux contre le droit international, où qu'ils puissent se trouver, doivent être tenus pour responsables".
Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (SCSL) a été créé en janvier 2002 par un accord entre les Nations Unies et le gouvernement de la Sierra Leone.
Son mandat est de poursuivre "des personnes qui portent la plus grande responsabilité pour de graves violations du droit humanitaire international", commises dans le pays depuis le 30 novembre 1996, date de l'Accord de paix d'Abidjan entre le gouvernement de Sierra Leone et le Front révolutionnaire uni (RUF) des rebelles.
Le conflit a été l'un des plus brutaux de la région, impliquant des viols très répandus, l'amputation des membres, et d'autres atrocités contre des civils.
Le SCSL était financé par des contributions volontaires jusqu'à la fin de 2004. En juin 2005, l'Assemblée générale de l'ONU a affecté 20 millions de dollars pour augmenter les ressources financières du tribunal pour les six premiers mois de cette année, et a autorisé 13 autres millions de dollars pour régler les dépenses pour la seconde moitié de 2005.
A partir du 1er janvier 2006, la cour reviendra aux contributions volontaires. Selon Robert Vincent, le greffier du tribunal, 25 millions de dollars seront nécessaires pour financer ses activités l'année prochaine.
"Nous avons trouvé un soutien énorme aujourd'hui, par conséquent, nous avons très bon espoir que nous approcherons de ce montant dans les semaines et mois à venir", a-t-il déclaré à la conférence des donateurs.
En plus de la Commission européenne, 14 Etats membres de l'ONU ont déjà fait des promesses de près de neuf millions de dollars.
La plus grande promesse — 3,5 millions de dollars — est venue de la Grande-Bretagne, suivie du Canada avec 1,7 million de dollars et des Pays-Bas avec 1,2 million de dollars. D'autres pays qui ont fait des promesses au cours de la conférence sont le Danemark, l'Australie, la Belgique, la Norvège, la Turquie, la Finlande, l'Allemagne, l'Italie, la Grèce et la Suède. Vincent a noté que les Etats-Unis ont été également l'un des plus grands donateurs et supporters du Tribunal spécial, pour avoir déjà donné un total de 22 millions de dollars. "Et nous espérons absolument que les Etats-Unis seront encore le principal donateur de ce tribunal", a-t-il dit. "Nous avons déjà une indication selon laquelle ils apporteront une contribution cette année".
Bien que 11 prévenus aient été inculpés, deux suspects clés manquent toujours — Johnny Paul Koroma et Charles Taylor. Koroma est l'ancien chef rebelle du Conseil des forces armées révolutionnaires (AFRC) et Taylor est l'ancien président du Liberia voisin.
Taylor, qui doit répondre de 17 chefs d'accusation liés au soutien à l'insurrection et à la fourniture d'armes ainsi qu'à une formation au RUF, est actuellement protégé par le gouvernement du Nigeria, qui refuse de le livrer.
Desmond Silva, le procureur général, a souligné : "Actuellement, nous ne pouvons agir que de façon diplomatique, parce que le tribunalàn'a aucun pouvoir pour obliger le Nigeria à livrer M. Taylor".
Selon Silva, le tribunal va probablement s'acquitter de sa tâche au cours des 18 prochains mois.
Daudi Ngelautwa Mwakawago, le représentant spécial du secrétaire général pour la Sierra Leone, a déclaré à une conférence de presse, la semaine dernière, que les Nations Unies ont largement atteint les objectifs de sécurité qu'elles se sont fixés il y a six ans.
Autrefois forte de 17.000 hommes, la Mission des Nations Unies en Sierra Leone est maintenant réduite à 2.000 soldats. Depuis que la paix a été consolidée en 2002, le gouvernement a désarmé 70.000 combattants, et près de 9.500 policiers ont été formés et équipés.
Mwakawago a dit à IPS : "Ce qu'il est important de retenir de tous les comptes rendus et de la publicité que les débats ont reçue dans le pays, c'est que la question de l'impunité est maintenant en train d'être remise en question, ce qui est une importante contribution du tribunal".
Une autre conférence des donateurs pour la Sierra Leone se tiendra à Londres à la fin de novembre. Les Nations Unies estiment que le pays a besoin de 1,7 milliard de dollars pour commencer par s'attaquer à des questions comme la pauvreté et la corruption.
Mwakawago a exprimé des craintes par rapport aux 40 pour cent de taux de chômage et 70 pour cent de taux d'analphabétisme, en particulier parmi les jeunes, dont plusieurs ont été entraînés dans la guerre civile.
"Nous ne pouvons pas poursuivre le maintien de la paix — nous avons besoin d'édifier la paix maintenant", a indiqué Mwakawago. "Mon opinion est donc que le pays est prêt maintenant pour la prochaine phase de développement".
La liberté de la presse est une autre question brûlante en Sierra Leone avec l'emprisonnement, par le gouvernement, du journaliste Paul Kamara, qui est accusé "d'écrits diffamatoires séditieux", pour des articles critiquant le président Ahmad Tejan Kabbah.
Kamara a été reconnu coupable le 5 octobre 2004 et envoyé dans la prison de 'Pademba Road', dans la capitale, Freetown, pour purger une peine de deux ans de prison. Des groupes locaux et internationaux de défense de la liberté de la presse ont demandé sa libération à plusieurs reprises.
"Le gouvernement du président Kabbah ne devrait pas garder Kamara en prison une journée de plus", a déclaré Ann Cooper, directrice exécutive de la Commission pour la protection des journalistes, basée à New York. "La Sierra Leone est l'un des rares pays en Afrique à avoir condamné un journaliste à une peine de prison pour avoir fait son travail. Ce n'est pas ce qu'on attend de voir dans un pays démocratique".

