CORRUPTION-KENYA: Des députés poursuivis pour non-déclaration de leurs biens

NAIROBI, 23 sep (IPS) – Pour montrer son engagement à lutter contre la corruption au Kenya, le gouvernement a annoncé que 65 députés et ministres du cabinet seront poursuivis pour n'avoir pas déclaré leurs biens comme le requiert la loi.

La déclaration des biens est une méthode que le gouvernement du président Mwai Kibaki, qui a été miné par de vastes corruptions tout au long de ses deux ans et demi au pouvoir, est en train d'utiliser pour promouvoir la transparence et la nécessité de rendre des comptes.

"Rien n'empêche le procureur général de poursuivre en justice ces responsables et de les inculper conformément à la loi", a déclaré Kiraitu Murungi, ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, dans la capitale Nairobi, le 15 septembre. En 2003, le gouvernement a intégré les exigences de la déclaration des biens dans le 'Public Officer Ethics Act'. La loi requiert que tous les officiels du service public, depuis le président jusqu'aux coursiers du gouvernement, déclarent leurs revenus, leurs avoirs et leurs dettes y compris ceux de leurs épouses et des enfants à leur charge. Rendre la déclaration des biens obligatoire pour les agents de la fonction publique a souvent été perçu comme un moyen de détecter l'acquisition de richesse à travers la corruption.

Mais des activistes des droits de l'Homme et des militants de la lutte contre la corruption estiment que la loi est insuffisante puisqu'elle prévoit que l'information reste confidentielle après la déclaration.

"Comment le public peut-il tenir pour responsables ses leaders lorsque l'information sur leurs richesses est tenue secrète? Si la loi incrimine la divulgation de ce genre d'information, de quelle utilité est-elle en premier lieu", a dit à IPS, Jeff Birundi, coordonnateur de la Campagne 'Name and Shame Corruption Networks' (Nommer et couvrir de honte les réseaux de corruption), une alliance d'organisations anti-corruption basées à Nairobi.

Plusieurs pays africains ont des lois qui exigent que les fonctionnaires déclarent leurs biens, et qu'ils publient l'information dans les journaux officiels ou dans des organes ouverts à l'inspection du public. D'autres donnent l'information aux simples citoyens sur demande soit gratuitement, soit à un prix minimum.

La pression augmente sur le gouvernement pour qu'il amende sa loi afin de faire en sorte que la publication des informations sur la déclaration des biens soit obligatoire. Les amendements à la loi qui sont attendus, entre autres choses, pour permettre aux médias d'avoir accès à l'information afin de renforcer leur rôle d'observateur, seront prêts d'ici à la fin de l'année, selon Murungi.

L'année dernière, le gouvernement a rendu plus difficile — pour les médias — l'accès à l'information qu'il classait confidentielle, suite à des révélations sur une escroquerie. Le scandale Anglo-Leasing découvert par les médias en avril 2004 a poussé le gouvernement à proposer une ordonnance interdisant aux fonctionnaires de livrer des informations classées confidentielles à des journalistes. Ceux qui enfreindront la directive s'exposeraient à des conséquences désastreuses, a indiqué l'ordonnance.

Décrit comme le plus grand scandale jamais enregistré dans ce pays d'Afrique de l'est, le scandale Anglo-Leasing implique l'attribution irrégulière de soumissions et des paiements en vue de la réalisation, entre autres choses, de passeports infalsifiables par des terroristes.

Les paiements, s'élevant à 88,7 millions de dollars, ont été faits à Anglo-Leasing, une société étrangère dont le gouvernement affirme ignorer les propriétaires.

Bien que les ministres des Finances et du Transport soient impliqués, ils ont pris leurs distances par rapport à l'escroquerie, qui a mis le gouvernement en désaccord avec les donateurs occidentaux. A la grande consternation des groupes anti-corruption, le gouvernement a choisi plutôt de renvoyer quatre secrétaires permanents des ministères qui étaient occupés des paiements et a demandé à la Commission de lutte contre la corruption du Kenya de mener des investigations.

Bien que la commission manque de pouvoirs pour engager des poursuites, le gouvernement soutient que ceux qui seraient reconnus coupables seraient poursuivis. Des activistes des droits de l'Homme estiment que la volonté du gouvernement de combattre la corruption sera mesurée par la manière dont il gérera le scandale Anglo-Leasing.

"Ce n'est pas simplement une affaire de renvoi de quatre secrétaires permanents. La logique de la corruption au Kenya, comme en Afrique, est qu'aucun scandale impliquant un montant aussi élevé ne peut se faire sans un sérieux soutien politique. Nous voulons savoir qui étaient derrière cela et ce qui va leur arriver", a indiqué à IPS, Maina Kiai, président de la Commission nationale des droits de l'Homme du Kenya, un organisme indépendant nommé par le gouvernement.

Le gouvernement soutient qu'il n'est pas revenu sur son engagement à lutter contre la corruption, citant sa récente initiative d'engager une entreprise britannique pour retrouver quelque 945 millions de dollars planqués sur des comptes, dans des banques étrangères, par des pillards durant des années.

La compagnie, Kroll and Associates, a présenté son rapport au gouvernement le mois dernier.

L'administration de Kibaki doit encore révéler le contenu du rapport.

"Nous l'examinons toujours avant de développer un plan d'action", a déclaré Dorothy Angote, un haut responsable au ministère de la Justice et des Affaires constitutionnelles.