CULTURE-SWAZILAND: Créer un marché à la hausse pour des vaches

MBABANE, 17 mai (IPS) – Quand est-ce qu'une vache est beaucoup plus importante que la somme de ses parties? Lorsque l'animal vient à vivre dans des pays en développement, probablement en particulier au Swaziland.

Dans ce petit Etat d'Afrique australe les bovins sont, paradoxalement, aussi bien abattus pour commémorer des événements culturels – que maintenus en vie à tout prix par les propriétaires qui ont fini par s'attacher à eux.

"Les vaches sont comme des animaux de compagnie pour beaucoup d'agriculteurs – ils leur donnent des noms. Ils deviennent sentimentaux, et ne veulent pas les vendre tant qu'elles ne sont pas trop vielles. Ils considèrent le boucher comme quelqu'un offrant une euthanasie", déclare Percy Mkhonta, qui travaille comme coupeur de viande dans une boucherie à Manzini, une ville commerciale située dans le centre.

Les vaches sont également de la plus haute importance pour tout homme ayant un projet de mariage.

La pratique du paiement du prix de la dot (connue localement sous le nom de "lobola") est encore courante dans le pays – et le lobola vient typiquement sous la forme de bétail. Plusieurs bovins. Alors qu'environ cinq vaches sont généralement nécessaires pour couvrir le prix de la dot, jusqu'à 60 vaches pourraient être payées si une future épouse vient de la famille royale du Swaziland (le pays est la dernière monarchie absolue d'Afrique).

Cette coutume rappelle les temps anciens où le bétail était effectivement la monnaie nationale de l'Etat. "Je veux accumuler du bétail pour les donner aux parents de ma fiancée.

Ceci me donnerait le sentiment d'être un véritable homme swazi", affirme Jabulani Dlamini, un étudiant en théologie à l'Université du Swaziland.

"La famille de ma fiancée (l')a bien élevée pour qu'elle soit une femme et une mère – ils méritent d'être remerciés. Le lobola est la façon swazie de le faire. Peu importe si l'année est 1805 ou 2005".

Mais, cet attachement séculaire et très répandu au bétail devient la victime de la nécessité économique et du changement culturel.

"Les vaches sont presque sacrées pour les Swazis, mais cela est en train d'être reconsidéré. Les familles swazies donnent toujours à leurs vaches des petits noms, mais maintenant ils voient également leurs vaches partir pour la l'abattage", souligne Andrew Thwala, un vétérinaire au ministère de l'Agriculture.

"Aujourd'hui, les flancs et les côtes de la vache sont consommés à Londres ou à Munich".

Pas en ce moment, bien sûr, puisque l'Union européenne (UE) a imposé une interdiction sur les importations de bœuf le mois dernier après que le principal abattoir du pays a apparemment égaré les documents dont des responsables sanitaires de l'UE avaient besoin pour les antécédents des vaccinations.

Malgré de tels ratés, le gouvernement du Swaziland essaie d'inciter les petits exploitants agricoles à s'éloigner de l'élevage de bétail pour des objectifs culturels ou de subsistance seulement.

"Nous voulions faire une nation de petits hommes d'affaires utilisant leur principal atout, le bétail. Dans une certaine mesure, nous avons réussi, parce que des milliers de petits propriétaires de bétail élèvent maintenant leurs vaches pour le marché", explique Thwala. "Toutes les vaches ne sont plus abattues pour la famille ou les occasions culturelles".

Mkhonta ajoute : "Ils (les petits exploitants agricoles) doivent prendre plus au sérieux l'abattoir comme un moyen d'augmenter l'argent pour leurs familles".

En conséquence, le ministère de l'Agriculture est en train d'envoyer des responsables à travers le pays pour prêcher la bonne nouvelle de la commercialisation du bétail.

On conseille aux agriculteurs de récolter recueillir du fumier pour le vendre comme engrais naturel, de vendre du bétail sain dans leur première jeunesse, d'élever différents types de vaches plus rentables – et de vendre leur lait pour satisfaire la demande locale. Comble de l'ironie, les habitants de cette nation de passionnés de bétail se procurent leur lait principalement auprès de l'Afrique du Sud voisine.

Toutefois, les efforts du gouvernement pour faire en sorte que les relations des Swazis avec leur bétail aient une plus grande rentabilité se heurtent à des difficultés sur le front de l'environnement.

Le 'Swaziland Environmental Authority' (l'Autorité en charge de l'environnement au Swaziland – SEA) estime à 800.000 la population actuelle du bétail – quoique la terre ne puisse supporter que 600.000.

"Nous voyons les résultats dans la dégradation du sol, l'érosion des collines et la désertification", ajoute l'agence. "Il y a trop de vaches pour le pâturage à gérer".

La mauvaise qualité de l'herbe présente dans près du tiers du pays – une région qui souffre également de la sécheresse – pose d'autres problèmes aux agriculteurs, contribuant à l'amaigrissement de milliers de bovins. Lorsque leurs propriétaires ne peuvent pas obtenir un bon prix des bouchers pour des vaches maigrelettes, plusieurs perdent foi dans la viabilité des entreprises commerciales de bétail.

Thwala admet que dans certains cas, l'élevage de bétail ne permettra pas aux petits exploitants agricoles d'avoir une situation économique plus stable. Deux tiers des Swazis vivraient en dessous du seuil de pauvreté.

"Elever du bétail lorsque vous savez qu'ils vont mourir de faim est une forme de cruauté animale. Heureusement, les Swazis s'occupent assez de leur bétail et ils ne veulent (donc) pas que cela arrive. Nous détectons des comportements qui changent", constate-t-il.

Et, sur le front culturel, la notion de lobola est également en train d'être reconsidérée – même par des partisans enthousiastes de la pratique.

Dlamini reconnaît qu'il y a plus d'une façon de voir le lobola, étant donné qu'il n'y a plus aucune base économique pour cela.

"A une époque, cela avait de sens : lorsque vous enleviez une femme de la ferme de ses parents, vous preniez un travailleur – sa contribution était précieuse. L'économie de la ferme en souffrait (et) ils méritaient une compensation", note-t-il.

Mais, "C'est autrefois. Aujourd'hui, les familles peuvent gagner lorsqu'une fille se marie. C'est une bouche de moins à nourrir".