TRANSPORT-RDC: Le gouvernement face à la problématique des catastrophesaériennes

KINSHASA, 19 sep (IPS) – Le gouvernement congolais convoque, pour ce lundi, le Conseil national de l'aviation civile pour statuer sur l'assainissement de l'espace aérien en République démocratique du Congo (RDC).

La fréquence des crashes d'avions appartenant à des compagnies aériennes privées locales, est la principale cause de cette réunion. Dans la première semaine de septembre uniquement, quatre avions se sont écrasés au sol, tuant au moins 25 personnes. Les voyageurs en sont traumatisés, mais n'ont pas d'autres choix que de prendre ce moyen de transport, la voie terrestre étant rendue non opérationnelle par le délabrement des infrastructures routières. En outre, la RDC est le troisième Etat le plus vaste en Afrique, avec plus de 2,344 millions de kilomètres carrés — après le Soudan et l'Algérie — et une grande partie du pays est couverte de forêts denses. Les aéroports de Goma, Beni et Isiro, dans l'est de la RDC, se sont tristement distingués avec pratiquement un accident par jour au Congo, dans la première semaine de ce mois.

A Isiro, c'est un 'Antonov 26' de la compagnie 'Kavatsi Airlines' qui a heurté des arbres en atterrissant par mauvais temps. Les 11 personnes à bord ont été tuées. A Goma, un 'beachcraft' de la compagnie 'Flying Air Service' a raté son décollage, dans un vol d'essai, avec juste un pilote (un Français) qui a succombé à ses blessures à l'hôpital. A Beni, c'est également au décollage qu'un 'King Air' de la compagnie TMK (Transports et messageries du Kivu) a fait un crash, après avoir perdu un moteur. Il n'y a pas eu de morts, mais des blessées graves parmi les passagers. Le dernier crash en date et le plus médiatisé, s'est produit sur le territoire du Congo-Brazzaville voisin. Un avion de 'Air Kasai', reliant la ville de Boende, dans la province de l'Equateur, et Kinshasa, la capitale de la RDC, s'est écrasé à une cinquantaine de kilomètres de Brazzaville, la capitale de la République du Congo, tuant les 13 personnes à bord. Le mauvais temps serait également à l'origine de la catastrophe.

Depuis janvier dernier, 14 avions sont tombés du ciel du Congo, provoquant, au total, la mort de 65 personnes. On comprend alors qu'une telle hécatombe crée des traumatismes psychologiques chez des voyageurs dont certains n'ont pas d'autres choix que de monter dans ces "cercueils volants", comme les désigne le ministre congolais des Transports et Communication, Heva Mwakasa. Mwakasa, qui s'exprimait, le 9 septembre à Kinshasa, au cours d'une conférence de presse, a déclaré qu'il était temps d'arrêter l'hécatombe.

"Des sanctions sévères seront imposées aux compagnies aériennes qui ne respectent pas la réglementation de l'aviation civile", avait-il averti. Déjà et par mesures conservatoires, 33 compagnies aériennes privées, sur un total de 51 que compte le pays, ont reçu l'ordre d'arrêter leurs vols jusqu'à ce qu'elles se mettent en ordre avec la réglementation de l'aviation civile. Les 18 autres, dont les avions ont été autorisés à voler encore, ont trois mois pour se mettre en ordre. Le Syndicat des pilotes du Congo tire sur la sonnette d'alarme et appelle les autorités à sévir contre les compagnies qui ne respectent pas la réglementation, rappelant ses nombreuses plaintes auprès des gouvernements qui se sont succédé en RDC. "Il y a des années que nous avons exigé l'assainissement de l'espace aérien congolais, mais le gouvernement a toujours fait la sourde oreille", a confié à IPS, le commandant Baudouin Rudahindwa, président du Syndicat des pilotes du Congo. "Nous avons particulièrement dénoncé l'irruption des avions de fabrication soviétique qui se trouvaient pratiquement à la casse dans le pays d'origine. Il n'est pas étonnant qu'ils réalisent ce score macabre". Rudahindwa est un ancien pilote de Boeing DC 10 de la glorieuse époque de 'Air Zaïre' où le Congo pouvait facilement aligner une flotte de 30 appareils de tout calibre. Le Syndicat des pilotes du Congo comprend des pilotes hautement qualifiés qui tiennent au strict respect de la réglementation dans l'aviation civile en RDC. La fréquence des accidents dans le transport aérien en RDC pose au gouvernement une véritable problématique de la sécurité aérienne. Après la disparition d'Air Zaïre, la compagnie aérienne nationale, les voyageurs congolais se sont rabattus sur de petites et moyennes compagnies privées, les seules disponibles pour rallier les différentes villes du pays aux dimensions d'un sous-continent. Seules sortent du lot, deux compagnies qui peuvent être considérées comme fiables et d'envergure nationale, selon des spécialistes : 'Hewa Bora Airways' et 'Wimbi Dira Airways'. Les deux compagnies desservent même des capitales étrangères comme Johannesburg ou Bruxelles.

