NAIROBI, 8 sep (IPS) – Des groupes de défense des droits de l'Homme au Kenya ont exprimé des craintes selon lesquelles une section controversée de la loi anti-terrorisme peut être votée à la hâte, à la suite des plaintes des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne estimant que les efforts du pays pour réprimer le terrorisme sont peu satisfaisants.
L'avant-projet de la 'Loi sur la suppression du terrorisme', introduit pour la première fois en 2003, a été retiré l'année dernière suite à de sérieuses critiques.
Amnesty International dit qu'elle est préoccupée par la "définition vague et sommaire" du terrorisme et des actes terroristes dans la loi, et les énormes pouvoirs qu'elle donne aux autorités pour rechercher et garder en détention des personnes en relation avec des activités terroristes. Aux termes de la loi présentée, la police aurait le pouvoir d'arrêter des gens et d'effectuer des perquisitions sans un mandat.
Amnesty a également condamné le "déni du droit à la représentation juridique durant l'interrogatoire" contenu dans le projet de loi, ainsi que d'autres aspects de la loi présentée.
Le projet de loi prévoit des dispositions pour que des suspects soient tenus au secret pour quelque temps après leur arrestation.
Des informations indiquent que les autorités kényanes veulent maintenant introduire à nouveau la législation. Ceci fait suite aux critiques américaines et israéliennes de la décision d'un tribunal kényan de libérer sept personnes impliquées dans un attentat à la bombe contre un hôtel près de la station balnéaire de Mombasa — qui a fait 16 morts en novembre 2002..
(La décision a été rendue en juin).
L'attentat suicide contre l'hôtel israélien a coïncidé avec une tentative d'attentat au missile contre un avion israélien décollant de l'aéroport de Mombasa. Trois autres personnes détenues en relation avec l'affaire ont été acquittées plus tôt cette année après l'incapacité de l'Etat à fournir des preuves suffisantes contre elles.
Le Kenya avait été précédemment victime d'une attaque terroriste en août 1998, où l'ambassade américaine dans la capitale, Nairobi, a été bombardée – faisant plus de 250 morts. Presque simultanément, l'ambassade des Etats-Unis dans la capitale tanzanienne, Dar es Salaam, avait fait l'objet d'un attentat. Les incidents de 1998 et de 2002 ont été liés à al-Qaeda, le réseau terroriste mondial.
Des autorités britanniques ont également dénoncé la façon dont le Kenya aborde le terrorisme.
"Je crois que le Kenya reconnaît que la législation actuelle est moins qu'adéquate", a déclaré à IPS, Ray Kyles, adjoint à l'ambassadeur de Grande-Bretagne au Kenya. "Nous appuierons toute mesure qui renforcera la législation kényane pour combattre le terrorisme. Nous avons eu des discussions sur cela avec ce gouvernement depuis qu'il est arrivé au pouvoir (en décembre 2002)".
Deux attaques ont été lancées contre le système de transport public de la capitale britannique, Londres, en juillet. La première, le 7 juillet, a entraîné la mort d'environ 50 personnes.
La seconde qui n'a pas réussi, s'est déroulée le 21 juillet. Deux des hommes arrêtés en relation avec cet incident ont des liens avec l'Afrique de l'est : Yassin Hassan Omar, âgé de 24 ans, est un ressortissant somalien qui a émigré en Grande-Bretagne à l'âge de 11 ans, tandis que Ibrahim Muktar Said, 27 ans, est venu de l'Erythrée en 1992, lorsqu'il avait 14 ans.
Des groupes de défense des droits craignent que la réponse du Kenya aux critiques contre ses résultats en matière de terrorisme ne se traduise en un vote rapide pour le projet de Loi sur la suppression du terrorisme, dans son état actuel.
"Nous nous méfions de la possibilité que le gouvernement réagisse aux propos de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis sans prendre en considération les violations des droits de l'Homme contenues dans le projet de loi", a déclaré Ekitela Lokaale, responsable de programme à l'Unité de recherche et de plaidoyer de la Commission des droits de l'Homme du Kenya, une organisation non gouvernementale (ONG).
Mbugua Kaba de l'ONG 'People Against Torture' (Tous contre la torture), a souligné : "Nous avons envoyé nos recommandations pour étude au gouvernement et nous attendons maintenant la version revue".
"Nous examinerons cela minutieusement pour voir si c'est satisfaisant.
Dans le cas contraire, nous allons crier de nouveau".
Le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda organisent actuellement un exercice conjoint dans la lutte contre le terrorisme, à Nairobi. L'opération, dénommée 'Trend Marker', se déroule sous les auspices de la Communauté de l'Afrique de l'est (EAC) — une organisation régionale qui regroupe les trois pays.
Des rapports indiquent que les manoeuvres ont pour but d'aider à développer ce que le secrétariat de l'EAC décrit comme des "procédures établies à suivre" pour combattre le terrorisme. Des plans existent également pour mettre en place un réseau conjoint d'informations et de renseignements, qui surveillera les activités terroristes dans la région.
Plus de 150 personnes prendraient part à l'exercice, qui implique des agents de toute une gamme de départements gouvernementaux pouvant entrer en contact avec de potentiels terroristes.
Alors que le Kenya et la Tanzanie ont été la cible d'attaques, des craintes sont fréquemment exprimées sur le degré auquel la Somalie (un autre des Etats voisins du Kenya) pourrait servir de base pour des terroristes internationaux.
Le pays a sombré dans l'anarchie en 1991 après le renversement du dictateur Mohamed Siad Barre par des milices tribales, qui ont divisé plus tard le pays en fiefs rivaux. Des centaines de milliers de Somaliens ont perdu la vie dans le conflit actuel qui a accablé leur pays — et la famine que cette violence a contribué à créer.
Un nouveau gouvernement somalien a été formé l'année dernière au Kenya.
Toutefois, l'administration a été incapable de contrôler la capitale de la Somalie — Mogadiscio — qui est toujours aux mains des chefs de faction.
On craint que des terroristes ne profitent du désordre pour utiliser le pays comme une base pour des opérations.

