POLITIQUE: L'UE craint un 'simulacre d'élections' au Zimbabwe

BRUXELLES, 31 mars (IPS) – Les principaux responsables de l'Union européenne préviennent que l'élection générale du Zimbabwe de ce jeudi sera un simulacre.

Quelque 5,8 millions d'électeurs inscrits au Zimbabwe votent ce jour pour élire 120 députés dans un parlement de 150 membres. La 'Zimbabwe African National Union-Patriotic Front' (ZANU-PF) du président Robert Mugabe au pouvoir, et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), la principale opposition, sont engagés dans une course à deux chevaux.

Le scrutin est suivi de près pour voir s'il satisfait les directives adoptées par des dirigeants régionaux africains l'année dernière sur des élections libres et équitables.

Mais des responsables de l'Union européenne (UE) avertissent déjà que les opérations électorales ne se sont pas conformées aux normes acceptées. Ils ont indiqué que le bloc prendra des mesures rapides contre le gouvernement de Mugabe après les élections.

Parlant aux membres du Parlement européen mardi, Nicholas Schmit, le vice-ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, a déclaré que les conditions entourant l'élection générale du 31 mars étaient extrêmement préoccupantes puisque Mugabe "ne tolèrerait aucune observation de ce simulacre d'élection".

"Nous sommes inquiets et choqués, non seulement par cette pseudo campagne électorale, mais par ce qui se passe dans ce pays depuis des années", a-t-il dit.

Schmit a également promis que l'élection ferait l'objet de débat au prochain Conseil des ministres des Affaires étrangères.

"Dès que ces élections bidons se seraient tenues, je pourrais m'engager personnellement à faire en sorte que la question du Zimbabwe soit à l'ordre du jour du conseil quand nous nous réunirons prochainement", a-t-il ajouté.

Le Zimbabwe avait refusé d'autoriser les pays de l'UE à observer son élection présidentielle en 2002. L'élection avait été entachée d'importantes accusations de violence, d'intimidation et de fraude électorale. En réponse, l'UE et les Etats-Unis avaient imposé une interdiction de voyager à l'encontre de Mugabe et du groupe dirigeant de son parti, qui est maintenue jusqu'en juin.

La Russie est la seule nation européenne, parmi 31 autres, qui ait été invitée à observer l'élection de cette année. La députée socialiste britannique Glenys Kinnock a également exprimé sa préoccupation par rapport aux élections. Même si elle s'est réjouie du courage du MDC, elle a exprimé un doute sur l'impact que cela aurait.

"Le MDC a encore fait preuve d'un courage remarquable, d'une détermination et d'une modération dans son opposition à la dictature brute de Robert Mugabe. La ZANU et ses défenseurs attirent l'attention sur l'atmosphère beaucoup plus calme que celle ayant précédé les élections de 2000 et 2002, mais attendent-ils sérieusement des ovations pour avoir réduit le meurtre des opposants politiques et le harcèlement de l'opposition légitime?", a-t-elle indiqué dans une déclaration mercredi.

Kinnock a également regretté que très peu de choses aient changé depuis l'élection présidentielle de 2002, et a attiré l'attention sur les mesures prises par le gouvernement pour manipuler les électeurs de l'opposition.

"La vérité est que cette élection manquera également de légitimité comme les deux dernières. Les mêmes soldats et voyous de la ZANU, qui ont battu et tué des électeurs potentiels, restent maintenant dans les isoloirs. Les limites des circonscriptions électorales ont été tripatouillées pour arranger la ZANU-PF", a-t-elle affirmé. "Des autorités gouvernementales disent ouvertement aux gens que s'ils votent pour le MDC, ils pourront clairement le voir en utilisant les nouvelles urnes transparentes. Il y aura juste 300 observateurs électoraux pour couvrir 8.000 bureaux de vote, et ils ont reçu la permission d'observer les élections parce qu'ils ne devraient pas être critiques. La presse indépendante du pays reste fermée, et l'aide alimentaire continue d'être utilisée comme une arme politique", a-t-elle ajouté.

Le parti ZANU-PF du président Mugabe dirige le Zimbabwe depuis que le pays a obtenu son indépendance politique vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1980. Mugabe n'a été confronté récemment à aucun défi sérieux à son autorité, sous la forme d'une protestation populaire et de gains substantiels pour le MDC de l'opposition, qui refuse de reconnaître Mugabe comme chef de l'Etat.

Le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai accuse Mugabe de violations des droits de l'Homme et de destruction de l'économie.

L'inflation tourne actuellement autour de 127 pour cent, l'une des plus élevées au monde, alors que l'économie a régressé d'environ 30 pour cent.

Plus de 400 sociétés ont fermé depuis 2000, laissant quatre Zimbabwéens sur cinq au chômage.

Quelque neuf millions de personnes (75 pour cent de la population) vivent en dessous du seuil de pauvreté. Environ 100 enfants naissent chaque jour avec le VIH.

Le gouvernement a promis un vote équitable dans l'élection générale de jeudi et serait très désireux d'obtenir la légitimité après les scrutins fortement critiqués de 2000 et 2002.

Mugabe a introduit quelques réformes électorales, comme une commission électorale et une cour pour gérer les élections. Mais malgré ces mesures, les groupes de défense des droits de l'Homme ont soulevé des préoccupations par rapport au climat de peur et d'intimidation dans la période précédant le vote.

Amnesty International et Human Rights Watch affirment que des activistes et des candidats du MDC sont toujours harcelés et que dans les zones rurales, les partisans présumés du MDC se voient refuser l'aide alimentaire.