Les autres, plus modestes, desservent des distances relativement plus courtes. Beaucoup moins regardantes sur les normes de la navigation aérienne et bénéficiant sans doute d'une certaine complaisance de l'aéronautique civile congolaise, ces compagnies s'occupent, en principe, plus de cargo que de transport de passagers. Mais souvent, elles embarquent des passagers, faute de vols passagers sur les villes desservies. Des destinations comme Tshikapa, une ville diamantifère de la province du Kasai occidental ou Tembo, tout aussi riche en diamant dans la province de Bandundu, à l'est de Kinshasa, ne sont desservies que par des avions de type 'Antonov'. La ruée vers le diamant fait que ces lignes sont très fréquentées.

Sele Makongo, qui a longtemps travaillé dans le diamant, explique à IPS : "N'eût été l'attrait du diamant, je n'aurais jamais pris place à bord de ces avions. Les conditions de voyage sont pénibles. Ce sont des avions cargo, sans sièges ni toilettes pour passagers. Nous voyagions avec la marchandise, assis à même le plancher ou sur des chaises en plastique".

Makongo déclare avoir abandonné le circuit du diamant pour faire du commerce général en magasin non seulement à cause des pénibles conditions de voyage, mais également de l'insécurité dans les carrières de diamant.

La libéralisation de la navigation aérienne a amené dans le ciel congolais beaucoup d'avions de fabrication soviétique. Les pilotes sont russes ou ukrainiens, et les documents techniques, comme les licences des pilotes, sont en langue russe. Ce qui pose beaucoup de problèmes aux experts de l'aéronautique civile de la RDC et de la sous-région. A la question de savoir comment ils ont été autorisés à voler en RDC, Léonard Nsie, directeur à l'aéronautique civile, explique à IPS : "Généralement, les licences pour pilotes délivrées par un pays membre de l'OACI (Organisation de l'aviation civile internationale) ne peuvent pas être contestées dans un autre pays membre". "C'est le cas avec les licences octroyées par l'ex-Union soviétique.

Seulement, nous devons vérifier l'authenticité des documents auprès du pays d'origine du pilote", a-t-il ajouté.

En attendant les dispositions que prendra le Conseil supérieur de l'aviation civile, au terme de sa réunion de cette semaine, les conséquences de la mesure d'interdiction de vols à certaines compagnies privées jugées non sûres et non en ordre, commencent à perturber le commerce entre certaines villes du pays.

Les hommes d'affaires de Tshikapa et de Kananga, dans la province du Kasai occidental, sont particulièrement touchés car ils ne peuvent plus acheminer leur diamant artisanal à Kinshasa, ni s'approvisionner, dans la capitale, en produits de première nécessité. Entre l'impossibilité notoire de ressusciter la compagnie nationale et le danger que constituent, pour l'espace aérien congolais, des compagnies privées pourtant incontournables pour le commerce intérieur, le gouvernement congolais a apparemment du mal à trancher.