KHARTOUM, 5 août (IPS) – Salva Kiir Mayardit, le commandant adjoint du Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A), a remplacé, cette semaine, John Garang décédé le week-end dernier dans un accident d'hélicoptère, et il assumera la fonction de vice-président du Soudan.
Mais, de graves incidents ont éclaté dans le pays suite à la nouvelle de la mort du vice-président et ancien chef rebelle Garang. Les rues de la capitale du Soudan, Khartoum, ont été en proie à un chaos au début de cette semaine lorsque des ressortissants du sud du pays ont fait exploser des bombes artisanales et ont engagé des échanges de coups de feu avec les forces de l'ordre.
Le gouvernement soudanais a déclaré que le décès est survenu dimanche (31 juillet) lorsque l'hélicoptère transportant Garang s'est écrasé contre une montagne dans le sud à un moment où les conditions atmosphériques étaient mauvaises. Les Nations Unies ont confirmé cette déclaration — mais les rumeurs selon lesquelles Garang serait mort à la suite d'une conspiration du gouvernement, courent encore dans Khartoum. Cette situation a déclenché les violentes manifestations.
Les autorités déclarent que ces allégations sont infondées, et ont mis en garde contre les théories de la conspiration. "Nous ne pouvons pas nous laisser aller aux spéculations actuellement, nous sommes dans une période de deuil", a indiqué Rashid Khider, secrétaire général du Conseil d'information extérieure, répondant aux rumeurs selon lesquelles l'hélicoptère de Garang a été abattu intentionnellement. Khider a ajouté que l'ancien chef rebelle voyageait sur un avion ougandais après une visite officielle en Ouganda et que les autorités soudanaises ne connaissaient pas tellement ses plans de vol. Cependant, autour de la mi-journée du lundi (1er août), un silence s'est emparé de Khartoum quand des véhicules et autobus ont subitement déserté les rues. Aux premiers coups de feu, les femmes couraient chercher refuge dans les bâtiments tandis que les hommes s'éloignaient de manière furtive des zones de tirs.
Dans le centre de Khartoum, des civils sont montés sur les toits d'où elles pouvaient voir une fumée noire émanant du palais présidentiel où se trouvaient les bureaux du président Omar Al-Bashir; un peu plus tard, des volutes de fumée fusaient de trois différentes parties de la ville. La police a demandé aux populations civiles de descendre des toits; les forces de sécurité pouvaient alors surveiller la ville à partir des toits.
Les travailleurs humanitaires dans les riches faubourgs de Amarat ont dit que le combat s'est étendu dans la zone où de jeunes hommes lançaient des briques et des pierres sur des véhicules. Des coups de feu et des explosions étaient entendus pendant tout l'après-midi dans la majeure partie de Khartoum. Les habitants n'avaient pas beaucoup de choses à dire dans la mesure où ils se sont barricadées dans les bureaux et les maisons, certaines étaient sûres qu'un état d'urgence allait être instauré – ce qui les mettait sur leur garde pour répondre aux questions. La police et le personnel de l'armée, qui se trouvaient le long des rues de Khartoum, ont renvoyé les piétons et les conducteurs de véhicules qui essayaient d'atteindre le centre-ville. Des camionnettes bourrées d'agents des forces de sécurité sillonnèrent la ville. Des hommes armés en tenue civile se sont également relayés en posant des questions aux conducteurs, même si personne ne savait si les hommes étaient des agents des forces de sécurité en civil, ou, comme le disaient certaines personnes, des civils qui ont pris des armes pour se protéger. Un reporter a été témoin d'un incident où un homme, qui cherchait des informations relatives à la violence, a été battu par la police soudanaise et des hommes en tenue civile. L'homme a reçu des coups de pied pendant qu'il était au sol, il a été ensuite traîné loin par la police. Khartoum a connu un calme précaire tôt dans l'après-midi, environ quatre heures après le début des hostilités. Les commerçants sont sortis pour inspecter les dommages subis par leurs boutiques, beaucoup n'ont pas perdu de temps pour dégager les vitrines fracassées et balayer les produits maraîchers écrasés. Les gens ont également profité de la restauration du réseau de téléphone cellulaire pour contacter les membres de leurs familles et leurs amis. Plus tard, le gouvernement a imposé un couvre-feu, les seuls bruits qu'on pouvait entendre étaient le klaxon des sirènes des véhicules d'urgence qui traversaient la ville. Le gouvernement a également publié un communiqué de presse appelant tous les citoyens à garder leur calme.
Certaines personnes craignent que la mort de Garang ne compromette l'accord de paix de janvier qui a mis fin à la guerre entre le gouvernement islamiste du nord du Soudan et les rebelles du sud, membres du SPLM/A. La nomination de Garang au poste de vice-président, qui faisait partie de l'accord, a amené ce dernier à retourner à Khartoum pour la première fois depuis deux décennies : il avait été investi le 9 juillet.
Mais l'administration insiste pour dire que l'accord de paix survivra à la mort du dirigeant rebelle.
"Le processus de paix a été conclu par Dr John Garang et le gouvernement du Soudan, et les deux parties croient que ce processus est une propriété du peuple soudanais. Il n'appartient ni à Garang ni à Bashir. Il n'a rien à voir avec des personnalités", a déclaré Khider. Cette affirmation est confirmée par la nomination de Kiir Mayardit pour succéder à Garang dans la fonction de vice-président du Soudan. Mais si des dispositions sont en train d'être prises pour que le gouvernement soudanais continue de travailler, certaines personnes ont du mal à digérer la mort du l'ancien dirigeant rebelle. "Il est vivant. Personne ne peut le tuer — Je ne le crois pas. S'il est mort, je mourrai aussi, là sur place. S'il est mort dans la rue, je mourrai également", dit Willam, un Soudanais du sud qui a refusé de donner son nom de famille. D'autres personnes trouvent des raisons d'être optimistes. "La paix continue", a déclaré Santos McCoy, un artiste et enseignant qui vit à Khartoum. "La paix continue. Tout va bien".

