POLITIQUE: Des craintes d'une reprise des combats en Somalie

NAIROBI, 7 juin (IPS) – Si le président Abdullahi Yusuf avait été suivi, le gouvernement de transition de Somalie, qui opère depuis le Kenya voisin où il est en exil, s'installerait à Baidoa, à quelque 220 kilomètres au sud-ouest de la capitale Mogadiscio. Son autre choix est Jowhar, une ville située à environ 90 km au nord-ouest de Mogadiscio.

Yusuf jouit de très peu de soutien dans la capitale, qui est contrôlée par une armée de miliciens hétéroclites sans foi ni loi. Il préfère s'installer temporairement à Baidoa ou à Jowhar, jusqu'à ce que toutes les milices à Mogadiscio soient désarmées et que la sécurité soit restaurée.

Mais les préoccupations de Yusuf ne sont pas partagées par certains députés principalement (ceux) de Mogadiscio. Ils exigent que le gouvernement s'installe dans la capitale comme l'a stipulé la constitution de transition.

Le gouvernement de transition de la Somalie a été formé dans la capitale kényane, Nairobi, au début de cette année, suite à des préoccupations relatives à la sécurité dans ce pays de la Corne de l'Afrique.

Malheureusement pour Yusuf, des combats ont éclaté à Baidoa au début de la semaine dernière, augmentant davantage le désaccord au sein du gouvernement, à propos du transfert.

Treize personnes ont été tuées et 29 autres blessées dans les affrontements, selon le porte-parole du président, Yusuf Baribari. "Nous regrettons ce qui s'est passé. Nous demandons à ceux qui sont impliqués de s'abstenir de toute escalade supplémentaire, notamment lorsque cela doit entraîner des pertes en vies humaines", a-t-il dit aux journalistes à Nairobi le 31 mai.

"Ceux qui sont opposés au plan de transfert sont contre la paix et notamment la sécurité de la communauté somalienne. Il est malheureux qu'après 14 ans de guerre, il puisse encore y avoir des pertes en vies humaines dans notre région. Ceci est réellement malheureux", a ajouté Baribari.

La Somalie a glissé dans le chaos après la chute du dictateur Mohammed Siad Barre en 1991. Depuis lors, le pays est dirigé par des seigneurs de guerre dont certains ont déclaré l'autonomie ou l'indépendance : Puntland, une région du nord-est par exemple, fonctionne indépendamment, alors que la Somaliland, une ancienne colonie britannique, qui se confondait avec le reste de la Somalie dans les années 1960, cherche actuellement une reconnaissance internationale en tant qu'Etat indépendant.

Les combats dans Baidoa, une ville contrôlée par le législateur Mohammed Ibrahim Habsade, faisaient suite à des attaques des forces loyales aux ministres Sheikh Aden Madobe et Hassan Mohammed Nur "Shatigadud", qui supportent tous deux la décision du président Yusuf de s'installer à Baidoa.

Habsade préfère que le gouvernement siège à Mogadiscio; il craint de perdre le contrôle de la ville, si le pouvoir est exercé depuis Baidoa, selon des sources somaliennes. Des craintes du genre sont aggravées par la proximité de Baidoa avec l'Ethiopie voisine, qui a été accusée de fournir des armes aux partisans du président Yusuf.

Ce n'est pas la première fois que le nom de l'Ethiopie figurait dans les affaires internes de la Somalie. Le mois dernier, dix ministres et parlementaires somaliens ont accusé l'Ethiopie d'armer des milices à Baidoa. Ils ont dit que l'interférence de l'Ethiopie allait alimenter le conflit dans la région.

"Nous considérons ces actes du gouvernement éthiopien comme illégaux. Nous demandons à la communauté internationale, en particulier au Conseil de sécurité des Nations Unies, d'arrêter l'Ethiopie, une fois pour toutes, dans son agression vis-à-vis du peuple somali", a indiqué aux journalistes, le député Abdalla Haji Ali, à Nairobi.

Les autorités éthiopiennes ont réfuté ces allégations. "Ces affirmations sont dénuées de tout fondement. Nous avons été, pendant longtemps, impliquées dans le processus de paix de la Somalie. Ce n'est pas logique d'essayer d'obtenir la paix pour la Somalie, et ensuite, de provoquer à nouveau la guerre. Nous ne pouvons en aucun cas être impliqués dans les accrochages", a déclaré à IPS, AbdulAziz Ahmed, envoyé spécial de l'Ethiopie au processus de paix somalien, le 2 juin.

Le processus de paix, qui a démarré au Kenya en 2002, était une initiative de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), un organisme régional comprenant l'Ethiopie, le Kenya, le Soudan, la Somalie, Djibouti, l'Erythrée et l'Ouganda. Cherchant à mettre fin à la guerre civile de 14 ans en Somalie, l'IGAD a joué un rôle clé dans la formation du nouveau gouvernement du pays, ainsi que dans des pressions pour une installation rapide de la nouvelle administration en Somalie.

Néanmoins, le gouvernement somalien soutient que le processus de déménagement est en cours, et sera mis en œuvre comme l'avaient décidé une majorité des 275 parlementaires du pays qui avaient récemment voté pour qu'il ait des sites opérationnels à Baidoa et à Jowhar et un bureau de liaison à Mogadiscio. "Le cabinet du président sera installé en Somalie dès que possible", a déclaré Baribari, sans donner plus de précision.

Des critiques prétendent que l'hostilité qui a accompagné les discussions sur le déménagement peut retarder le déplacement du gouvernement de transition vers la Somalie.

En mars, des discussions sur un plan de réinstallation ont dégénéré en affrontements physiques lorsque des politiciens somaliens réunis à Nairobi ont échangé des coups de poing et se sont jetés des chaises, occasionnant de graves blessures.

Le gouvernement de la Somalie est en pourparlers avec l'Union africaine (UA), un regroupement de plus de 50 pays, sur le déploiement de troupes de maintien de la paix pour le protéger en attendant le déménagement.

Mais des inquiétudes ont été soulevées par rapport à la situation sécuritaire en Somalie. Selon la British Broadcasting Corporation (BBC), même si l'UA a accepté de déployer quelque 1.700 soldats en Somalie, elle ne le ferait que si la sécurité était garantie.