OSLO, 14 avr (IPS) – Des donateurs ont promis plus de 4,5 milliards de dollars, un montant supérieur aux attentes, pour aider le Soudan, à une conférence dans la capitale norvégienne au début de cette semaine, mais il pourrait se passer des années avant que la population soudanaise ne voie l'argent.
Et il y a beaucoup de ménage que le gouvernement soudanais devra faire avant de voir une quelconque somme d'argent.
"Avec ce type d'argent, il pourrait facilement se passer quatre ou cinq ans avant que cela ne soit décaissé", a déclaré à IPS, Greg Austen du Centre de politique étrangère basé à Londres. Plus important, a-t-il dit, "le gouvernement américain a indiqué que son aide dépend des efforts du gouvernement du Soudan à faire quelque chose pour mettre fin à la violence".
Il serait irrationnel pour le gouvernement soudanais d'accepter l'aide alors que ses forces continuent de violer, de piller et d'assassiner, a souligné Austen.
Des participants à la conférence des donateurs en faveur du Soudan, du 11 au 12 avril à Oslo, ont promis de l'argent pour l'assistance humanitaire, la reconstruction et le développement sur la période 2005-2007. Ceci était meilleur que les promesses attendues, d'environ 3,6 milliards de dollars.
Mais les retards sont d'usage avec de telles promesses, et ainsi, tout l'argent promis ne sera pas versé comme prévu.
Dans l'argent promis, environ deux milliards de dollars sont destinés à l'aide à la reconstruction et au développement. Ceci est venu comme une réponse aux besoins établis dans le rapport de la Mission conjointe d'évaluation.
Le rapport a été préparé par les deux parties soudanaises à l'accord de paix global (CPA) signé le 9 janvier de cette année — le gouvernement à Khartoum et le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) — de même que par les Nations unies et la Banque mondiale. Le reste de l'argent est principalement destiné à l'assistance humanitaire et à l'aide d'urgence.
"Je suis très heureux que ce montant ait été promis puisque cela démontre que l'intérêt pour le Soudan est vraiment international", a déclaré la ministre norvégienne du Développement international, Hilde Frafjord Johnson, à la fin de la conférence.
Des points de vue similaires ont été exprimés par plusieurs autres chefs de délégations. Le vice-président du Soudan, Ali Osman Taha, a dit que le montant promis aiderait son gouvernement à accélérer l'accord de paix. Le président du SPLM, John Garang de Mabior a souligné que la promesse obligerait les deux parties à commencer impérativement par fournir, tôt, des besoins essentiels à leurs populations déchirées par la guerre.
Mais, même si l'atmosphère à première vue parmi les délégués à la fin de la conférence était celle de la satisfaction avec les résultats, il y avait de fortes tensions sous-jacentes de préoccupation, et de crainte pour l'avenir de l'accord de paix.
Le Darfour est la question brûlante qui a la possibilité de détruire l'accord de paix. La violence et les atrocités continuent là-bas, et la force de maintien de paix de l'Union africaine, constituée de quelque 2.400 hommes, est trop petite pour contrôler la situation dans un territoire aussi grand que la France.
Plusieurs voix se sont élevées à la conférence pour exprimer leur préoccupation sur le Darfour. Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a exhorté toutes les parties à faire de leur possible pour mettre fin aux hostilités. Dr John Garang a pensé que c'était à la fois une obligation politique et morale pour les parties à l'accord de paix de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour garantir la paix dans le Darfour.
L'envoyé spécial de l'ONU pour le Soudan, Jan Pronk, a paru plus optimiste, en soulignant qu'il croyait que le conflit du Darfour pourrait prendre fin avant la fin de cette année.
Des représentants de la société civile du Soudan, qui sont venus à Oslo, ont parlé des mauvaises expériences avec les dirigeants actuels à Khartoum.
Plusieurs d'entre eux, en provenance du Nord-Soudan, ont dit que leurs membres avaient été emprisonnés et torturés. Des journaux et des associations avaient été interdits, ont-ils indiqué.
Des groupes de femmes, qui ont fortement marqué leur présence à Oslo, ont affirmé qu'elles étaient traitées comme des citoyens de seconde classe. La violation des libertés fondamentales et des droits de l'Homme est toujours à l'ordre du jour dans le nord et en particulier dans la capitale Khartoum, ont-elles ajouté.
Plusieurs ont exprimé la crainte que le gouvernement actuel à Khartoum, avec son idéologie fondamentaliste et ses manières dictatoriales, ne puisse pas honorer l'accord de paix et transformer le Soudan en une société véritablement démocratique.
Mais même si les femmes ont plaidé en faveur de leur participation aux processus de prise de décision, y compris une réservation de 30 pour cent des postes politiques et officiels, leurs exigences ont peu de chances d'être une priorité à l'heure actuelle, a observé austen.
"Ce n'est pas le genre de chose qui marche", a-t-il déclaré. "C'est assez difficile pour le gouvernement américain d'avoir un dialogue soutenu avec le gouvernement du Soudan. Il sera suffisant d'amener le gouvernement soudanais à répondre d'abord aux exigences fondamentales".
Des représentants de la société civile, en provenance du sud, ont exprimé leur inquiétude par rapport aux traditions militaristes du SPLM, mais ils ont également indiqué que leurs discussions actuelles avec la direction du SPLM sur la démocratisation et le rôle de la société civile avaient été positives et constructives.
*Reportage supplémentaire de Sanjay Suri à Londres

