MIGRATION-AFRIQUE: A Johannesburg, un petit Maputo

JOHANNESBURG, 2 sep (IPS) – La musique tonne d'un programmateur de musique dans un ghetto, sous la baraque de fortune où Simiao Chichava*, un ressortissant mozambicain, gagne sa vie en réparant des radios et en vendant des cassettes.

Le cadre de toutes ces activités est Ivory Park — un quartier pauvre au nord-est de Johannesburg, la capitale économique sud-africaine. Les passants occasionnels pourraient toutefois être pardonnés s'ils se croyaient au coeur de la capitale du Mozambique, Maputo. Les blagues sont dites en portugais, Shangaan et autres langues du Mozambique, pendant que des colporteurs présentent du poisson séché et fumé ayant un goût qui rappelle le pays à ceux qui ont une fois vécu le long de la côte mozambicaine. Les menuisiers originaires de ce pays voisin de l'est de l'Afrique du Sud travaillent diligemment sur la chaussée, produisant des armoires de cuisine colorées. Les autres immigrants soudent les pots d'échappement des voitures, ou tiennent des "spaza shops" — des boutiques du secteur informel où ils vendent du pain, du lait et d'autres aliments de base. Beaucoup, peut-être la majorité, de ces expatriés sont illégaux en Afrique du Sud. Mais même dans leur manière d'éviter l'arrestation et l'expulsion, ces immigrants font souvent preuve d'une capacité impressionnante de survie dans un climat économique difficile. D'autres ont trouvé leur nouveau pays moins accueillant. Pendant la guerre civile de 16 années du Mozambique, des centaines de milliers de gens ont fuit vers l'Afrique du Sud pour échapper au combat, venant gonfler le nombre de ceux qui traversaient la frontière pour trouver du travail dans les mines d'or sud-africaines. Des recherches effectuées par le Programme d'études de la migration forcée de l'Université du Witwatersrand, basée à Johannesburg, indiquent que 240.000 réfugiés du temps de la guerre ont décidé de rester en Afrique du Sud plutôt que de retourner chez eux quand le conflit a pris fin dans leur pays en 1992. Depuis lors, la trop grande pauvreté au Mozambique a provoqué un flot continu d'immigrants économiques illégaux en Afrique du Sud – même si le ministère de l'Intérieur n'a pu fournir à IPS une estimation du nombre de Mozambicains qui habitent dans le pays sans documents appropriés. Ceux qui se sont installés à Ivory Park ont monté leur boutique là où ils le pouvaient. "Au Mozambique il y a peu d'emplois, les gens apprennent donc à travailler très jeunes", déclare Manuel Pedro, 26 ans, un colporteur qui a voyagé de son village natal, dans la province du nord-est du Mozambique, Inhambane, vers la capitale, Maputo, avant de traverser illégalement la frontière en 2001 pour vivre à Ivoiry Park. Son oncle vit également dans le quartier. L'année dernière, Pedro a été arrêté et expulsé vers le Mozambique. Il s'est rapidement résolu à retourner en Afrique du Sud : deux mois plus tard, il était de retour à Ivory Park. Pedro loue une cabane en fer blanc d'une pièce pour environ 23 dollars le mois. Juste après son arrivée en Afrique du Sud, il a travaillé pour une compagnie de pavage, mais il a démissionné après une année. Actuellement, il quitte sa maison chaque matin pour marcher sur trois kilomètres jusqu'au nouveau faubourg de classe moyenne, Ebony Park, où il entretient des jardins. Quand le mois est bon, Pedro gagne environ 77 dollars — mais quelquefois, il s'estime chanceux s'il arrive simplement à payer son loyer. La vie à Johannesburg n'a pas été aussi lucrative qu'il l'espérait, dit Pedro; par moments, ses clients refusent de le payer. "Quelquefois, tu travailles pour quelqu'un et quand le moment convenu du paiement arrive, il te raconte des histoires. Ils savent que nous ne pouvons pas aller nous plaindre à la police parce que nous n'avons pas de papiers". Néanmoins, le retour au Mozambique est hors de question. "Vous savez, il n'y a rien au pays. Les gens cultivent la terre ou vont à la pêche, mais il n'y a pas d'argent. Pourquoi dois-je retourner à une telle vie?", demande-t-il. Pedro est maintenant dans le processus de création d'une entreprise de construction. Le mois dernier, il a eu son premier client à Ebony Park, qui lui a demandé d'ériger un mur de sécurité autour de sa propriété.. Pour faire ce travail, Pedro a employé deux de ses compatriotes qui sont des maçons qualifiés, payés à environ 15 dollars par jour. De retour à la baraque en fer blanc et en bois de Simiao Chichava, une histoire semblable revient. Chichava, 32 ans, est arrivé en Afrique du Sud il y a deux ans avec rien sur lui à part les vêtements qu'il portait. Il avait espéré qu'il y aurait des travaux en abondance au Mozambique après la guerre, mais il se retrouve maintenant à Ivory Park. Dans une bonne semaine, il gagne environ 46 dollars. "Il y a maintenant la paix à Maputo, mais nous luttons pour avoir un emploi. Mes frères au pays sont des pêcheurs, mais il y a déjà trop de gens qui font ce travail. La rémunération n'est pas si bonne", dit Chichava. Selon le dernier Rapport sur le développement humain, publié par le Programme des Nations Unies pour le développement, plus du tiers des Mozambicains — 37,9 pour cent — vivent en dessous du seuil de pauvreté d'un dollar par jour. Mais le succès peut parfois attirer des ennuis. L'année dernière, une bande, qui avait accusé des Mozambicains d'arracher des emplois et de monopoliser le commerce dans un quartier informel proche de Rustenburg, au nord-ouest de Johannesburg, a incendié une petite épicerie. Son propriétaire, brûlé dans l'incendie, en est mort. Cet incident est juste un exemple de la marée montante de xénophobie en Afrique du Sud, qui est étroitement associée au taux élevé de chômage dans le pays. Les chiffres les plus récents fournis par l'institut national de statistiques, 'Statistics South Africa', indiquent un taux de chômage de 26,5 pour cent, alors que des estimations officieuses disent que ce taux est proche de 40 pour cent. A une conférence tenue au début du mois d'août à Johannesburg, des délégués ont noté que la situation des étrangers est aggravée par l'hostilité de la police envers les immigrés légaux et illégaux, et le portrait régulièrement négatif, dans les médias, des ressortissants de certains pays – en particulier le Nigeria. Face avec cette combinaison de pauvreté au pays et d'hostilité en Afrique du Sud, les Mozambicains à Ivory Park et dans les agglomérations similaires se retrouvent dans une situation délicate. Pour le moment, il leur semble préférable, en dépit de tout, de tenter d'implanter leurs racines dans leur pays d'adoption plutôt que de retourner chez eux. * Les noms ont été changés pour protéger les identités des personnes concernées. *****