JOHANNESBURG, 3 juin (IPS) – Un rapport de Human Rights Watch basé à New York affirme que la compétition pour l'or en République démocratique du Congo (RDC) a conduit à des violations généralisées des droits de l'Homme dans ce pays d'Afrique centrale.
Selon 'La malédiction de l'or', publié mercredi, des milices tribales soutenues par l'Ouganda et le Rwanda se sont combattues pour le contrôle des importants gisements d'or dans le nord-est de la RDC, au moment où la région luttait pour sortir de la guerre civile.
De 2002 jusqu'en 2004, près de 2.000 civils ont été tués et des dizaines de milliers déplacés dans la bataille pour l'une des plus grandes régions minières, Mongbwalu – ceci alors que des miliciens cherchaient à s'enrichir à partir de l'or, dont les profits finançaient également leur effort de guerre.
Des tueries ayant une motivation ethnique, la torture et le viol ont été également enregistrés dans la course effrénée pour les réserves du minerai.
Human Rights Watch (HRW) décrit les milices, le Front des nationalistes intégrationnistes (FNI) et l'Union des patriotes congolais (UPC), comme étant des "mandataires" de l'Ouganda et du Rwanda, qui ont occupé le Congo-Kinshasa durant la guerre civile de cinq ans qu'a connue le pays (1998-2003).
Des investigations faites par les Nations Unies ont révélé que l'Ouganda et le Rwanda étaient eux-mêmes coupables d'exploitation illégale de ressources en RDC pendant la guerre, dans laquelle ils ont soutenu divers groupes rebelles.
"Les soldats (de l'Ouganda) contrôlaient directement les régions riches en or et obligeaient des mineurs à extraire de l'or à leur profit. Ils battaient et arrêtaient arbitrairement ceux qui résistaient à leurs ordres", observe le rapport de HWR, ajoutant que de l'or d'une valeur de plus de neuf millions de dollars serait passé dans des mains d'Ougandais pendant la guerre.
Le groupe de défense des droits souligne que la période d'après-guerre en RDC a vu AngloGold Ashanti, un grand producteur d'or, monter des opérations non loin de Mongbwalu, après avoir apporté "un appui financier et logistique" au FNI. Ceci a été fait malgré la mauvaise réputation du groupe en matière de droits de l'Homme – et le fait qu'il soit resté en dehors du processus de paix congolais.
AngloGold Ashanti, une filiale du groupe international d'exploitation minière Anglo American, aurait payé 8.000 dollars au FNI. Alors que la compagnie avait déjà obtenu des droits de concessions d'or dans la région en 1996, l'avènement de la guerre a obligé AngloGold Ashanti à se retirer de la RDC jusqu'à la fin de 2003.
HWR souligne par ailleurs que l'or exploité sous la contrainte pour les groupes armés continue d'être exporté vers l'Ouganda, d'où il est vendu sur le marché international. Ceci a fait de l'or la troisième plus grosse exportation de ce pays d'Afrique de l'est, même si l'Ouganda n'a manifestement pas la capacité de produire localement des quantités substantielles du minerai.
"Des statistiques officielles montrent que la production ougandaise d'or représente moins de un pour cent des exportations officielles d'or. Lorsque nous avons demandé aux représentants du ministère de l'Energie et du développement des Mines d'expliquer cette différence, ils ont refusé de faire de commentaire", a déclaré Anneke Van Woudenberg, un chercheur principal au HWR, à une conférence de presse, à Johannesburg, mercredi.
"L'or est sorti en contrebande du Congo et lorsqu'il arrive en Ouganda, il devient légal. Ensuite, un certificat est délivré pour l'exporter vers l'Europe et au-delà", a-t-elle ajouté.
L'Ouganda a nié toute implication dans le pillage des ressources du Congo.
Le gouvernement de Kampala s'est rendu la première fois en RDC pour aider à déposer le dictateur de longue date, Mobutu Sese Seko – et s'est plus tard retourné contre l'homme installé à sa place : Laurent Désiré Kabila.
Lorsque l'Ouganda et le Rwanda ont commencé par soutenir les rivaux de Kabila, le dirigeant congolais et son successeur – son fils, Joseph – ont sollicité le soutien de l'Angola, de la Namibie et du Zimbabwe. L'ONU a également montré du doigt le Zimbabwe concernant l'exploitation illégale des ressources congolaises. Comme l'Ouganda, le Rwanda et le Zimbabwe réfutent de telles allégations.
AngloGold Ashanti, à son tour, s'est montrée hostile à l'égard du rapport du HWR.
A une conférence de presse impromptue organisée à Johannesburg mercredi, le directeur général de la société, Bobby Godsell, a qualifié le document "d'inéquitable, d'injuste, d'inutile et de défectueux".
Néanmoins, la compagnie a admis avoir fait des paiements au FNI.
"Nous avons reconnu le paiement fait par AngloGold Ashanti au FNI en janvier (2005), d'une somme extorquée de 8.000 dollars, et d'autres sommes s'élevant à environ 1.000 dollars l'année dernière en ce qui concerne un arrangement autorisé relatif à la cargaison livrée sur la piste d'atterrissage locale", a déclaré AngloGold Ashanti.
"AngloGold Ashanti ne supporte pas et ne supportera aucune milice ni aucun autre groupe dont les actions constituent une atteinte aux efforts pour parvenir à la paix et la démocratie (en RDC)", a ajouté la firme. "Au cas où nous nous trouverions dans une situation où des pressions sont exercées sur notre personnel encore afin de céder à des demandes exorbitantes, nous considérerons cela comme des motifs de notre retrait du projet d'exploration".
Des militants de défense des droits verraient cela, sans aucun doute, comme une stratégie qui aurait dû être adoptée plus tôt.
"Comme une entreprise attentive à la responsabilité sociale collective, AngloGold Ashanti aurait dû attendre jusqu'au moment où elle pourra travailler à Mongbwalu sans avoir à entretenir des rapports avec des seigneurs de la guerre excessifs", a indiqué Van Woudenburg dans un communiqué de presse du HRW rendu public mercredi.
"Le Congo a désespérément besoin de l'investissement dans les affaires pour aider à reconstruire le pays, mais un tel engagement commercial ne doit fournir aucun soutien aux groupes armés responsables de crimes contre l'humanité", a-t-elle ajouté.
Une société d'affinage de l'or basée en Suisse, Metalor Technologies, est également citée dans le rapport de HWR, qui indique qu'elle a acheté de l'or potentiellement suspect d'Ouganda. Mais, après des consultations avec le groupe de défense des droits, Metalor a annoncé la suspension des achats d'or de l'Ouganda.
Van Woudenberg croit que le déploiement de soldats de paix de l'ONU et de troupes gouvernementales amènera finalement sous contrôle des milices dans le nord-est du Congo et empêchera la contrebande massive de l'or vers l'Ouganda.
A l'heure actuelle, une force de quelque 17.000 soldats de la paix est déployée de façon éparse sur le vaste territoire de la RDC, en vue de rendre les régions éloignées gouvernables en prélude aux élections qui devraient avoir lieu ce mois de juin, mais qui reportées à une date ultérieure, peut-être l'année prochaine, pour des raisons d'impréparation.
Le Congo est actuellement dirigé par un gouvernement intérimaire d'union nationale, présidé par Joseph Kabila.
Environ quatre millions de personnes seraient mortes dans la guerre civile du pays, aussi bien comme le résultat direct du conflit, que des suites de la faim et de la maladie que les combats infligeaient aux communautés.

