ROME, 31 mai (IPS) – La question controversée de la part du revenu national que les pays riches mettent de côté pour l'aide au développement a fait l'objet d'un examen la semaine dernière, à Rome, en Italie.
En 1970, des dirigeants du monde entier avaient convenu que 0,7 pour cent du Produit intérieur brut (PIB) de leurs Etats devraient être consacrés à l'aide. Cet engagement a été réaffirmé plus tard à la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement de 1992, tenue à Rio de Janeiro, au Brésil – et à la Conférence internationale sur le financement pour le développement qui s'est déroulée à Monterrey, au Mexique, en 2002.
La nécessité des fournitures d'aide étrangère adéquates et fiables a été également mise en évidence avec l'instauration des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Les huit OMD, convenus au Sommet du millénaire des Nations Unies, en 2000 à New York, visent, entre autres, à s'attaquer à la faim chronique et à la pauvreté, au manque d'éducation primaire universelle, à l'inégalité de genre et aux règles inéquitables sur le commerce mondial. La date limite pour la réalisation des OMD est 2015.
A ce jour, cinq pays seulement ont réussi à atteindre l'objectif d'aide de 0,7 pour cent du PIB : le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède. (Six autres ont promis de faire pareil d'ici à 2015, notamment la Belgique, la Grande-Bretagne, la Finlande, la France, l'Irlande et l'Espagne).
"Qu'est-ce la vision sans la mise en œuvre? C'est de l'hallucination. Tant que les pays riches ne mettront pas en pratique ce qu'ils ont promis, ou tant qu'ils ne s'engageront pas de nouveau et n'honoreront pas leurs promesses, l'Afrique ne pourra pas atteindre les OMD", a déclaré Eveline Herfkens, coordonnatrice de la Campagne en faveur des objectifs du millénaire pour le développement des Nations Unies, à une conférence tenue à Rome.
"Ces dirigeants signent des accords pendant des réunions loin de chez eux et après cela, ils prennent l'avion pour rentrer. Nous, à l'ONU, avons un problème avec cet état de chose parce que nous ne pouvons pas appliquer ces accords", a ajouté Herfkens.
La conférence, convoquée par la municipalité de Rome et Inter Press Service, s'est largement focalisée sur les efforts de l'Europe pour aider l'Afrique à atteindre les OMD et le rôle que des villes particulières peuvent jouer à cet égard. Environ 150 personnes ont pris part à la rencontre, dont des représentants de gouvernement, des délégués de l'ONU, des délégués de la société civile et des journalistes.
Bien qu'elle ait abrité la conférence, l'Italie a encore du chemin à faire pour honorer ses engagements en matière d'aide.
Le pays injecte présentement un peu plus de trois milliards de dollars dans l'aide au développement. Selon Giuseppe Deodata, directeur général de la coopération pour le développement au ministère des Affaires étrangères, ce qui équivaut à environ 0,15 pour cent du PIB.
Tout en admettant l'insuffisance de l'aide de son pays, Deodata a affirmé que l'assistance étrangère de l'Italie ne pouvait pas simplement être méprisée. "Ceci n'est pas une petite somme – nous devons commencer par quelque part", a-t-il indiqué.
Pour sa part, Njeri Mwangi Kinyoho – coordonnateur de 'Global Call to Action Against Poverty' (Appel global à une action contre la pauvreté – G-CAP) – a souligné l'importance de l'allègement de la dette dans la réduction des niveaux de la pauvreté en Afrique.
"Les nations riches doivent assurer 100 pour cent de l'annulation de la dette vis-à-vis de l'Afrique si elles sont sérieuses à propos de la lutte contre la pauvreté", a-t-elle dit aux délégués à la conférence.
"L'Afrique souffre à cause du remboursement des dettes".
G-CAP, une grande organisation regroupant environ 600 groupes de développement à travers le monde, estime le total de la dette extérieure de l'Afrique à environ 330 milliards de dollars. Elle affirme également que les gouvernements africains dépensent entre 30 et 40 pour cent de leurs budgets nationaux pour le paiement du service de ces dettes – une somme qui devrait être consacrée à la santé, à l'éducation et à d'autres besoins sociaux.
Le président éthiopien, Girma Wolde-Giorgis, a déclaré qu'un investissement substantiel dans le développement agricole était également déterminant pour améliorer la qualité de la vie à travers le continent.
"Nous, en Ethiopie, croyons que la réalisation des OMD repose dans une grande mesure sur les progrès accomplis dans le développement rural et agricole. Ceci est principalement dû au fait qu'environ 85 pour cent de notre population vit dans des zones rurales", a-t-il dit à la conférence.
"C'est avec cette idée en tête que le gouvernement a décidé de se lancer dans un investissement substantiel et prolongé dans la recherche agricole et dans des programmes d'extension dans l'éducation des agriculteurs, la formation, dans la collecte de l'eau, dans la construction d'infrastructures physiques et institutionnelles des marchés ruraux".
Ces propos ont été repris en écho par le ministre malien de l'Agriculture, Seydou Traoré, qui a indiqué qu'en 2003, des dirigeants se réunissant au Sommet de l'Union africaine au Mozambique avaient promis de mettre de côté 10 pour cent du PIB de leurs pays pour l'agriculture, jusqu'en 2008.
Le Mali avait déjà atteint cet objectif, a déclaré Traoré : "Aujourd'hui, nous sommes à 15 pour cent. Ceci est un signal fort. C'est l'agriculture qui nous donnera le meilleur potentiel pour atteindre le développement conformément aux OMD".
Une revue des progrès qui ont été accomplis dans la réalisation des objectifs de développement depuis le Sommet du millénaire en 2000, doit se tenir à New York, en septembre.

