EDUCATION-ZIMBABWE: Un bulletin scolaire discutable pour l'année zéro

BULAWAYO, 9 fév (IPS) – Des chapeaux trop larges pour la plupart des petites têtes, des uniformes scolaires officiels également incongrus, ils marchent insouciants l'avant-garde dans l'effort visant à amener les enfants d'âge préscolaire dans le système éducatif du Zimbabwe.

A partir de cette année, les écoles primaires dans ce pays d'Afrique australe sont exhortées à avoir au moins une classe qui s'occupe des enfants âgés de quatre et cinq ans, afin d'aider ces enfants à se préparer pour le cours préparatoire première année (CP1). Cette classe préscolaire, également connue sous le nom "d'année zéro", fait partie du Programme d'éducation et de soins à la tendre enfance (ECEC) du gouvernement.

Des parents comme Veronica Ndlovu ont accueilli favorablement l'initiative.

"Je pense que c'est une bonne idée parce qu'au moment où il va commencer le CP1, il sera dans une meilleure position pour apprécier les concepts de base", a-t-elle dit de son fils âgé de cinq ans.

Plusieurs études appuient la conviction de Ndlovu sur ce point, soulignant que des enfants qui avaient eu la chance de faire la maternelle ont la capacité de ne pas reprendre des classes. A long terme, ces enfants ont également moins de chance de devenir des criminels – ou, dans le cas des filles, de tomber enceintes.

Pour sa part, la Commission présidentielle du Zimbabwe en charge de l'éducation et de la formation a déclaré en 1999 qu'elle avait reçu des rapports positifs sur la "vivacité et la motivation à apprendre" dont font preuve des enfants ayant suivi des cours dans des structures d'éducation de la tendre enfance – et qui étaient maintenant à l'école primaire.

L'expansion des écoles pour inclure l'éducation préscolaire est l'une des 139 recommandations faites par la commission.

"Les centres d'enseignement préscolaire doivent apporter des soins aux enfants, les éduquer et stimuler leur développement en faisant d'eux des individus responsables dotés de bonnes aptitudes communicationnelles", indique le rapport de l'institution, qui a estimé qu'au moins deux-tiers des enfants zimbabwéens n'ont pas accès aux centres de l'ECEC.

Jusqu'à présent, l'éducation préscolaire a été en général la chasse gardée des familles nanties dans les villes et les cités.

"Des structures de formation dans des régions rurales du Zimbabwe et des zones urbaines surpeuplées, a souligné la commission, étaient dans un triste état : "Les centres varient d'un arbre à un abri couvert de chaume, d'une cabane en bois ou d'une cabane en rondins à un minuscule salon plein à craquer dans une zone à forte densité avec 30 petits enfants ou plus, assis en rang, à des structures ayant des toits fuyants".

En outre, les centres qui dispensaient l'éducation maternelle avaient rarement des liens avec des écoles primaires, même s'ils ne suivaient pas tous le programme recommandé. Les enseignants qui s'occupaient des enfants d'âge préscolaire manquaient souvent de formation adéquate.

Même si très peu de gens contesteraient la nécessité de l'éducation maternelle, des inquiétudes foisonnent pour indiquer que les écoles manquent sérieusement d'argent au moment de mettre effectivement en œuvre l'initiative de l'année zéro. Le Zimbabwe traverse une crise économique, le produit d'un bouleversement politique et d'une mauvaise gestion fiscale, qui a eu un impact sérieux sur les écoles de la nation. Plusieurs de ces institutions luttent simplement pour honorer les engagements existants – comme l'entretien de base des toilettes scolaires et des terrains de sport, ou la fourniture de manuels scolaires aux élèves.

Dans une manifestation publique le mois dernier, des membres d'un groupe de pression de femmes ont exigé la démission du ministre de l'Education Aeneas Chigwedere, estimant que c'est sous lui que les niveaux d'éducation ont chuté. Elles semblaient également mettre en doute la sincérité des nouvelles initiatives en matière d'éducation.

"Beaucoup de choses que nous voyons actuellement sont des choses que nous nous attendons à voir en prélude à une élection, après quoi elles quitteront le droit chemin à cause des contraintes budgétaires", a déclaré Jenni Williams, présidente de 'Women of Zimbabwe Arise' (Femmes du Zimbabwe debout). Les Zimbabwéens vont aux urnes pour des élections législatives à la fin du mois prochain.

Les craintes selon lesquelles Harare n'a simplement pas la capacité de passer aux actes en ce qui concerne les classes de maternelle sont corroborées par la situation des structures comme l'Ecole primaire Gampu dans la ville australe de Bulawayo.

Ici, les leçons de l'année zéro n'ont pas commencé – malgré la réponse enthousiaste des parents. Un enseignant qualifié doit encore être trouvé pour conduire la classe, et aucun mobilier n'a été fourni pour les enfants d'âge préscolaire. Des jouets et une ère de jeu spéciale adaptée aux besoins des jeunes enfants sont un peu plus qu'un projet chimérique.

"Le gouvernement a dit que la communauté devrait voir ce qu'elle peut faire", affirme Tineyi Hwande, un trésorier de l'association de développement de l'école gérée par des parents d'élèves.

Mais, les parents sont aussi fauchés que le ministère de l'Education.

"Nous voulons toujours que cela soit un programme abordable, nous ne pouvons donc pas collecter beaucoup d'argent à travers les cotisations (des parents), note Hwande.