BRUXELLES, 22 déc (IPS) – L'Union européenne (UE) a promis de soutenir les élections générales qui sont prévues en République démocratique du Congo en juin de l'année prochaine.
"Il n'y a aucune alternative à la transition vers la démocratie si nous voulons un Congo qui soit en paix, qui soit réconcilié et prospère", a déclaré Louis Michel, le commissaire européen au développement, samedi (18 décembre), après avoir signé un accord promettant 80 millions d'euros (environ 110 millions de dollars) pour les élections.
La cérémonie de signature s'est déroulée dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), Kinshasa, que Michel a visitée au cours d'une tournée de cinq jours dans la région des Grands Lacs.
"Cet appui financier est la plus importante contribution que l'UE ait jamais consacrée au soutien d'un processus électoral", a-t-il indiqué..
"Ces 80 millions d'euros signifient à mes yeux que la paix et la stabilité, et donc la prospérité, sont à portée". La prochaine élection sera la première en RDC depuis qu'elle a obtenu son indépendance vis-à-vis de la Belgique en 1960.
La RDC lutte toujours pour se remettre d'une guerre civile de cinq ans dans laquelle quelque trois millions de personnes sont mortes dans des combats, ou de la maladie et de la malnutrition. La fin de la guerre a été officiellement déclarée l'année dernière, mais la violence a continué à déchirer l'est de la RDC, où le Rwanda voisin affirme que des Hutu extrémistes se sont réfugiés.
Ces extrémistes sont accusés d'avoir aidé à mettre à exécution le génocide de 1994 au Rwanda, durant lequel quelque 800.000 Tutsi minoritaires et des Hutu modérés ont été tués.
Le mois dernier, le président rwandais Paul Kagame avait encore menacé d'envoyer des troupes au Congo pour désarmer les guérillas hutu au motif qu'ils constituaient une menace à la sécurité du Rwanda. Toutefois, il est revenu plus tard sur cette position, en disant que le règlement du problème des milices hutu serait laissé à la "communauté internationale". Le Rwanda a précédemment envahi la RDC en 1996 et encore en 1998. La deuxième attaque a déclenché la guerre civile de cinq ans en RDC, qui a vu le gouvernement – supporté par le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie – s'affronter avec des rebelles soutenus par l'Ouganda et le Rwanda.
Malgré les toutes dernières déclarations de Kagame, la violence a éclaté dans la région orientale du Kivu, ces derniers jours, opposant l'armée congolaise à des troupes qui auraient précédemment fait partie d'une faction du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), un mouvement rebelle.
Cette faction, basée à Goma, une ville de l'est du Congo, avait des liens avec le Rwanda pendant la guerre civile. Les autorités congolaises ont accusé Kigali d'envoyer ses propres soldats pour soutenir des combattants rebelles lors des derniers affrontements, une accusation que dément le Rwanda.
Michel a exhorté la communauté internationale à prendre plus au sérieux la question des milices hutu, affirmant que "c'est un problème réel qui a été sous-estimé pendant des années, et tant qu'il ne sera pas réglé, il empoisonnera toute la région".
Néanmoins, le Parlement européen et la Commission européenne, l'organe exécutif de l'UE, ont demandé au Rwanda de retirer "toutes troupes encore présentes sur Le territoire de la RDC".
Une force de maintien de la paix des Nations Unies (MONUC), qui a été déployée en RDC depuis 1999, a indiqué également, ce week-end, que ses observateurs étaient certains que des troupes étrangères étaient entrées en RDC. Toutefois, il n'avait pas été confirmé que ces troupes étaient rwandaises.
Même si des préoccupations sécuritaires ont, sans aucun doute, joué un rôle dans l'implication du Rwanda en RDC, les actes du pays ont également des motifs économiques. Deux groupes d'experts commis par les Nations Unies ont impliqué le Rwanda et plusieurs autres Etats dans l'exploitation des ressources en RDC. En tout, neuf pays africains ont été directement ou indirectement impliqués dans le conflit congolais.
Human Rights Watch (HRW) basé à New York a affirmé mardi que les dernières violences dans l'est de la RDC avaient déplacé plus de 180.000 civils, agitant le spectre "d'une nouvelle crise humanitaire" dans la région.
HWR a cité un responsable de l'ONU qui a déclaré que ce mouvement constituait le plus gros déplacement depuis la mise en place d'un gouvernement de transition en juin 2003. Il a également indiqué que la MONUC devait encore intervenir pour protéger des civils.
Le Groupe international pour le règlement des crises (International Crisis Group, ICG), une cellule de réflexion basée à Bruxelles, a demandé, la semaine dernière, à l'ONU de prendre des mesures plus rigoureuses pour prévenir une nouvelle guerre civile en RDC.
Dans un rapport intitulé 'De nouveau au bord du précipice au Congo', l'ICG indique : "Le Conseil de sécurité devrait envoyer immédiatement une mission de maintien de paix pour sécuriser les principaux points frontaliers, et ensuite, faire asseoir en urgence toutes les parties, décider d'une ligne de conduite spécifique avec un délai, désigner des acteurs responsables, mettre en place un contrôle de l'ONU, et recourir à une conjonction de la force et de la diplomatie pour rendre possible une solution globale".
Au cas où le Rwanda ou la RDC n'honoreraient pas les obligations existantes ou celles prises durant le nouveau processus, le rapport recommande des sanctions "y compris une suspension ciblée de l'aide internationale avec la précaution de minimiser les effets sur la population civile; un embargo sur les armes, et un gel des avoirs ainsi qu'une interdiction de voyager contre les hautes autorités".
En octobre, le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé l'augmentation du nombre de soldats de la MONUC, de 10.000 à 16.000. Avec un déploiement coûtant environ 700 millions de dollars l'an, la MONUC est actuellement la force de maintien de paix onusienne la plus coûteuse.
Les derniers développements en RDC ont fait naître des craintes selon lesquelles le pays peut être trop instable pour organiser des élections en vue d'un gouvernement permanent dans six mois. A l'heure actuelle, le président Joseph Kabila dirige une administration intérimaire qui comprend des membres d'anciens groupes rebelles, des politiciens de l'opposition et des partisans du président.
Et, même si le financement annoncé par Michel est substantiel, cela couvre moins de la moitié du coût prévu des élections de 2005, estimé à 285 millions de dollars. Des fonds supplémentaires et beaucoup plus d'engagement politique seront nécessaires pour mener à bien le processus de paix congolais.

