POLITIQUE-AFRIQUE DU SUD: Un procès qui ''ne sonne pas la fin politique''

JOHANNESBURG, 17 juin (IPS) – Le scandale sur la corruption dans un contrat d'armes de cinq milliards de dollars qui tient l'affiche en Afrique du Sud depuis longtemps, a passé une étape décisive mardi avec le limogeage du vice-président Jacob Zuma.

Toutefois, on n'a aucune certitude que cette démission sonnera le glas de l'avenir de ce responsable dans la politique.

L'annonce du départ de Zuma a été faite par le président Thabo Mbeki durant une session spéciale du parlement dans la ville côtière du Cap. Cela fait suite au récent verdict dans le procès du conseiller financier de Zuma, Schabir Shaik, qui a été reconnu coupable de plusieurs chefs d'accusation.

Au nombre de ceux-ci, figure le fait d'avoir sollicité auprès de la société française Thomson CSF – appelée maintenant Thalès – un pot-de-vin au nom de Zuma en échange de son soutien durant le processus d'acquisition des armes, et de la mise à l'écart de la firme pendant une enquête ultérieure sur sa conduite.

Cependant, "je ne pense pas ce soit la fin de sa carrière politique. Zuma jouit d'un large soutien au sein de l'ANC (le Congrès national africain au pouvoir)", a déclaré Ibrahim Fakir du Centre d'études politiques basé à Johannesburg.

"Il est également très populaire dans le KwaZulu-Natal où il a mis fin à la violence entre les partisans de l'ANC et ceux de l'Inkhata dans les années 1990".

La province du KwaZulu-Natal, dans le sud-est, est le bastion de l'Inkatha Freedom Party (IFP) de l'opposition, un groupe composé essentiellement de Zulu.

Le conflit entre les militants de l'ANC et ceux de l'IFP a fait des milliers de morts durant la transition de l'Afrique du Sud vers la démocratie au début des années 1990 – ne se réduisant qu'après la fin de l'apartheid en 1994.

Zuma, lui-même un Zulu, était perçu comme quelqu'un qui pouvait combler le fossé entre l'ANC et l'IFP.

"Il demeure vice-président de l'ANC. C'est un poste très influent", a ajouté Fakir. "Si la procédure prévue suit son cours selon la loi et que Zuma n'est pas reconnu coupable, il peut se remettre très vite".

Zuma n'a pas été jugé en relation avec le pot-de-vin sollicité auprès de Thalès/Thomson CSF ou avec toute autre question. En 2003, la 'National Prosecuting Authority' (l'Autorité nationale des poursuites) a conclu que même s'il y avait une certaine quantité de preuves contre l'ancien vice-président concernant le contrat d'armes, elle n'était pas assez irréfutable pour le déclarer coupable.

Durant son discours au parlement mardi, Mbeki s'est donné beaucoup de mal pour souligner que son ancien vice-président n'avait pas encore eu à s'expliquer. Toutefois, des affirmations persistantes selon lesquelles Zuma était impliqué dans la corruption entourant l'acquisition d'armements (des informations d'après lesquelles il faisait l'objet d'une enquête entamée pour la première fois en 2002) ont finalement transformé Zuma en un handicap politique.

"Les circonstances dictent, dans l'intérêt de l'honorable vice-président, du gouvernement, de notre jeune système démocratique et de notre pays, qu'il serait mieux de décharger l'honorable Jacob Zuma de ses responsabilités en tant que vice-président de la République et membre du gouvernement", a déclaré Mbeki aux députés attentifs.

En réponse à son éviction, Zuma s'en est pris à tout le monde sauf à lui-même.

"Ma conscience est dégagée. Je n'ai commis aucun crime contre l'Etat ou le peuple d'Afrique du Sud. Je soutiens néanmoins que j'ai été traité d'une façon extrêmement injuste tout au long de toute la débâcle durant cinq ans environ", a-t-il dit aux journalistes au Cap, peu de temps après la session parlementaire.

"J'ai été jugé par les médias et condamné en fait par contumace. On ne m'a pas donné l'opportunité de me défendre contre les allégations faites, dans un forum approprié. Pourtant, notre constitution dit que tout individu est innocent jusqu'à ce que sa culpabilité soit établie".

Zuma a poursuivi en disant qu'il attendait avec impatience une nouvelle collaboration avec Mbeki en sa qualité de vice-président de l'ANC.

Des inquiétudes subsistent quant au fait de savoir si Zuma peut raisonnablement continuer à ce poste, qui lui donne un rôle déterminant dans l'arène politique dont il vient juste d'être exclu. Toutefois, le Congrès des syndicats d'Afrique du Sud (COSATU) et le Parti communiste sud-africain – qui sont en alliance avec l'ANC – n'ont pas failli dans leur soutien à Zuma. La ligue des jeunes du parti au pouvoir et la ligue des femmes ont également apporté tout leur soutien à l'ancien vice-président. Zuma est typiquement décrit comme l'antithèse sympathique de Mbeki beaucoup plus sévère, capable de recueillir un soutien substantiel à l'ANC à des moments où ses politiques d'économie de marché ont mis à rude épreuve l'alliance. Même si les opinions varient sur la cordialité des relations entre les deux hommes, très peu doutent que la décision du président de virer Zuma ait été prise sans quelques jours de nuits blanches.

"Il a été extrêmement difficile à Mbeki de prendre cette décision.. C'est un homme qu'il connaissait depuis 30 ans", a indiqué à IPS, David Monyae, un professeur de relations internationales à l'Université de Witwatersrand, basée à Johannesburg. Mbeki et Zuma se sont rencontrés pour la première fois durant la lutte contre l'apartheid, au moment où ils travaillaient ensemble dans l'ANC, à l'étranger.

La démission de Zuma survient à un moment où l'Afrique du Sud mène une campagne pour améliorer l'image de l'Afrique en servant de médiateur dans divers conflits à travers le continent, et en faisant la promotion du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). Cette initiative vise à attirer l'investissement étranger sur le continent à travers l'amélioration des critères de gouvernance dans les pays africains.

L'ancien vice-président était lui-même l'un des principaux médiateurs dans les pourparlers pour mettre fin à la guerre civile du Burundi.

Mbeki a dit mardi qu'il annoncerait bientôt un remplaçant pour Zuma. Parmi les noms qui sont agités, figurent ceux du ministre des Affaires étrangères Nkosazana Dlamini Zuma, le ministre de l'Energie et des mines Phumzile Mlambo-Ngcuka et le secrétaire général de l'ANC Kgalema Motlanthe.

Alors que le débat sur la question se poursuit, la 'National Prosecuting Authority' serait une fois encore en train d'étudier s'il faut oui ou non engager des poursuites contre Zuma.

Pour sa part, Schabir Shaik fait appel du verdict de son procès, qui l'a vu condamner à 15 ans d'emprisonnement. Shaik a été également reconnu coupable d'avoir payé à Zuma près de 180.000 dollars en échange d'une aide de l'ancien vice-président dans le développement de son empire commercial.

Le juge du procès, Hillary Squires, a constaté que les deux hommes avaient cultivé une "relation généralement corrompue".