DROITS: La migration chinoise en Afrique du Sud présente des défis

JOHANNESBURG, 15 déc (IPS) – Deux mois après le meurtre d'un important homme d'affaires chinois et de sa famille en Afrique du Sud, le petit nombre d'immigrés chinois, qui augmente néanmoins dans le pays, n'a toujours rien dit au sujet de l'incident.

Le corps de Jia-Bin Li a été découvert par un travailleur municipal dans un tuyau de drainage non loin de la capitale sud-africaine, Pretoria, le mois dernier. Les corps de sa femme et de deux filles, âgées de 16 et quatre ans, ont été également retrouvés à côté de sa dépouille mortelle.

Des demandes répétées de IPS, pour avoir une interview avec des responsables de la communauté chinoise, ont été soit rejetées soit restées sans réponse.

Néanmoins, l'enlèvement et le meurtre de Li et de sa famille ont braqué les feux des projecteurs sur les activités de la communauté chinoise.

Les immigrés chinois en Afrique du Sud, et ceux venant d'autres pays asiatiques, représentent juste 2,5 pour cent de la population du pays, qui est de 44,8 millions d'habitants.

C'est une société très unie qui ne se mêle pas, pour une grande part, aux autres. La plupart des immigrés chinois sont généralement des citoyens respectueux de la loi, bon nombre dirigeant des entreprises familiales.

Toutefois, le crime organisé parmi d'autres membres de la communauté a attiré l'attention des autorités.

Jusqu'ici, quatre ressortissants chinois ont été arrêtés par la police sud-africaine en relation avec le meurtre de Li; tous ont été relâchés sous caution.

Sa mort serait liée aux affaires immobilières qui ont tourné au vinaigre, (Li, qui est arrivé en Afrique du Sud après la fin de l'apartheid en 1994, gagnait sa vie en achetant et en vendant des propriétés). Le meurtre de Li a également été lié aux activités des gangs criminels chinois – ou 'triades' – même si la police a refusé de confirmer ces spéculations.

Dans un document récent intitulé 'Sociétés de la triade et crime chinois organisé en Afrique du Sud' publié par l'Institut des études stratégiques basé à Pretoria, le chercheur Peter Gastrow note : "Depuis le milieu des années 1980, des groupes criminels chinois sont devenus des entités bien organisées, prenant modèle sur les sociétés de la triade de Hong Kong et de Chine".

Des criminels de la triade sont actifs dans les principales villes comme Johannesburg et Pretoria. Une fois qu'elles établissent une base dans ces villes, elles entrent dans "diverses formes de fraude, de trafic de drogue, de contrebande d'armes à feu, de vol, de blanchiment d'argent, de prostitution, de jeux illégaux, d'introduction clandestine d'immigrants illégaux, d'évasion fiscale, et d'importation à grande échelle de produits contrefaits", ajoute Gastrow.

Les immigrés chinois sont également impliqués dans le braconnage illégal d'une espèce d'ormeau (un mollusque marin comestible) en voie de disparition le long de la côte.

Mais, "la collecte et l'exportation de l'ormeau, bien qu'étant toujours une composante importante, ne constitue plus l'activité centrale de ces groupes (de type-triade)", indique Gastrow.

Un certain pourcentage d'immigrés chinois en Afrique du Sud sont des femmes victimes de trafic. Des femmes de la Chine rurale, dont plusieurs ont un bas niveau d'instruction, sont souvent emmenées dans le pays, estime l'Organisation internationale de migration (OIM).

Les femmes sont emmenées en avion à Johannesburg, et conduites après au Swaziland, au Lesotho ou au Mozambique voisins. Elles traversent ensuite la frontière pour se rendre en Afrique du Sud – tout ceci dans le but de contourner les contrôles d'immigration à l'aéroport.

En fin de compte, les documents de voyage des femmes leur sont retirés par les trafiquants, et certaines se retrouvent en train de travailler dans des maisons de passe comme prostituées.

"Leurs passeports leur sont confisqués, et elles sont confinées sans aucune possibilité de se déplacer. Elles deviennent effectivement des esclaves", a déclaré à IPS, Jonathan Martens de l'OIM, dans un entretien téléphonique, mercredi (8 novembre).

"L'activité continue", a ajouté Martens. "Nous assistons en moyenne environ sept personnes par mois, au nombre desquelles des femmes thaï", a-t-il ajouté.

Pour inverser cette tendance, le bureau régional de l'OIM à Pretoria a lancé le 'Programme d'assistance au contre-trafic en Afrique australe' en janvier de cette année. L'initiative aide des personnes victimes de trafic en leur donnant des soins et du soutien pendant une période de trois mois, et offre également aux femmes l'option de retourner dans leurs pays d'origine.

Par ailleurs, le programme tente d'aider les femmes qui retournent chez elles à se réintégrer dans leurs sociétés. "C'est à elles de décider si elles veulent retourner au pays. Mais plusieurs préfèrent rentrer chez elles", affirme Martens.

Selon l'OIM, une femme ou une fille peut avoir accès aux soins médicaux, aux conseils et au savoir-faire en matière de formation qui faciliteront la réinstallation dans leurs pays d'origine – et leur éviteront d'être à nouveau victimes de trafic.

Selon les Nations Unies, jusqu'à 900.000 êtres humains sont victimes de trafic de part et d'autre des frontières internationales chaque année. Si le nombre de personnes trafiquées à l'intérieur des frontières est pris en compte, ce chiffre se situera entre deux et quatre millions.

Sur une note plus optimiste, le commerce entre l'Afrique du Sud et la Chine se développe. L'Afrique du Sud est actuellement le plus grand partenaire commercial de la Chine sur le continent africain, représentant 20 pour cent des échanges sino-africains.

Le gouvernement chinois semble également tenir au maintien de relations cordiales avec l'Afrique du Sud.

"L'ambassade chinoise organise souvent diverses activités pour encourager la communauté chinoise à se conformer aux lois locales et à se mêler à la société locale, afin de promouvoir l'amitié sino-africaine", a indiqué l'ambassadeur de Chine en Afrique du Sud, Liu Guijin, dans un message envoyé sur le site Internet de l'ambassade.