SOMMET-G8: ''Nous faisons des progrès, étant donné d'où nous venons''

JOHANNESBURG, 5 juil (IPS) – Des exigences de bonne gouvernance et d'action vigoureuse contre la corruption pourraient éclipser les appels en faveur d'une aide accrue à l'Afrique lorsque les dirigeants du Groupe des huit (G8) se réuniront cette semaine en Ecosse pour leur sommet annuel, craignent des universitaires et groupes de la société civile africains.

En conséquence, ils ont demandé aux principales nations industrialisées qui composent le G8 de ne pas voir le continent le plus pauvre du monde simplement à travers les lentilles de la corruption et de la mauvaise gestion.

"Il existe une volonté politique de s'attaquer à la corruption. Il y a quelques Etats (en Afrique) comme l'Afrique du Sud qui sont en train de s'attaquer à la corruption même au plus haut niveau", a déclaré à IPS, Prince Mashele, un chercheur à l'Institut des études sur la sécurité, basé dans la capitale sud-africaine, Pretoria.

Mashele a cité le limogeage, le mois dernier, du vice-président sud-africain Jacob Zuma pour les relations corrompues qu'il était supposé avoir eues avec son ancien conseiller financier, Schabir Shaik.

Le juge de la Haute cour Hillary Squires a prononcé une condamnation à 15 ans d'emprisonnement contre Shaik en mai après qu'il a été reconnu coupable d'avoir payé environ 195.000 dollars à Zuma en échange de son aide dans la promotion de ses intérêts commerciaux. Shaik a été également reconnu coupable d'avoir demandé un pot de vin d'une compagnie d'armes française, en échange de sa promotion pendant une transaction d'acquisition d'armes de plusieurs milliards de dollars — et sa protection durant une enquête éventuelle sur ce marché.

Pour sa part, Charles Mutasa — directeur exécutif intérimaire du 'African Forum and Network on Debt and Development' (Forum et réseau africains sur la dette et le développement) basé au Zimbabwe – a attiré l'attention sur le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP), instauré dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). Le NEPAD cherche à attirer plus de 60 milliards de dollars d'investissement sur le continent en échange d'une bonne gouvernance.

Jusqu'ici, seuls le Rwanda et le Ghana ont eu à traiter avec le MAEP qui permet aux nations de se soumettre volontairement à l'examen sur une vaste série de questions, dont une administration saine et le respect des droits de l'Homme.

Mais, ajoute Mashele, les premiers signes sur le mécanisme sont positifs.

"Dans le rapport, le Rwanda a été accusé de ne pas faire assez pour faire respecter les droits de l'Homme et pour lutter contre la corruption. Ceci a été rapporté sans censure : ce sont des développements encourageants en Afrique", indique-t-il.

Malgré les progrès sur ces fronts, Mutasa avertit que plusieurs défis demeurent dans la lutte du continent pour extirper la corruption.

"L'Afrique ne fait pas assez pour combattre la corruption pour différentes raisons. La lutte contre la corruption requiert des ressources, financières et humaines, intellectuelles ainsi qu'une volonté politique", note-t-il.

L'ancien chef de la lutte contre la corruption du Kenya, John Githongo, est l'un de ceux à qui on a demandé de faire le bilan de la démonstration d'une telle volonté.

Il a démissionné de son poste en février — ceci après avoir constaté, parait-il, que ses efforts pour réduire la corruption étaient entravés par des éléments au sein d'un gouvernement qui a, ironie du sort, été élu sur une plate-forme anti-corruption en 2002.

De l'autre côté du continent, le Nigeria est actuellement engagé dans le difficile exercice pour essayer de récupérer de l'argent volé par l'ancien dictateur militaire Sani Abacha entre 1993 et 1997.

'ActionAid International', basé dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg, estime que 1,3 milliard de dollars de l'argent pillé par la famille d'Abacha a été placé dans plus de 20 banques à Londres. Des activistes ont déploré pendant longtemps le fait que des gouvernements occidentaux — prompts à demander une action contre la corruption en Afrique — soient moins vigoureux pour s'assurer que des gens et des entreprises dans leurs propres pays ont des mains propres.

"La corruption n'est pas seulement confinée à l'Afrique, c'est un problème mondial", a dit à IPS, Sanusha Naidu, un spécialiste en recherche au Conseil de recherche en sciences humaines, basé à Pretoria.

Dans un document intitulé 'Responsabilités des entreprises' ActionAid International note que 32 firmes basées dans des pays du G8 seraient, d'après les Nations Unies, impliquées dans l'extraction de ressources naturelles en République démocratique du Congo — ceci en violation des principes publiés par l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE). (L'OCDE basée à Paris, comprenant 30 pays, a été créée pour aider ses membres à s'attaquer aux défis liés à l'économie mondiale).

L'exploitation illicite des ressources congolaises a aidé à alimenter une guerre civile de cinq ans dans le pays, qui a fait près de quatre millions de morts — aussi bien pendant le conflit qu'à travers la maladie et la faim.

"D'un autre côté, le G8 demande une meilleure gouvernance au sein des nations africaines pour s'assurer que l'argent de l'aide et des budgets publics plus importants issus de l'allègement de la dette parviennent aux populations les plus pauvres, qui en ont le plus besoin", souligne ActionAid.

"D'autre part, ils se déchargent eux-mêmes de leur devoir d'assurer une meilleure gouvernance parmi les compagnies mêmes qu'ils perçoivent comme étant un moyen essentiel pour apporter le développement en Afrique".

Tout compte fait, Mashele dit que le G8 devrait faire attention à ne pas juger trop sévèrement l'Afrique.

"Nous sortons d'une culture terrible de dictature. Durant les dictatures militaires sur le continent, vous ne pouviez même pas élever la voix à propos de la corruption. Maintenant, un espace a été créé pour que les ONG (organisations non gouvernementales) et les sociétés civiles soulèvent avec véhémence des questions de corruption", a-t-il souligné.

"Ceci montre que nous sommes en bonne voie, si on considère le point d'où nous sommes venus".

Des sentiments similaires ont été exprimés par Desmond Rose, secrétaire général de l'ONG 'For a Better Life' (Pour une vie meilleure).

"Plusieurs bonnes choses – comme le rôle qui est joué actuellement par le secteur privé et les groupes à la base dans l'allègement de la pauvreté – se passent en Afrique. (Mais) personne ne les rapporte", a-t-il indiqué dans un entretien avec IPS.

Le groupe de Rose, également basé à Johannesburg, est impliqué dans une campagne pour améliorer l'image de l'Afrique.