NATIONS UNIES, 4 oct (IPS) – Malgré la sûreté et l'efficacité prouvées des programmes de vaccination, la moitié seulement de tous les enfants vivant en Afrique de l'ouest et du centre sont vaccinés contre les principales maladies de l'enfance, contribuant ainsi aux 1,4 million de décès totalement inutiles chaque année, selon un nouveau rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).
C'est le troisième rapport dans la série de l'UNICEF, "Progrès pour les enfants", et cela classe les pays suivant leur taux annuel d'augmentation de la couverture vaccinale depuis 1990.
Intitulé "Progrès pour les enfants : Un bulletin de notes sur la vaccination", le rapport montre que 103 pays ont déjà vacciné 90 pour cent de leurs enfants, et que 16 autres font des progrès constants.
Toutefois, dans 74 pays, les programmes de vaccination n'ont pas continué ou progressent trop lentement.
"La plupart des pays développés ont pratiquement supprimé la maladie et la mort causées par les maladies qu'on peut éviter à travers une couverture vaccinale presque totale", a déclaré Ann Veneman, directrice exécutive de l'UNICEF.
"A l'autre extrême, l'Afrique de l'ouest et du centre, une région où 52 pour cent seulement d'enfants sont vaccinés, enregistre toujours les plus forts taux de maladie et de décès dus aux maladies qu'on peut éviter avec la vaccination".
Les principales maladies mortelles de l'enfance qu'on peut éviter avec la vaccination sont la rougeole, l'haemophilus influenzae de type b, la coqueluche et le tétanos néonatal. Depuis 1990, la vaccination a atteint plus de 70 pour cent d'enfants dans le monde entier. En 2002, l'Assemblée générale des Nations Unies s'est engagée à vacciner au moins 90 pour cent de tous les enfants ayant moins d'un an d'ici à 2010.
Veneman a souligné le rapport coût-efficacité des interventions sanitaires comme la vaccination, qui a empêché quelque deux millions de décès d'enfants en 2003 et a la possibilité de réduire de près d'un quart les décès parmi les enfants ayant moins de cinq ans, si la couverture de plus de 90 pour cent peut être réalisée.
"L'efficacité de la vaccination est absolument indubitable", note le rapport. "Contrairement à la plupart des autres interventions sanitaires et de développement, la vaccination n'augmente pas simplement les chances pour les enfants de résister à une maladie : elle garantit pratiquement qu'ils résisteront".
Dr Peter Salama, responsable du programme de vaccination à l'UNICEF, a cité la campagne mondiale de vaccination contre la polio comme une grande histoire à succès, notant que, si en 1998 il y avait 50.000 cas de polio par an, aujourd'hui il y a en seulement 1.300.
Il a ajouté que le rapport souligne "notre vulnérabilité collective mondiale aux maladies infectieuses", en particulier depuis que les taux de couverture de la vaccination ont stagné dans les années 1990.
"Ceci conduit à deux effets", a-t-il dit. "Cela nous rend vulnérables à ces vieilles maladies — la rougeole, la polio, le tétanos — des maladies qui ont été presque éradiquées du monde industrialisé, mais cela nous empêche également d'être en position de réagir à de nouvelles menaces".
Le rapport a révélé que l'Amérique latine, les Caraïbes, le Moyen-Orient, l'Afrique du nord, et dans une certaine mesure l'Asie de l'est, et la majeure partie du monde industrialisé réussissent assez bien dans l'immunisation de leurs populations. Les problèmes réels sont survenus en Afrique de l'ouest et du centre, qui connaissent actuellement des conflits armés de plus en plus intenses, de même qu'en Asie du sud, "qui abritent la majorité des enfants du (monde)".
Par exemple, malgré sa richesse pétrolière, la couverture vaccinale courante du Nigeria est juste de 35 pour cent.
Toutefois, le rapport note que des situations aussi sinistres peuvent être rapidement inversées. En Erythrée, où le taux de couverture était seulement de 18 pour cent il y a une décennie, plus de 80 pour cent d'enfants sont maintenant vaccinés. Dans la même période, le Niger est passé de 25 pour cent à 64 pour cent, et l'Ouganda de 52 pour cent à 82 pour cent.
Des campagnes de vaccination peuvent être sapées par une combinaison de facteurs, affirme le rapport, y compris des infrastructures médicales extrêmement médiocres, des opinions erronées sur les vaccins, des facteurs culturels, et le manque d'agents de santé qualifiés. "Nous avons manifestement besoin de combler le fossé et d'atteindre les enfants inaccessibles avec ces interventions très fondamentales, d'un très bon rapport coût-efficacité aussi rapidement que nous le pouvons, y compris dans les zones affectées par des conflits", a déclaré Salama.
Des initiatives et des stratégies futures pour atteindre l'objectif fixé en 2002 requièrent l'introduction de nouveaux vaccins et de technologies d'une façon opportune, et à un prix que les pays en développement peuvent supporter. La nécessité de maintenir la couverture dans toutes les parties du monde, y compris dans les pays industrialisés, reste un défi continuel, puisque 130 millions d'enfants naissent chaque année, s'ajoutant aux rangs des enfants qui ont besoin de vaccination.
"Plusieurs pays reculent parce qu'ils commencent par relâcher, et qu'ils oublient ce point fondamental selon lequel les 20 ou 30 derniers pour cent (de la population) sont toujours les plus difficiles à atteindre", a dit Samala a IPS.
Ces points chauds restants sont souvent dans des pays affectés par la guerre, ou des régions qui sont les plus reculées et ont le moins d'infrastructure, a-t-il expliqué. En conséquence, des "gouvernements nationaux à court de ressources doivent peser toutes ces priorités concurrentes".
Veneman a également souligné le lien entre la réalisation des objectifs d'immunisation et l'accomplissement des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Les huit OMD comprennent une réduction de 50 pour cent de la pauvreté et de la faim; l'éducation primaire universelle; la réduction de la mortalité infantile de deux tiers; la diminution de la mortalité maternelle de trois-quarts; la promotion de l'égalité de genre; la garantie d'un environnement durable; l'arrêt de la propagation du VIH/SIDA, du paludisme et d'autres maladies; et un partenariat global pour le développement entre les riches et les pauvres.
Au milieu du mois dernier, quelque 170 dirigeants du monde se sont retrouvés aux Nations Unies pour évaluer les progrès réalisés sur les OMD et déterminer la marche à suivre pour la prochaine décennie.
"Je suis très comblée par ce sommet mondial dans la mesure où il a rapport aux choses dont nous sommes en train de discuter aujourd'hui, comme la vaccination", a déclaré Veneman à IPS. "Les Objectifs du millénaire pour le développement sont tous liés aux enfants ou, la plupart, aux enfants".
"Etendre ces instruments ayant fait leurs preuves, qui sauvent la vie à plus d'enfants, influe directement sur les efforts pour atteindre le quatrième objectif du millénaire pour le développement, qui est la réduction de deux tiers de la mortalité infantile d'ici à l'an 2015", a-t-elle ajouté.

