BRUXELLES, 27 jan (IPS) – L'Union européenne a rétabli ses relations avec le Soudan mardi et a offert 50 millions d'euros (65 millions de dollars) d'aide pour donner un coup de pouce à un accord de paix après la fin de l'une des plus longues guerres civiles d'Afrique.
Jose Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et Louis Michel, responsable européen au développement ont signé l'accord avec le vice-président soudanais Ali Osman Mohamed Taha, et Nhial Deng Nhi, chargé des relations extérieures du Mouvement rebelle/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A).
La Commission européenne, l'organe exécutif de l'Union européenne (UE), a indiqué qu'elle lancerait un programme d'aide immédiat avec la moitié de l'argent pour le nord et le reste pour le sud du pays.
Michel a déclaré que le bloc de 25 nations étendait immédiatement l'aide au nord et au sud "pour montrer aux populations du Soudan…qu'il y a un dividende à la paix".
Toutefois, le bloc a repris l'aide à condition que des progrès soient réalisés dans le conflit séparé dans la région occidentale du Darfour, où il a appelé à des "efforts supplémentaires" pour ramener la paix.
La commission a annoncé que si des progrès étaient faits pour résoudre la crise dans cette région, le programme d'assistance serait utilisé pour sauvegarder la fourniture de l'aide alimentaire, pour assurer l'éducation, pour subvenir aux besoins des réfugiés internes et pour bâtir des institutions administratives soudanaises.
"Cette réunion est le point de départ de relations normales entre l'Union européenne et le Soudan. Ceci est un premier pas, mais c'est un pas très important", a dit Michel aux représentants des médias mardi (25 janvier) après avoir signé le document de stratégie du pays.
L'UE, la plus grande donatrice d'aide au monde, a suspendu sa coopération avec le Soudan pendant la guerre, en 1990. Elle a repris le dialogue politique avec Khartoum en 1999, mais n'avait pas repris la coopération.
La commission assure qu'elle est maintenant prête à apporter une aide financière au cours des trois prochaines années au Soudan, après la période de 14 ans pendant laquelle l'aide de l'UE pour le pays a été interrompue.
Le réchauffement des relations entre Khartoum et Bruxelles signifiera que le Soudan peut désormais bénéficier d'un programme d'aide au développement de 400 millions d'euros (518 millions de dollars) de la commission, mais l'EU a souligné que l'accord dépendait de certaines conditions.
"Ceci ne signifie pas que nous donnons aujourd'hui 450 millions d'euros", a déclaré le porte-parole de Michel, Amadeu Altafaj. "Nous sommes juste au début de ce processus de coopération. L'argent est disponible à l'avenir, à condition qu'il y ait des progrès dans l'application de l'accord de paix nord-sud et qu'il y ait une amélioration de la situation dans le Darfour".
Javier Solana, le responsable de la politique étrangère du bloc, qui avait eu des discussions avec Taha plus tôt mardi, a également mis l'accent sur les conditions du programme d'aide.
"M. Solana a fait remarquer que la reprise totale de la coopération doit aller de pair avec l'application effective de l'accord de paix et la réalisation de progrès tangibles pour trouver une solution aux autres conflits au Soudan, en particulier au Darfour", a dit à IPS, Cristina Gallach, la porte-parole de Javier Solana.
Des rebelles du Sud-Soudan et le gouvernement soudanais ont signé un accord de paix le 9 janvier, mettant fin à 21 années de guerre nord-sud.
Aux termes de cet accord, le gouvernement et les rebelles ont accepté de se mettre ensemble pour décentraliser le pouvoir de Khartoum et accroître les pouvoirs des administrations locales.
Le conflit entre Khartoum et le SPLA/M, qui aurait tué plus de deux millions de personnes – la plupart des civils – depuis 1983, a opposé un gouvernement dominé par des arabes et des musulmans à une population africaine composée principalement de chrétiens et d'animistes.
La guerre, qui a commencé après que le gouvernement a décrété que la loi islamique devrait s'appliquer à tout le pays, concentré dans des régions où Khartoum a vendu des concessions pétrolières aux compagnies étrangères.
Taha a promis d'appliquer l'accord de paix, qui, souligne-t-il, pourrait aider à mettre fin au conflit sanglant du Darfour.
"L'accord de paix a prévu clairement un certain nombre de concepts et de principes qui régissent la question du partage du pouvoir et des richesses, non seulement entre le nord et le sud, mais pour tout le pays", a-t-il indiqué.
"Nous nous sommes engagés à utiliser la même énergie et à puiser de notre expérience dans la résolution du conflit dans le Sud-Soudan pour apporter une réponse prompte et juste au conflit du Darfour", a-t-il ajouté.
Le conflit du Darfour a mis aux prises le gouvernement et des milices arabes dénommées les janjaweed à deux groupes rebelles composés principalement de trois groupes ethniques africains qui sont également musulmans.
Entre 70.000 et 300.000 Africains du Darfour auraient été tués et 1,5 million d'autres devenus des sans-abri pendant des attaques des milices soutenues par le gouvernement.
Michel a assuré que l'UE "resterait attachée à tous les efforts qui doivent être faits pour le retour de la paix".

