BANGUI, 1 avr (IPS) – Le président sortant François Bozizé et Martin Ziguélé ont été déclarés vainqueurs du premier tour de l'élection présidentielle en République centrafricaine pour disputer le second tour prévu le 1er mai prochain.
Le président de la Commission électorale mixte indépendante (CEMI), Jean Willybiro Sacko, qui a annoncé, jeudi à Bangui, la capitale centrafricaine, les résultats définitifs de l'élection du 13 mars, a indiqué que Bozizé, un candidat indépendant, avait obtenu 382.241 voix, soit 42,97 pour cent, suivi de Ziguélé qui a réuni 209.357 voix, soit 23,53 pour cent. Ziguélé est un ancien Premier ministre de l'ex-président Ange-Félix Patassé – renversé par un coup d'Etat du général Bozizé le 15 mars 2003. Il est le candidat du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC). Bozizé dirige un gouvernement de transition depuis cette date jusqu'aux élections en cours dans le pays. Le président de la CEMI a déclaré que les deux candidats, arrivés en tête parmi les onze en compétition, iront au second tour parce qu'aucun candidat n'a franchi la barre de 50 pour cent qui représente la majorité absolue des suffrages exprimés.
Le candidat venant en troisième position est l'ancien André Kolingba, avec 145.495 voix, soit 16,36 pour cent. Selon des analystes, le général Kolingba sera le principal "arbitre" du second tour pour lequel les deux candidats en lice auront besoin des voix des électeurs de tous les autres candidats malheureux du premier tour. Les huit autres candidats malheureux ont obtenu entre 5,08 pour cent et 0,66 pour cent, selon les résultats proclamés par le président la CEMI. L'un des principaux enjeux des élections est de restaurer la sécurité, la stabilité politique, et de consolider la démocratie dans ce pays d'Afrique centrale. La Centrafrique avait été fortement secouée par des crises et violences politiques ces cinq dernières années. La plupart des candidats évoquaient, au cours de la campagne électorale, la "préservation de l'unité nationale, de l'intégrité territoriale et la bonne gouvernance", comme éléments essentiels de leur programme de gouvernement s'ils étaient élus. "Les professions de foi et autres programmes de société des candidats ne pèsent pas trop lourd dans la balance électorale. D'ailleurs, tous les candidats brillent souvent par un discours monocorde sur les problèmes de sécurité, de l'unité nationale, de l'assainissement des finances publiques et de la bonne gouvernance", a déclaré à IPS, Ismaël Sy, professeur à l'Université de Bangui.
Sy, qui s'exprimait quelques jours avant la proclamation des résultats du premier tour, avait ajouté : "Dans le cas d'espèce de l'élection présidentielle, on peut déjà affirmer, sans grand risque de se tromper, que le fauteuil présidentiel sera disputé entre les candidats François Bozizé et Martin Ziguélé, tous deux originaires du nord, la région la plus peuplée en Centrafrique". Rosalie Koundounguéré, présidente de l'Association des femmes centrafricaines, avait également indiqué à IPS que "Personne ne peut prétendre remporter l'élection au premier tour, vu le nombre élevé des candidats, et surtout que les élections chez nous se font toujours sur des bases régionales". Elle a ajouté que les élections en cours "sont déterminantes pour l'avenir du peuple centrafricain qui a tant souffert après une décennie de crises récurrentes".
Pour sa part, Eugide Gounguia, un consultant national en matière électorale, a déclaré à IPS : "Ceux qui croyaient avoir la victoire dès le premier tour, du fait de leur position dominante au pouvoir et du fait surtout de la rébellion armée qui a renversé le régime de Patassé, vont devoir réviser leurs approches de la question". Il fait allusion aux partisans du général Bozizé, qui se disaient rassurés de la victoire de leur candidat dès le premier tour du scrutin. "Les résultats, qui viennent d'être publiés, nous donnent raison du fait que le président François Bozizé a su gérer la transition dans la satisfaction totale de la population centrafricaine", a dit à IPS, Job Izima, le directeur de campagne de Bozizé. Interrogé à chaud par IPS, Ziguélé a déclaré que sa "victoire sera la victoire de tout le peuple centrafricain", affirmant qu'elle est déjà acquise au second tour du fait qu'il est soutenu par son parti, le MLPC, et l'Union des forces vives de la nation qui regroupe la majorité des candidats malheureux du premier tour de la présidentielle.
"Je suis convaincu de remporter le second tour; cette fois-ci, je vais battre campagne sur toute l'étendue du territoire avec le concours de mes alliés de l'Union des forces vives de la nation" a ajouté Ziguélé.
Le président du Comité des sages de la Centrafrique, le pasteur Isaac Zokwé, a déclaré à IPS que les résultats du premier tour des élections du 13 mars "sont le reflet de la volonté du peuple centrafricain qui aspire au retour à la normalisation de la vie démocratique".
"Je lance une fois de plus un vibrant appel à tous les acteurs de la vie politique nationale pour faire preuve, une fois de plus, d'esprit de tolérance, d'humilité et de respect mutuel, conformément au code de bonne conduite afin qu'on finisse cette transition sur une note de satisfaction pour tout le monde", a ajouté Zokwé.
Un code de bonne conduite avait, en effet, été signé à la veille de la campagne électorale par tous les candidats à la présidentielle, qui contient un ensemble de règles définissant les comportements des candidats, des militants, et des forces de sécurité avant, pendant et après les élections.
Au total 1.302.930 Centrafricains en âge de voter étaient appelés aux urnes le 13 mars, pour élire, dans 4.145 bureaux de vote, le président de la République. Mais un scrutin législatif s'était déroulé également, le même jour, pour l'élection des 105 députés du nouveau parlement centrafricain. Selon la commission électorale, le taux de participation est de 71,24 pour cent, avec le nombre des votants s'élève à 946.616 dont un total de 889.594 suffrages exprimés. L'issue du second tour de l'élection présidentielle mettra un terme au processus électoral et à la période de transition politique qui a commencé en Centrafrique le 15 mars 2003 avec le coup d'Etat du général Bozizé contre l'ancien président Patassé démocratiquement élu, mais dont le régime était devenu très impopulaire. Il était ébranlé par de nombreuses crises sociales graves dont au moins deux ans de salaires impayés aux fonctionnaires du pays. (IPS/AF/WA/IP/AB/JLG/AIT/05) **************************************************************************** *************** [C], Inter Press Service (IPS), Tous Droits Réservés Reproduction autorisée, à condition de bien indiquer l'origine du document et de nous faire parvenir un exemplaire de la publication contenant le document repris. Pour plus d'informations sur IPS, envoyez un message à : ipscoo@intnet.bj ou contactez le Service Français de IPS-Afrique au Tél/fax : (229)33.O9.40; O5 BP 1150, Cotonou, Bénin.
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