JOHANNESBURG, 19 sep (IPS) – L'industrie de l'autruche en Afrique du Sud s'est réjouie de l'annonce faite, la semaine dernière, par la ministre de l'Agriculture et des Affaires agraires, Thoko Didiza, déclarant que le pays était débarrassé de la grippe aviaire.
La déclaration a toutefois averti que ceci ne se traduisait pas en une reprise automatique des exportations des produits dérivés d'autruche.
L'année dernière, l'Union européenne (UE), Hong Kong, Singapore et le Mozambique ont interdit les importations d'autruche d'Afrique du Sud après de nombreux cas de grippe aviaire dans deux des provinces du pays. Avant l'interdiction, l'Afrique du Sud fournissait environ 70 pour cent de la viande d'autruche du monde, produisant près de 1.000 tonnes par an.
"Cette maladie dévastatrice a été découverte dans des autruches dans les provinces du Cap oriental et occidental du pays l'année dernière. Grâce à l'assistance de tous les acteurs et parties prenantes du secteur, il a été possible pour l'Afrique du Sud d'éradiquer du pays cette menace d'épidémie mondiale", a indiqué Didiza, dans sa déclaration, mardi dernier.
"Cette menace extrêmement sérieuse pour toute l'industrie de la volaille a été ainsi freinée et l'Afrique du Sud est devenue l'un des rares pays au monde à avoir jamais réalisé cet exploit extraordinaire".
Le parfait état de santé attribué à l'industrie d'autruche a été effectif à partir du 10 septembre.
"Nous sommes contents que l'Afrique du Sud ait été déclarée exempte de la grippe aviaire, même s'il nous faut encore reprendre l'exportation", a déclaré à IPS, Anton Kruger, responsable de la 'South African Ostrich Business Chamber'(Chambre de commerce sud-africaine pour l'autruche).
Mais, "Nous ne pensons pas pouvoir reprendre l'exportation bientôt, à cause du processus compliqué", a-t-il ajouté. "L'Afrique du Sud et l'Union européenne doivent négocier, au niveau gouvernemental".
Normalement, l'UE consomme 90 pour cent de la viande d'autruche d'Afrique du Sud.
Les déclarations de Kruger ont été reprises en écho par Steve Galane, porte-parole du département de l'Agriculture et des Affaires agraires.
"En tant que pays, nous avons réussi à éradiquer l'épidémie. Mais chaque pays a son propre processus (pour reconnaître ceci)", a-t-il dit dans un entretien avec IPS. "En ce qui nous concerne, (les agriculteurs et les hommes d'affaires) peuvent commencer par exporter immédiatement".
L'interdiction n'a pas affecté les peaux d'autruche, qui sont utilisées pour fabriquer des sacs à main, des chaussures, des blousons et autres articles; les plumes et les coquilles des œufs étaient également exemptées.
Ces produits constituent 65 pour cent des exportations de produits dérivés d'autruche.
"L'interdiction portait seulement sur la viande, les autruches vivantes et les oeufs fertiles qu'on peut faire éclore", a expliqué Kruger.
Didiza a souligné que l'Afrique du Sud veillerait contre une nouvelle épidémie de grippe aviaire.
"Des tests de surveillance serontàeffectués dans des troupeaux d'autruches et de volaille tous les six mois pour confirmer le statut commercial de l'Afrique Sud, exempt de maladie de grippe aviaire", a-t-elle indiqué, mardi dernier.
Selon Kruger, 30.000 oiseaux — 10 pour cent du nombre exporté par an — ont été abattus depuis que le virus a été détecté en août de l'année dernière, en vue de contenir l'épidémie.
L'industrie de l'autruche a essayé de contrer les effets de l'interdiction en augmentant la consommation locale de viande d'autruche.
"Nous sommes heureux que la consommation locale soit passée de cinq pour cent à 25 pour cent depuis août 2004", a déclaré kruger. Toutefois, les producteurs ont dû assumer une perte d'environ 100 millions de dollars — tandis que 4.000 emplois ont été sacrifiés.
Ceci équivaut à près d'un quart des emplois fournis par l'industrie avant l'entrée en vigueur de l'interdiction : les producteurs d'autruche employaient environ 20.000 travailleurs avant la détection du virus.
L'épidémie de grippe aviaire en Afrique du Sud faisait partie d'une pandémie mondiale qui a commencé en 2003, et a rendu obligatoire l'abattage de millions de poules en Asie. Le virus a également tué près de 57 personnes, en Indonésie, au Vietnam, en Thaïlande et au Cambodge, selon un rapport publié le mois dernier par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
"Des signes montrent que le virus H5N1 est maintenant endémique dans certaines parties d'Asie, ayant créé une niche écologique dans la volaille.
Ce risque de nouveaux cas humains persistera, tout comme des occasions de l'émergence d'un virus pandémique", a noté l'étude, intitulée 'Répondre à la menace de la pandémie de grippe aviaire'.
"De nombreux cas sont réapparus malgré des mesures agressives de contrôle, y compris l'abattage de plus de 140 millions de volailles", a-t-il ajouté..
Alors qu'on croit que toutes les espèces d'oiseau (et même les porcs) sont prédisposées à la grippe aviaire, la volaille domestique est particulièrement vulnérable — quelque chose qui a préparé le terrain pour la pandémie asiatique.
La variété du virus détectée en Afrique du Sud, la H5N2, est considérée comme étant moins sévère que la H5N1.

