POLITIQUE-MALAWI: Le président anti-corruption tente de créer un nouveauparti

BLANTYRE, 2 mars (IPS) – Supporteront ou supporteront pas? Cette question est actuellement sur les lèvres des observateurs politiques au Malawi, alors qu'ils attendent de voir si un grand nombre de membres de la coalition au pouvoir ou de l'opposition supporteront le dernier-né des regroupements politiques du pays : le 'Democratic Progressive Party' (le Parti démocratique progressiste). Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du fondateur du parti, le président Bingu wa Mutharika, qui a démissionné du 'United Democratic Front' (Front démocratique uni, UDF) plus tôt ce mois.

L'UDF, qui contrôle seulement 49 des 193 sièges au parlement après les dernières élections générales et législatives partielles de l'année dernière, dirige le Malawi avec le soutien d'autres partis politiques et des députés indépendants.

Le départ de Mutharika est intervenu au milieu d'une animosité croissante entre le président et Bakili Muluzi – ancien chef de l'Etat et actuel président de l'UDF – sur une initiative anti-corruption qui a vu dix anciens ministres du gouvernement impliqués dans des affaires de prévarication.

Avec des suspicions exprimées sur certains aspects de la conduite de Muluzi lorsqu'il était en fonction, plusieurs se sont demandés si l'enquête n'allait pas en fin de compte inclure également l'ancien président. Muluzi fait l'objet d'un examen pour avoir accumulé ce qui semble être une richesse disproportionnée durant sa présidence.

Ces dernières semaines, Mutharika a également arrêté, ensuite gracié, plusieurs responsables de l'UDF qu'il a accusés d'avoir planifié de l'assassiner. Actuellement, le président est confronté à la perspective d'essayer de faire passer deux projets de lois au parlement en l'absence d'un soutien législatif réel au cas où les efforts pour créer le 'Democratic Progressive Party' (DPP) échoueraient.

Immédiatement après la démission de Mutharika, il a été rapporté que le gouvernement lui avait apporté son soutien. Dernièrement, des journaux et des stations de radio ont également publié de fréquentes annonces de démissions de membres de l'UDF à différents niveaux – bureau régional et de district.

Mais, le porte-parole intérimaire de l'UDF Sam Mpasu fait de son mieux pour atténuer ces informations.

"Ceux qui ont démissionné du bureau ne sont qu'une minorité. Ceci n'avait eu aucun effet de vague sur les membres de l'UDF à la base", a-t-il dit à IPS, ajoutant – pour faire de l'effet : "Vous pouvez compter les transfuges sur les doigts. Ils ne sont pas nombreux".

Il a toutefois refusé de donner des chiffres pour étayer son argument.

Le DPP est également réticent. Un membre du DPP Uladi Mussa, un ancien gouverneur de l'UDF pour la région centrale du Malawi, a indiqué à IPS que des négociations étaient en cours pour obtenir le soutien des membres de l'UDF – mais que des chiffres sur le nombre de personnes qui pourraient apporter leur appui n'étaient pas probants à ce stade.

Le tableau est devenu un peu plus clair en ce qui concerne les députés hors du camp de l'UDF.

Le Parti républicain, qui avait été précédemment en partenariat avec l'UDF, dit que ses 15 députés désirent former une coalition avec le DPP.

Selon Mussa, le 'Progressive People's Movement', le 'Movement for Genuine Democracy' et le 'Malawi Foundation for the Union of Democracy' sont également en train d'être consultés – mais aucune décision n'a été prise sur leurs relations avec le DPP.

Sur les 50 députés indépendants, 23 se sont montrés favorables au nouveau groupe de Mutharika. "Nous aimons ses principes, nous allons donc travailler avec son parti", a déclaré à IPS, Gift Mamondwe, le chef de file des députés indépendants.

Alors que le débat sur une adhésion future et des partenaires à la coalition continue, une discussion parallèle est en cours pour savoir si la scission de Mutharika de l'UDF va réellement servir sa croisade anti-corruption.

"Nous avons décidé de quitter l'UDF afin de pouvoir combattre la corruption sans crainte ni faveur", a affirmé Mussa à IPS.

Mais Collins Magalasi du Réseau pour la justice économique au Malawi, un groupe non gouvernemental qui observe la gouvernance, estime qu'un nouveau parti n'était pas indispensable à cet égard.

"Lui (Mutharika) n'a pas besoin d'une base politique pour s'occuper des responsables corrompus de l'UDF. C'est la loi, et les institutions chargées d'appliquer de telles lois, qui peuvent faire cela – et non un parti", souligne-t-il.

L'UDF et un certain nombre de groupes de la société civile cherchaient également à connaître la source de financement du DPP, avec des responsables de l'UDF alléguant que le nouveau parti peut être en train de planifier de détourner des fonds du gouvernement. La présidence réfute ces accusations.

Ironie du sort, Mutharika a été trié sur le volet par Muluzi comme un successeur – et perçu au départ un peu plus comme un pantin qui permettrait à Muluzi de continuer à gouverner dans les coulisses. Avant de quitter le pouvoir, l'ancien président avait essayé d'amener le parlement à amender la constitution afin de lui permettre de briguer un troisième mandat.

Toutefois, la conduite de Mutharika, depuis qu'il est devenu président, est loin d'être surprenante. Le DPP devait être enregistré le 28 février..