NAIROBI, 1 fév (IPS) – Il reste juste 333 jours aujourd'hui, mardi, pour atteindre l'objectif de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), visant à mettre sous traitement anti-rétroviral des millions de séropositifs dans les pays en développement d'ici à la fin de l'année.
Cet objectif est exprimé clairement dans l'initiative '3 par cinq', lancée en décembre 2003 par l'OMS et le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA). Elle ambitionne de mettre sous médicaments anti-rétroviraux (ARV) trois millions de malades du SIDA d'ici à la fin de 2005.
Mais, un rapport publié le 26 janvier montre que l'OMS ne fait pas seulement une course contre la montre pour atteindre cet objectif. Un accroissement substantiel de "la volonté politique" est également nécessaire – de même que plus de financement – pour renforcer les acquis des six derniers mois. Selon le 'Rapport sur l'évolution du "3 par cinq"', le nombre de personnes sous ARV en Afrique subsaharienne a doublé dans le second semestre de 2004 en passant à 310.000 (dans le monde entier, le nombre de personnes recevant le traitement est passé de 440.000 à environ 700.000 durant cette période).
Environ un quart des gens qui ont besoin d'ARV au Botswana, en Namibie et en Ouganda reçoivent actuellement les médicaments, ajoute le document. Le Botswana a le deuxième plus fort taux de prévalence de VIH au monde (37 pour cent). Le Swaziland, avec une prévalence de 39 pour cent, détient le plus fort taux d'infection.
Toutefois, plus de 90 pour cent des quatre millions de personnes qui ont besoin du traitement, en Afrique subsaharienne, n'en bénéficient pas toujours. Deux-tiers de tous les séropositifs – environ 25 millions – vivent dans cette région, quoiqu'elle abrite juste 10 pour cent de la population mondiale.
Au total, près de 12 pour cent des gens qui devraient être en train de recevoir les ARV – 5,8 millions – les obtiennent.
S'exprimant au lancement du rapport au Kenya, le vice-ministre de la Santé, Gideon Konchella, a déclaré que son gouvernement fournissait actuellement des ARV à 28.000 patients – une augmentation par rapport aux 9.000 de 2003.
"En 2005, nous avons l'intention de mettre sous traitement 95.000 malades, et 140.000 d'ici à 2006", a-t-il ajouté. (Le lancement mondial du rapport a eu lieu au Forum économique mondial, une rencontre de l'élite politique et commerciale du monde à Davos, en Suisse).
Des organisations anti-SIDA estiment que beaucoup plus doit être fait, étant donné que plus de 200.000 sur les quelque deux millions de personnes vivant avec le VIH au Kenya ont besoin d'ARV. Elles mettent également en doute l'efficacité des efforts du gouvernement dans la fourniture du traitement.
"Je reçois des appels de malades vivant à Kisumu (dans l'ouest du Kenya), à Mandera (dans le nord-est) et à plusieurs autres endroits, me demandant où se rendre pour le traitement.
Si le gouvernement est vraiment en train de fournir des ARV aux patients à travers le pays, alors comment se fait-il que ces demandeurs ne savent pas comment et où se procurer le traitement?", demande Asunta Wagura, directrice exécutive du 'Kenya Network of Women with AIDS' (Réseau des femmes vivant avec le SIDA au Kenya).
En outre, des activistes signalent que les médicaments sont trop chers pour nombre de personnes, même si le coût du traitement a baissé considérablement ces dernières années.
Les centres de santé gouvernementaux font payer juste un peu moins de 6,5 dollars le mois pour les ARV, une baisse par rapport à près de 20 dollars il y a deux ans. Cinquante-six pour cent des 30 millions d'habitants du Kenya vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.
"L'introduction de l'initiative '3 par cinq' a suscité l'espoir au sein des personnes vivant avec le SIDA (PLWA). Toutefois, les médicaments ne suffisent pas à ceux qui en ont besoin", affirme Inviolata M'mbwavi du Réseau des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Kenya. "Plusieurs PLWA sont sur la liste d'attente. Elles n'ont pas les moyens d'acheter la dose mensuelle".
Patricia Kagore, âgée de 25 ans, qui a été reconnue séropositive il y a quatre ans, est l'un de ceux pour qui le traitement est hors de portée.
"Mon taux de CD4 est de 110. Je me sens faible. Je souffre d'infections opportunistes, comme maintenant, je tousse. Le mois dernier, j'ai eu une terrible éruption cutanée", a-t-elle dit à IPS au lancement du rapport.
"Je ne peux pas dire que le gouvernement parle sérieusement avant d'avoir reçu les médicaments", a ajouté Kagore, calmant son fils de quatre ans, Simon – également malade.
Un décompte de CD4 mesure la résistance du système immunitaire d'une personne en évaluant le nombre de cellules T que cette dernière a dans son sang. Les cellules T, qui forgent l'immunité de diverses manières, sont tuées par le virus d'immunodéficience acquise (VIH) qui cause le SIDA. Les taux normaux de CD4 varient entre 400 et 1.500 par millimètre cube de sang.
Les frais à payer pour être testé et suivi afin de s'assurer que les ARV sont correctement administrés rendent le traitement beaucoup plus coûteux.
"Le prix du diagnostic doit être également réduit, et la volonté politique traduite en action. La question de l'alimentation est également préoccupante", a indiqué Teguest Guerma, le directeur associé du volet VIH/SIDA de l'OMS, le 26 janvier. Mais, le gouvernement du Kenya souligne que cette question est en train d'être réglée.
"Nous nous sommes lancés dans un projet d'alimentation d'un demi-million de dollars, où nous avons commencé par donner un mélange de bouillie d'avoine à ceux qui sont malades depuis trois à six mois. Nous les encourageons également à avoir des jardins et à planter des légumes, ce qui est très utile", ajoute Mary Wangai, coordonnatrice de programme ARV au ministère de la Santé.
Ce qui inquiète, c'est le fait que deux milliards de dollars supplémentaires seront nécessaires pour aider l'OMS à atteindre son objectif '3 par cinq'.
"Les gouvernements peuvent être encouragés par la flexibilité et la créativité déjà affichées par les principaux donateurs en envoyant l'argent là où on en a le plus besoin, mais leurs efforts doivent maintenant être portés à l'étape suivante", note le rapport bilan du 26 janvier.

