BULAWAYO, 30 mai (IPS) – "Pensez-vous que je puisse aller faire un test de dépistage au VIH et être acceptée?", répond, d'un ton moqueur, Zitha, à cette suggestion.
Handicapée, et également mère célibataire, la femme âgée de 44 ans jure que sa crainte de la discrimination n'est pas une affirmation en l'air. Elle est plutôt basée sur son expérience au centre de dépistage qu'elle a visité l'année dernière. "L'attitude était horrible", affirme-t-elle.
Une telle crainte de condamnation et de désapprobation est enracinée dans la tendance de la société à jeter un mauvais regard sur la preuve de la sexualité d'une personne handicapée. Son effet rend la divulgation largement impensable pour ceux dont le test de dépistage peut être positif. "Ainsi, ils meurent tranquillement dans leurs maisons sans avoir été remarqués", déclare Annie Malinga, coordonnatrice de 'Zimbabwe Women with Disabilities in Development' (ZWIDE), une association de femmes handicapées au Zimbabwe, forte de 400 membres.
Le VIH/SIDA, selon une étude globale conjointe menée par la Banque mondiale et l'Université de Yale, est un problème important et presque pas reconnu parmi les 600 millions et plus d'individus vivant avec des handicaps physique, sensoriel, intellectuel, ou mental dans le monde.
Quatre-vingt pour cent sont dans le monde en développement, y compris des pays comme le Zimbabwe, qui sont durement affectés par le VIH/SIDA. Plus de 10 pour cent, soit environ 1,4 million de personnes, dans ce pays d'Afrique australe souffrent d'une certaine forme de handicap.
Selon l'étude portant sur 57 nations, dont les conclusions ont été publiées l'année dernière, alors que tous les individus ayant des handicaps sont menacés par l'infection au VIH, des sous-groupes au sein de la population handicapée sont confrontés à un plus grand risque. Ce sont principalement les femmes, les membres des communautés ethniques minoritaires, les adolescents et ceux qui vivent dans des institutions (asiles).
Le fait que des personnes handicapées soient plus vraisemblablement celles qui ont reçu peu ou pas du tout d'éducation et qu'elles soient hors des lieux de travail, les place parmi les plus pauvres, les plus stigmatisées et les plus marginalisées au monde.
Alors que les handicapés sont également plus exposés au risque de la violence ou du viol, ils ont probablement moins de chance de bénéficier d'une intervention de la police, d'une protection légale ou des soins de santé.
La pauvreté et les sanctions sociales contre le fait de prendre en mariage une personne handicapée signifient que les femmes handicapées, en particulier, ont de fortes chances d'être impliquées dans une série de relations instables. Elles sont souvent ciblées par des gens qui les exploitent parce qu'ils supposent qu'elles ne sont pas sexuellement actives et qu'elles sont par conséquent inoffensives.
"Ce n'est vraiment pas de l'amour, des hommes valides veulent faire des expériences sur nous", affirme Zitha. "Lorsqu'elles (les expériences) sont faites, ils retournent à leur propre société et tu es plaquée juste comme cela".
Là où les handicapés souffrent du SIDA, l'effet est souvent appelé un "double impact". La séropositivité s'ajoute à la stigmatisation existante amenée par un handicap. Pour les femmes, le SIDA peut tripler la stigmatisation.
"Vous êtes désavantagée d'abord en tant que femme, stigmatisée en tant que femme handicapée et ensuite vous êtes stigmatisée en tant que femme vivant avec le VIH et le SIDA", déclare Malinga.
Même lorsqu'elles choisissent de faire face au VIH, les femmes handicapées ont des difficultés à accéder aux services. "Vous constatez que les centres de dépistage sont à des kilomètres, et les bus eux-mêmes ne sont pas accessibles à quelqu'un qui est dans un fauteuil roulant", souligne-t-elle. Le préservatif féminin est également inapproprié pour les femmes ayant certaines formes de handicap.
En raison des besoins spécifiques des handicapés, mettre l'information à leur disposition est souvent le plus grand défi pour des organisations fournissant des services sur le SIDA, y compris le 'National AIDS Council' (Comité national de lutte contre le SIDA).
Mais les engagements et les ressources sont souvent insuffisants. "Ils pensent que les personnes handicapées ne sont pas sexuellement actives et ne sont par conséquent pas vulnérables, ils nous laissent donc en dehors de leurs programmes", affirme Chrispen Manyuke de la Fédération des personnes handicapées du Zimbabwe.
L'intervention la plus efficace, ajoute-t-il, est d'allouer des fonds et de permettre aux organisations individuelles des handicapés de gérer leurs propres programmes.
Clémence Mupasi, un handicapé visuel, dit qu'il y a présentement très peu de littérature en Braille, même parmi les écoliers où le VIH/SIDA fait maintenant partie du programme national à partir de la quatrième année..
"Nous dépendons de la radio, mais lorsque vous lisez, c'est différent de l'écoute; vous arrivez à comprendre mieux", indique-t-il.
Une préoccupation majeure est le peu d'empressement à impliquer les handicapés dans l'élaboration des politiques, même sur des questions qui les affectent. "Il y a une tendance à ne pas écouter ce que dit une personne handicapée", déclare Malinga.
Mais la politique officielle est tout à fait pour "l'intégration dans la vie normale" des personnes vivant avec des handicaps. "Quel que soit ce que nous planifions, nous devons penser à ce groupe représentatif de notre société et non penser pour eux", souligne Mkhululi Nceda-Moyo, un psychologue du gouvernement qui travaille avec des enfants ayant des besoins spécifiques.
Ce que les activistes n'ont pas fait jusqu'ici pour mettre en évidence l'exclusion des personnes handicapées des programmes de lutte contre le SIDA, pourrait être laissé aux membres de groupes de pression politique.
Mais au Zimbabwe, le lobby en faveur des personnes handicapées semble être à son plus faible niveau.
Il semble que les problèmes politiques et sociaux de ces cinq dernières années ont relégué les questions de handicap à la périphérie. Il n'y a présentement aucun handicapé au parlement; le pays n'a pas non plus eu de député handicapé pendant ces cinq dernières années.
"Ce dont nous avons besoin, c'est un député handicapé issu de chacune des 10 provinces nationales", indique Manyuke.
Déjà, le pays a une pléthore d'organisations s'occupant des besoins des handicapés. Toutefois, il semble que très peu se focalisent sur leur vulnérabilité au VIH/SIDA.
"En fin de compte, si vous regardez la plupart d'entre elles, elles essaient d'étudier les besoins matériels de leurs membres, mais elles ont oublié qu'elles ne peuvent pas ignorer la santé et certaines questions sociales", déclare Boniface Hlabano de 'Matabeleland AIDS Council' (MAC), une organisation non gouvernementale (ONG) de service sur le SIDA, basée dans la région sud du pays.
La MAC vient juste de lancer un programme de trois ans destiné à mettre en évidence et à s'attaquer à la susceptibilité des personnes handicapées au VIH/SIDA. Sa mise en œuvre fait suite aux résultats d'une étude menée par l'organisation qui a montré que les handicapés ont largement été exclus des programmes de sensibilisation existants.
La MAC compte développer un modèle sur la manière de réduire le risque des handicapés à contracter le virus. "En fin de compte, nous voulons l'inclusion et la participation active", ajoute Hlabano.

